Homélie de Toussaint, samedi 1er novembre 2025
par l’abbé Gaël de Breuvand, avec le baptême de Rosalie ;
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.
I- Être transparent à la lumière divine
C’est un enfant qui est dans une église et il regarde autour de lui et demande à sa maman « c’est quoi, ça ? ». Malheureusement ce n’est pas le bon moment car c’est précisément l’instant où sa maman est la plus attentive au prêtre et donc elle lui répond « chut, ce n’est pas le bon moment ». Puis l’enfant insiste, une fois, deux fois, trois fois, enfin sa maman lui répond « C’est un saint ! »…
Deux, trois jours plus tard, se déroule une séance de caté et c’est justement sur la Toussaint. Aussi, la catéchiste pose-t-elle la question « Qu’est-ce qu’un saint ? » et l’enfant lève la main et répond « Un saint, c’est quelqu’un qui laisse passer la lumière ! » Il a tout compris.
Parce qu’on n’est pas saint par nous-mêmes, être saint ce n’est pas un diplôme de réussite. Être saint, c’est d ‘abord avoir accueilli Dieu dans sa vie. Dans quelques instants, Rosalie sera sainte, parce que, par le baptême, elle va devenir absolument transparente à la lumière divine. Cela va durer quelques années jusqu’au moment où elle pourra poser des actes de son propre chef et ce ne sera pas toujours en cohérence avec le Bon Dieu et elle sera, de fait, un peu moins sainte. Mais, soyons bien convaincus d’une chose : c’est Dieu qui nous rend saints, Il veut que nous soyons saints et il s’agit que nous ouvrions nos cœurs, que nous ouvrions nos vies à Sa présence pour être saint. Et finalement le péché, c’est ce qui s’oppose à ce projet.
Si nous revenons sur notre histoire personnelle, nous nous rendrons compte que poser un péché, autrement dit un acte mauvais, volontairement en connaissance de cause, c’est difficile. En tout cas, les premières fois qu’on le fait. Quand on n’est pas très grand, au moment de l’âge de raison, lorsque l’on prend conscience qu’on est en train de désobéir sciemment à sa maman, c’est dur. Ce qui montre bien qu’on n’est pas fait pour ça. Mais on s’y habitue très bien ! Il y a une addiction au péché. On aime bien être son propre maître, on aime bien décider par nous-mêmes. Et finalement, si nous voulons réussir notre vie, il faut que nous décidions, que nous choisissions de laisser Dieu agir en nous. Que nous acceptions, que nous décidions, d’être transparents et laisser passer la lumière.
II- Appelés à une triple mission
« Voyez quel grand amour nous a donné le Père pour que nous soyons appelés enfants de Dieu et nous le sommes. » Nous avons été baptisés, ce jour-là, nous sommes entrés dans la famille de Dieu, c’est ce qui va arriver à Rosalie qui va devenir ce que nous sommes déjà : un autre Christ ! C’est cela un saint, c’est quelqu’un qui est tellement semblable à Jésus qu’il peut agir comme Lui. Un saint, c’est quelqu’un qui a été appelé, choisi, pour être un pont entre le Ciel et la Terre, c’est la mission sacerdotale de tout chrétien, pour être un proclamateur de la Parole par ses actes et par sa voix, c’est le prophète, pour être au service des plus pauvres, au service du peuple de Dieu, au service de tous ceux qui sont appelés à faire partie du peuple de Dieu, c’est être roi, serviteur. Tout à l’heure je vais oindre, couvrir d’huile, Rosalie et, à ce moment-là, elle va devenir Christ parce que « christos » cela veut simplement dire « huilé », elle va devenir messie parce que « messiah » en hébreu veut dire « huilé ». [Et nous sommes contents que nos anciens aient parlé grec parce que, sinon, on parlerait de nous comme des « huilés » ! « Chrétiens », je préfère !] Mais cela veut dire la même chose. Cela signifie que nous sommes appelés par Dieu pour agir en lieu et place du Christ. La mission du chrétien, notre mission, c’est de travailler à la joie et au bonheur de ceux qui nous entourent. Écoutons le Seigneur qui nous parle. Il nous dit « tu vois celui-là qui est près de toi, c’est ton papa, ta maman, ton frère, ta sœur, ton mari, ta femme, ton voisin… Je l’aime, – voilà ce que dit Dieu – , et Je t’ai choisi, toi, pour lui porter Mon amour pour lui transmettre Mon amour, pour travailler à sa joie et à son bonheur ». C’est notre appel, c’est notre vocation, c’est comme cela que nous nous accomplissons. Dieu nous a faits pour nous rendre saints, c’est-à-dire comme Lui.
III- Diversité dans la sainteté
En cette fête de la Toussaint, nous pouvons contempler toutes les générations qui nous ont précédés. On considère qu’il y a 8000 saints canonisés. On se dit que cela fait beaucoup mais, en vérité, cela fait très très peu car il y a eu 4 milliards de baptisés, donc c’est très peu proportionnellement. Mais, heureusement, ceux qui sont au ciel ne sont pas tous canonisés ! L’image du vitrail est très bonne, il n’y a pas deux vitraux semblables, ils sont tous différents puisque chaque saint laisse passer la lumière d’une manière différente. Il y a une grande variété dans la sainteté, une profusion de diversité dans le projet de Dieu. La question qui se pose pour nous, c’est : « Comment est-ce que moi je laisse passer la lumière, comment j’accomplis le projet de Dieu pour moi ? » A contrario, si je choisis la médiocrité, le péché, il n’y aura aucune originalité, d’abord les péchés sont tous les mêmes, je parle en connaissance de cause… Ils sont toujours moches et médiocres, surtout médiocres, et finalement c’est juste une manière nouvelle – même pas nouvelle en réalité – de passer une couche de poussière ou une couche de peinture noire sur un vitrail. Et un vitrail noir comparé à un autre vitrail noir cela se ressemble beaucoup ! Il n’y a pas d’originalité dans le péché, mais dans la sainteté, oui !
Je vous invite à méditer et à lire le texte que le pape Léon nous a donné, « Dilexi te » « Je t’ai aimé »… Il est en dépôt-vente juste à la porte ! Le pape fait appel à une cohorte de saints, toutes sortes de saints, oui, il n’y a que de l’originalité dans la sainteté. Alors, nous sommes appelés à entrer dans cette originalité-là, à nous mettre véritablement à l’écoute de ce que Dieu nous demande, me demande, à moi. Car ce qu’Il me demande à moi, Il ne le demande pas à mon voisin. Mais en tout cas, pour moi, il s’agit de me laisser aimer, d’accueillir Dieu dans ma vie, et d’aimer en retour.