Homélie pour la commémoration des fidèles défunts, dimanche 2 novembre 2025
par l’abbé Gaël de Breuvand
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.
I – Voir Dieu face à face
En ce 31e dimanche de temps ordinaire, qui est aussi le 2 novembre, nous célébrons la commémoration des fidèles défunts. C’est une grâce que de pouvoir prêcher sur les fins dernières. Pourquoi sommes-nous faits ? Pour le Ciel ! Comment atteindre le Ciel ? Par l’amour. Viendra un jour, et ce n’est pas forcément dans très longtemps, où nous mourrons. Cette mort sera forcément un arrachement. Ce sera forcément quelque chose dont nous ne voulons pas, parce que mourir, c’est douloureux. Si on se repenche sur la Parole de Dieu, sur la Genèse, on voit bien que la mort ne fait pas partie du projet initial de Dieu. La mort est entrée dans le monde à cause du péché. Le péché ne fait pas partie du projet de Dieu. Donc mourir, c’est douloureux, on n’a pas envie, et c’est normal ! Mais la mort est là. Elle est dans notre monde. Il va falloir que nous l’affrontions. Nous chrétiens, nous avons une certitude, une Espérance : nous savons que le Christ est mort et ressuscité pour nous racheter de nos péchés. Nous savons que ce qui nous a éloigné de Dieu, – nos péchés -, n’aura pas le dernier mot. Nous savons que lorsque nous mourrons, nous verrons Dieu face-à-face. Et que finalement, pour nous qui allons mourir, ce sera le plus beau jour de notre vie. Pour ceux qui restent, ce sera toujours douloureux ; ce sera toujours une absence. Mais pour celui qui meurt, finalement, c’est le meilleur moment !
II – Dieu nous veut « sauvés »
Et le jour où nous verrons Dieu face-à-face, ce sera le temps du jugement. Ce temps du jugement, c’est celui de la rencontre avec Dieu. Alors évidemment, quand nous pensons jugement, nous pensons juge, et nous imaginons immédiatement Dieu avec une perruque, un marteau, un manteau rouge, prêt à nous condamner ! Ce n’est pas tout-à-fait cela que dit Dieu dans sa parole. Dieu, Lui, lorsqu’Il se présente à nous, Il se présente comme Père. Il se présente comme Sauveur. Il se présente comme Défenseur, Avocat, Consolateur. Oui, il y a bien un jugement le jour où nous verrons Dieu, mais dans cette histoire, le juge, ce n’est pas Dieu. Dans cette histoire, nous allons voir Dieu face-à-face, dans la splendeur de Son Amour, dans le feu brûlant de cet Amour, et celui qui va juger, c’est nous-mêmes. Est-ce que nous pouvons nous approcher de cette splendeur-là ? Est-ce que nous pouvons nous approcher de cette beauté-là ? Naturellement, normalement, nous aurons comme la tentation du pas en arrière. Parce que non, nous ne sommes pas à la hauteur de Dieu. Tout est là. En grec, le jugement, c’est « Krisis », qui a donné aussi le mot ‘crise’. Il va y avoir un combat à ce moment-là. Ce combat sera entre moi-même, qui me juge, et qui veut m’éloigner de cette splendeur qui est Dieu, et l’Amour de Dieu, la Tendresse de Dieu, le pardon de Dieu, qui Lui, est Père, m’ouvre les bras et me dit ; « Viens ! viens mon enfant. Je t’aime. Tu es ma perle précieuse. J’ai tout donné pour toi. Viens te jeter contre mon cœur. » C’est là que réside le jugement ; C’est là que nous avons à réécouter le vieil apôtre saint Jean, qui nous dit : « Si notre cœur nous accuse, – et c’est souvent avec raison que notre cœur nous accuse -, Dieu est plus grand que notre cœur. » Notre péché ne peut pas être plus grand que l’Amour de Dieu. Si c’était le cas, si on croit cela, quel orgueil de notre part en fait ! Effectivement, si l’on croit cela, notre orgueil va nous tenir à distance du Seigneur. Ce que veut Dieu, c’est que nous nous jetions dans ses bras. Il est le Père miséricordieux, celui qui nous aime sans condition et qui nous appelle à entrer dans Sa joie. Évidemment, il faut une vie pour s’entraîner à plonger dans le cœur de Dieu. « Ceux qui ont fait le bien ressusciteront pour la Vie ; ceux qui ont fait le mal ressusciteront pour le Jugement ». Évidemment, il faut que je m’entraîne à plonger dans le cœur de Dieu. Vous le savez bien, il est possible de plonger même jusqu’au dernier moment, on le voit bien avec le bandit qui est à côté de Jésus. « Si nous sommes ici, c’est que nous l’avons mérité ». Vous imaginez ce qu’il faut faire pour mériter la croix ? Nous l’avons mérité, et Lui est innocent ! « Seigneur, pense à moi quand tu seras dans ton Royaume ». « Aujourd’hui, tu seras avec moi dans le paradis ». Le Christ est venu pour nous sauver, pour nous faire entrer dans la joie du Père.
III – Enfer, purgatoire, paradis
C’est aussi aujourd’hui, encore l’occasion de penser, méditer un peu sur ces fins dernières, et sur le paradis, le purgatoire et l’enfer. 2000 ans d’habitudes, qui sont bien ancrées dans des traditions plus anciennes (et païenne), vont nous parler de ces trois réalités – enfer, purgatoire, paradis –, comme des lieux… Nous devons nous inscrire en faux : ce ne sont pas des lieux ! Car si je pense que l’enfer comme un lieu, il faut que je pense un endroit où Dieu n’est pas. Et cela n’est pas possible, par définition. Ces réalités sont des états.
Le paradis, si nous l’imaginons, (cela reste une image évidemment), c’est Dieu comme un grand feu d’amour qui illumine, qui éclaire, qui réchauffe, qui brûle même, et il faudrait nous imaginer, nous, comme des bûches. Et si nous sommes de bonnes bûches, bien sèches, nous sommes jetés dans ce feu de l’amour de Dieu et nous allons faire une belle flamme nous aussi. Nous serons semblables à Dieu. C’est cela la sainteté. Semblables à Dieu. Et nous serons dans la joie, car nous sommes en train de réaliser ce pour quoi nous sommes faits : brûler du feu de l’Amour de Dieu.
Mais il y a certaines bûches, peut-être, qui sont encore un peu humides, qui ne sont pas encore tout-à-fait ajustées à l’Amour de Dieu, alors quand on les jette dans le feu, elles se mettent à fumer, à sentir mauvais, à péter. Mais cela va se finir. Bientôt, elles seront sèches à leur tour et elles pourront faire une belle flamme : c’est le purgatoire. Et là, dans ce cadre-là, qu’est-ce que l’enfer ? C’est toujours plonger dans l’amour de Dieu mais c’est l’état de la bûche qui refuserait de se laisser brûler, qui s’enferme sur elle-même, et qui reste seule. Et qui va souffrir. La ‘peine du dam’, c’est la peine de la solitude. La ‘peine du feu’, c’est être brûlé au feu de l’Amour de Dieu parce que ça devient douloureux lorsque l’on refuse la Lumière divine.
Si nous célébrons une messe des défunts aujourd’hui, c’est parce que nous croyons que nous sommes une famille chrétienne, tous enfants de Dieu et que nous pouvons porter nos frères et sœurs déjà défunts, et qui sont dans cette attente du purgatoire, et qui ne sont pas encore tout-à-faits ajustés à l’Amour de Dieu. Nous pouvons par nos prières les aider à sécher. C’est ce que nous faisons aujourd’hui.