Homél
ie du 30e dimanche du TO année C, 26 octobre 2025
Par l’abbé Gaël de Breuvand
Si 35, 15b-17.20-22a, ps 33, 2 Tm 4, 6-8.16-18, Lc 18, 9-14
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.
L’évangile que nous venons d’entendre, c’est comme la 3e partie d’un petit traité sur la prière, que Jésus nous a donné, et que l’on entend depuis quinze jours. Rappelez-vous, il y a quinze jours, les disciples demandent : « Augmente en nous la foi ! ». Et Jésus leur répond : « Priez ! ». Il ne leur dit pas : « Faîtes des prières ». Il leur dit : « Priez ! Soyez en prière ! Vivez la relation avec Dieu ». La semaine dernière, Jésus nous montrait que si un juge inique peut se laisser fléchir face à une veuve tenace, combien plus, Dieu, lui qui nous aime, qui veut notre joie et notre bonheur sera-t-il à notre écoute. Lui, Dieu, qui sait exactement, bien mieux que nous, ce dont nous avons besoin. « Priez sans cesse, sans relâche, sans vous lasser ». C’est ce que nous dit Jésus, car Dieu nous entend. Et en fait, on a besoin de prier beaucoup pour que notre cœur s’ajuste au projet de Dieu. Finalement, c’était exactement la prière d’ouverture. « Seigneur, fais grandir en nous la foi, l’espérance et la charité ». C’est une bonne prière. Donne-nous le moyen d’être mieux en relation avec toi.
I – être un bon pharisien, oui, mais avec le cœur humble !
Cette parabole d’aujourd’hui, on la connaît par cœur ! on la connaît tellement, que tous, en nous, on a une petite réaction en mode : « Merci Seigneur que je ne sois pas comme ce pharisien ». Mais en disant cela, ne sommes-nous pas comme lui ? Qu’est-ce qui est caractéristique chez ce pharisien ? Les pharisiens, à l’époque de Jésus, ce sont des stricts observants. Ils veulent se mettre vraiment à l’écoute de la Parole de Dieu. Ils veulent faire ce que demande le Seigneur. Et ils prennent la Parole de Dieu au sérieux. Ça, c’est bien ! Et d’ailleurs, ils vivent pauvrement. Ils sont reconnus pour cela. Et même, vivant pauvrement, cela ne les empêche pas d’être généreux, de donner à la dîme, de jeûner… et tout cela, c’est bien. C’est même très bien. Jésus nous appelle à ces actes. Mais évidemment, il y a quand même un problème avec ce pharisien, c’est qu’il est très content de lui. Un peu comme moi, peut-être comme certains d’entre nous. On est toujours un peu contents de nous quand on fait du bien. Le problème, c’est qu’on perd l’essentiel parce que l’on a tendance à croire qu’ayant coché la case, ca y est, nous avons fait notre salut.
Mais qu’est-ce que le salut ? c’est pouvoir entrer véritablement dans une relation de père et fils, une relation d’amis, avec Dieu. C’est cela le salut. Du coup, nous ne sommes jamais à la hauteur. Nous ne sommes pas capables de faire notre salut. Le seul qui peut nous sauver, c’est Dieu. Et si nous arrivons le cœur rempli, très fier de nous, le cœur plein, il n’y a pas de place pour l’amour de Dieu dans nos vies. Et c’est ce qui arrive à ce pharisien. Il n’a pas laissé de place à Dieu.
II – Se laisser faire par le Seigneur
C’est pour cela que nous avons cet autre type : le publicain. Lui, il ne fait rien de bien. Le publicain, c’est le collecteur d’impôt ! déjà, il a trahi le peuple. Le peuple d’Israël, le peuple de Dieu… Et puis, il est très riche d’un argent pas forcément gagné honnêtement. Puis, il fait la fête souvent. Il n’est pas du tout exemplaire. Mais ce publicain s’est rendu compte de sa petitesse. Il a le cœur vide. Il a le cœur un peu sec, il s’en est rendu compte et il présente ce cœur vide à Dieu. C’est proche de la parabole du semeur : une bonne terre, une terre aride… et une bonne terre, laquelle est-ce ? Celle qui est prête à accueillir le cadeau. Accueillir le don ! Et que demande ce publicain ? « Montre-toi favorable au pêcheur que je suis ». Il a reconnu qu’il est pêcheur. Il a reconnu qu’il n’était pas à la hauteur. Dieu vient peu à peu déployer sa miséricorde. En fait, le Seigneur ne nous attend pas pour déployer sa miséricorde. Mais il a besoin de nous pour l’accueillir cette miséricorde. Lui, nous aime, nous pardonne, il déploie en nous son amour, si nous le laissons faire ! Et là très clairement, le pharisien a oublié de laisser faire le Seigneur alors que le publicain, lui, laisse faire le bon Dieu. En rentrant chez lui, sa vie change. Parce qu’il s’est rendu compte de ce à côté de quoi il passe. Il a découvert que ce qui compte vraiment, c’est l’amour de Dieu. Et il laisse l’amour de Dieu entrer dans sa vie. Et toute sa vie va changer. Pour le pharisien, rien ne va changer. Il n’en a pas besoin, il est parfait ! Alors, nous pourrions nous dire que cela concerne le pharisien, mais pas nous… ça nous concerne un peu quand même…
La conclusion, pour nous aujourd’hui. Pensons-nous vraiment les mots que nous avons dit au début de la messe : « Je reconnais devant mes frères que j’ai péché… ». Je reconnais devant mes frères que je suis nul en amour, que je ne sais pas aimer, que je m’intéresse plus à mon nombril qu’à la joie des autres. Je reconnais cela. Et je demande à Dieu de me sauver. Et lui, Dieu, veut me sauver. Si mon désir rencontre son désir, là, quelque chose devient possible. Il s’agit de se laisser aimer, encore une fois, et d’aimer en retour. Pour cela, il s’agit de vivre la prière. Reprenons ces trois parties de notre petit traité de la prière, sur ces trois dimanches. Vivons la prière, soyons en prière, vivons la relation avec Dieu qui nous aime, aimons-le en retour, donnons-lui un peu de temps. Prions, sans nous lasser en demandant ce que Dieu veut pour nous. « Que ta volonté soit faite dans mon cœur ». Peu à peu, il nous ajustera à ce qui est vraiment bon.
C’est risqué de prier. Parfois, quand on prie, on arrive dans des lieux que l’on n’attendait pas. Et alors que l’on avait des rêves de grandeur, on se retrouve appelé à un service plus humble, plus petit. Mais ce n’est pas grave. C’est notre bonheur et notre joie. Arrivons avec le cœur ouvert, le cœur vide. Nous sommes des pauvres.
Dans la première lecture – et je conclus avec cela -, ce passage de Ben Sira le sage, qui écrit vers 180-150 avant Jésus Christ. Il fait la liste des pauvres et il insiste sur le fait que Dieu est particulièrement attentif aux pauvres. Les pauvres, c’est celui qui n’a pas d’argent, c’est aussi l’opprimé, l’orphelin et aussi la veuve. Voilà le pauvre du Seigneur. Mais ce n’est pas seulement une situation sociale, être pauvre. En réalité, être pauvre, c’est d’abord une question d’ouverture du cœur. Demandons donc au Seigneur de creuser en nous le désir de pauvreté. « Heureux les pauvres de cœur, le Royaume des cieux est à eux ».