
Homélie du 26e dimanche de TO A, le 27 septembre 2026
par l’abbé Gaël de Breuvand
Ez 25-28 ; ps 24 ; Ph 2, 1-11 ; Mt 21, 28-32
I – C’est maintenant le temps favorable pour se tourner vers Jésus
La parole de Dieu qui nous est donnée aujourd’hui nous appelle, nous invite à la conversion. Et cette conversion, le fait de se tourner vers le Christ, de se tourner vers Dieu, c’est aussi un appel à la cohérence de vie, un appel à l’unité de vie, de telle sorte que ce que je pense, ce que je dis, ce que je fais, tout cela se soit unifié. Et vous le savez comme moi, ce n’est pas si facile.
Combien de fois est-ce que je me rends compte que je dis ce que je ne pense pas, et réciproquement, combien de fois je me dis, je pose des actes qui s’opposent à toutes mes valeurs. Le Seigneur nous dit : ‘il n’est jamais trop tard pour changer’. C’était à l’époque d’Ézéchiel, on est dans les années 580, 550 avant Jésus-Christ, on est pendant l’exil, et Dieu dit, « si le méchant se détourne de sa méchanceté, il sauvera sa vie ».
Et quand on parle de la vie, on ne parle pas simplement d’une question de respiration, on parle bien de la vie éternelle, de la vie de Dieu, de l’amour. Et inversement, même si j’ai été bon jusqu’à maintenant, si j’arrête d’être bon maintenant… ce qui compte, c’est ce que je fais aujourd’hui. Mais il n’est jamais trop tard pour se retourner vers Dieu, pour se convertir.
C’est un peu le message du pape qu’on a entendu hier et avant-hier, il s’agit d’engager sa vie, d’engager sa liberté. Dieu nous prend au sérieux. Dieu nous prend au sérieux.
Il veut faire alliance avec nous, et nous sommes invités à répondre par un engagement de tout notre être. Oui, je veux renouveler ma façon de penser, je veux renouveler ma façon de parler, je veux renouveler ma façon d’agir, et les ajuster au projet de Dieu pour moi. Dieu est patient, « lent à la colère », dit le psaume.
Dieu est patient. Il veut que je sois sauvé. Il donne tout pour nous sauver tous.
Jésus est venu habiter au milieu de nous, pas seulement pour nous donner un exemple, mais pour donner sa vie, pour que nous puissions nous accueillir son amour. Et donc, Dieu « ne veut pas la mort du pécheur, mais qu’il se convertisse et qu’il vive ». Cette mort, ou cette vie, n’est pas d’abord la question d’une punition, d’une sanction, d’un jugement, mais d’abord la conséquence de nos choix de vie.
II – Pour vivre, il s’agit d’aimer
En fait, si je choisis de vivre en chrétien, autrement dit en ami de Jésus, en écoutant sa parole, en me laissant transformé par elle, alors oui, je serai véritablement vivant, parce que je pourrai établir des relations stables et durables. Je pourrai aimer et me laisser aimer. Et vous le savez, aimer, c’est vivre. Et vivre, c’est aimer. Alors, aujourd’hui, nous sommes appelés à changer notre vie. Alors, il y en a certains d’entre nous qui disent, ‘ouais, mais bon, ma vie, elle est déjà pas si mal, je suis quand même un ami de Dieu aujourd’hui’. Alors, c’est peut-être vrai. Mais il ne s’agit pas de se satisfaire d’une petite médiocrité confortable, où on ne fait rien de mal.
C’est une parole importante que nous a donnée notre Pape : « il apparaît clairement qu’il ne suffit pas d’éviter le mal : il faut choisir le bien »[1]. Il ne s’agit pas seulement de ne pas faire de mal. Il s’agit de faire grandir le bien là où nous sommes. Il s’agit d’aimer, là, ici, maintenant, ceux qui sont là, près de moi. Et pas en me satisfaisant, en me disant, ouais, mais bon, si aujourd’hui je ne les aime pas, ce n’est pas grave, je le ferai demain. Non, c’est aujourd’hui que ça compte.
Aimer, poser un acte concret d’attention, un temps donné, quoi. En fait, il s’agit de donner sa vie pour la joie et le bonheur de ceux qui sont autour de nous. C’est ça, aimer.
Non, nous ne sommes pas faits pour simplement éviter le mal, d’ailleurs, parce qu’on n’y arrive pas. Nous sommes d’abord faits pour faire grandir la joie, pour faire grandir le bien. Et pour ça, il faut que nous le décidions.
Donc il faut que nous le pensions. Il faut que nous le disions, il faut que nous le faisions, d’un seul mouvement. Et là, en se disant cela, on se dit, oula, c’est au-delà de mes forces. Et c’est vrai, c’est au-delà de nos forces. On peut en avoir le désir, on en a le désir, parce que c’est inscrit dans nos cœurs. Et en même temps, on n’y arrive pas.
C’est Saint Paul qui le disait, « Je ne fais pas le bien que je veux et je fais le mal que je ne veux pas. » Est-ce qu’agir bien, est-ce que ce serait surhumain ? Est-ce que Jésus, qui est l’humain par excellence, qui lui a toujours bien agi, est-ce que lui, il est surhumain ? Alors si je pose la question, on sait que la réponse est non. Il n’est pas surhumain, mais il est pleinement humain. Il est pleinement homme. Il s’agit de le regarder, lui, Jésus. Et c’est ce que fait Saint Paul dans la lettre aux Philippiens.
III – Regarder le Christ
La première partie, elle est un peu moralisante. « Ayez les mêmes sentiments, les mêmes dispositions et le même amour. Ne soyez ni intrigants, ni vaniteux. Ayez assez d’humilité. Que chacun de vous ne soit pas préoccupé par ses propres intérêts. » De fait, c’est de la morale. Ça nous donne un axe de vie, un art de vivre. Mais où en est la source ? Eh bien, c’est Jésus. Alors avec Saint Paul, regardons Jésus. « Jésus qui ne retint pas jalousement le rang qu’il égalait à Dieu, mais il s’est anéanti, prenant la condition de serviteur. » Lui, le très grand, parce qu’il est Dieu, Fils de Dieu, Verbe de Dieu, il vient se faire tout petit au milieu de nous.
Et il nous le manifeste de deux manières.
À sa naissance, il est petit bébé dans la crèche.
Sur la croix, il est le moins que rien. La victime, il meurt comme le dernier des bandits. Il se fait tout petit, il abandonne toute sa puissance, toute sa gloire pour se faire petit près de nous.
Et il s’agit que nous, nous nous ajustions, nous agissions comme lui. Mais il nous donne sa vie pour ça. Dans quelques instants, nous vivons l’Eucharistie. L’Eucharistie, c’est Jésus qui se donne. Et sous quelle apparence ? Sous l’apparence d’un tout petit morceau de pain, même pas très bon.
Et pourtant, c’est Dieu tout entier qui vient visiter nos cœurs pour nous transformer en lui. Pour que nous puissions nous laisser aimer. Et aimer à notre tour.
IV – le témoignage d’Élisabeth Leseur
Il se trouve que ces derniers jours, j’ai lu une vie de saint. Ils ne sont pas encore canonisés. C’est un couple. Ils s’appellent Élisabeth et Félix Leseur. Elle, elle est morte à 40 et quelques années, en 1914. Et lui, il est mort bien plus tard, en 1950. C’est un couple, quand ils sont mariés, en 1889. Elle, elle était profondément chrétienne. Et lui, issu d’une famille chrétienne, il avait renoncé à être chrétien. Et il était devenu athée et anticlérical. Et l’histoire de leur vie, c’est quoi ? Et bien c’est comment elle, chrétienne, a travaillé à convertir son mari. Mais elle ne l’a pas fait en lui prêchant tous les matins ‘tu devrais être chrétien parce que c’est tellement mieux d’être chrétien’.
Ça n’aurait pas marché. Non, elle l’a fait en priant pour lui. Et surtout, en tout cas dans un premier temps, en ne lui parlant jamais de Jésus.
Étonnant, non ? Mais son mari s’est rendu compte que la manière qu’elle avait d’aimer, d’être agréable, d’être joyeuse, d’être serviable, d’être… On pourrait faire de la liste de toutes ses qualités. C’était parce qu’elle était nourrie de Jésus. Et bien c’est l’appel que nous recevons aujourd’hui.
Si nous voulons faire grandir le bien dans notre monde, et nous sommes faits pour ça, il s’agit que nous nous nourrissions de Jésus. En écoutant sa parole, en prenant le temps de la prière, en vivant pleinement les sacrements. Le Seigneur nous appelle, il veut nous tourner vers lui.
Et c’est là le chemin du vrai bonheur et de la vraie joie.
[1] Au jeunes, au stade de France, le 25 septembre 2026