Homélie du 25e dimanche de TO-A
dimanche de rentrée paroissiale, entrée en catéchuménat de 3 adultes. 
c’est la transcription d’une prédication orale
Is 55, 6-9 ; ps 144 ; Ph 1, 20c-24.27a ; Mt 20, 1-16
Chers amis, très chers catéchumène, Jésus nous donne une parabole aujourd’hui. Une parabole, vous le savez, c’est une histoire inventée par Jésus pour nous dire quelque chose, pour nous dire quelque chose sur Dieu, pour nous dire quelque chose sur nous-mêmes et la manière dont il faut vivre, et enfin pour nous dire quelque chose sur notre finalité, notre but. En langage technique, on dira qu’il y a un sens littéral, c’est l’histoire inventée par Jésus, et il y a trois sens spirituels, un sens théologique, sur Dieu, un sens moral, sur nous et notre art de vivre, et un sens eschatologique qui nous renvoie à notre destinée, à notre avenir.
Alors quand Jésus nous donne des paraboles, c’est toujours pour nous déranger. Quand on sort d’une parabole en se disant, ben oui, normal, tout va bien, c’est qu’on a dû rater quelque chose sur la parabole. Alors, cette parabole, « le royaume de Dieu est comparable… ».
I – C’est Dieu qui vient à notre rencontre
Comparable à quoi ? « À un maître d’un domaine qui sortit pour chercher… » Il s’agit, c’est ça la pointe, le plus important, c’est que le royaume des cieux, c’est un maître qui cherche des employés, qui cherche des ouvriers, qui vient à notre rencontre, parce que bien évidemment, il faut l’entendre comme cela, ce maître, c’est Dieu, et il vient à notre rencontre et il veut nous embaucher. Alors un certain nombre d’entre nous, nous sommes là dès la première heure, depuis six heures du matin, nous attendons à nous faire embaucher, et ça tombe bien, le maître vient à notre rencontre et il nous fait travailler.
Et c’est notre joie que de travailler dans cette vigne, c’est notre joie que de travailler pour un si bon maître. Et nous sommes bien d’accord, nous aurons un salaire, un salaire d’un denier, c’est un salaire qui nous permet de nourrir notre famille, d’accomplir notre métier d’homme, de faire ce pour quoi nous sommes faits. Nous sommes ses ouvriers, et nous voulons répondre à l’appel de Dieu, et le travail que Dieu nous demande, on l’a entendu dans l’oraison, la prière d’ouverture, c’est d’aimer Dieu, et d’aimer son prochain, voilà.
Votre travail, notre travail, c’est d’aimer. Alors il y a un problème quand même, parce que cette vigne, ce champ d’action, pour le maître du domaine et pour nous, il est très grand, donc le Seigneur a besoin d’encore d’autres ouvriers, et il vient à la troisième heure, à la sixième heure, à la neuvième heure, toute la journée, il vient chercher de nouveaux ouvriers. Et il les vient même à la onzième heure, donc il ne reste plus qu’une heure de travail, et pourtant il embauche ceux qui sont là.
« Pourquoi n’avez-vous pas travaillé jusqu’à maintenant ? – Personne ne nous a embauchés. – Eh bien venez travailler à ma vigne ».
II – Justice de Dieu, justice humaine
Et là on se dit que, d’abord, le Seigneur n’est pas du tout un bon manager, parce que s’il avait été un bon manager, il aurait fait venir les premiers, ceux qui ont travaillé toute la journée, il les aurait fait venir en premiers, et il les aurait payés, au salaire convenu. Et puis s’il voulait donner plus au suivant, ou s’il voulait donner autant au suivant, il l’aurait fait discrètement. Mais voilà, le Seigneur n’est pas un bon manager, ce n’est pas son projet. Son projet c’est de nous bousculer.
Et donc il fait passer ceux qui ont travaillé une heure seulement. Et ceux qui ont travaillé une heure, ils vont recevoir un denier. Et dans le cœur de Dieu, c’est juste.
Parce que pour le cœur de Dieu, l’objectif c’est de donner suffisamment pour que ces hommes puissent faire vivre leur famille. Et donc c’est juste. Et les suivants ? Ils arrivent, et ils n’ont pas plus.
Et là ils ressentent une immense injustice. Et on ne va pas se mentir, on est d’accord avec eux. Ce n’est pas juste. ‘On a travaillé onze fois plus, et on est payés au même salaire !’ Parce que notre sens de la justice, il est un peu comme ça. On doit tous avoir la même chose. Mon sens de la justice, il est tellement aiguisé que si les autres ont plus que moi, il faut que je me débrouille pour qu’ils aient moins. Parce qu’il faut qu’on soit à égalité. Eh bien, ce n’est toujours pas le même projet de Dieu.
III – la Justice de Dieu, c’est le temps pour nous convertir
Le projet de Dieu, c’est que chacun de nous ait ce qu’il a besoin. Et ce dont nous avons besoin, ce que ces ouvriers ont besoin, c’est de pouvoir faire vivre leur famille, et donc un de nul. C’est une justice qui n’est pas égalitariste. C’est une logique qui est distributive. Ils ne nous payent pas à l’heure. Ils nous payent pour l’engagement qu’on y met.
Il s’agit d’abord d’entrer dans le regard de Dieu. « Mes pensées ne sont pas vos pensées », c’était la première lecture. De fait, Dieu nous dépasse. Il pense autrement que nous. Lui, il est Dieu, et il aime chacun de ses enfants.
Il veut le bien pour chacun de ses enfants. Dieu est fou d’amour pour nous. Il a tout donné.
Et il veut, oui, nous rendre heureux. Et que l’on ait été embauché à la première heure, ou à la onzième, il veut nous rendre heureux. Alors quelle chance, parce que parmi nous, on ne va pas se mentir, on peut avoir l’impression d’être là depuis longtemps, en réalité, il y a toujours quelque chose à améliorer.
Et donc il est toujours temps de se convertir. Il est toujours temps de se retourner vers le Seigneur, et de lui dire, ‘Seigneur, je veux venir travailler à ta vigne’. Et nous serons payés au juste prix, même si nous arrivons très tard. Donc ça, c’est une bonne nouvelle. Il est toujours temps. Aujourd’hui, nous pouvons nous convertir.
Aujourd’hui, nous pouvons nous retourner vers le Seigneur, et lui dire, ‘Seigneur, fais de moi ce qu’il te plaira’. Et puis donc, nous sommes invités à regarder ceux qui arrivent, ceux dont on a l’impression qu’ils ont moins travaillé, avec un regard d’amour. De nous réjouir pour le cadeau que Dieu fait.
Finalement, c’est Saint Ignace qui avait les meilleurs mots pour ça. Saint Ignace qui nous a donné une prière qui a été reprise pour les Scouts. La prière Scoute.
Je ne sais pas si vous vous souvenez. « Seigneur Jésus, apprenez-nous à être généreux, à vous servir comme vous le méritez, à donner sans compter, à combattre sans souci des blessures, à travailler sans chercher le repos, à nous dépenser sans attendre d’autres récompenses que celles de savoir que nous faisons votre sainte volonté ».
Ce n’est pas si évident.
À nous dépenser sans attendre d’autres récompenses que celles de savoir que nous faisons votre sainte volonté. Oui, nous pouvons demander au Seigneur de nous aider à nous convertir pour que nous entrions véritablement dans son projet d’amour. Pour que chacun de nous, nous puissions répondre réellement au Seigneur.
‘Oui, je viens. Je viens travailler pour toi au chantier de ta vigne. Je viens pour aimer et me laisser aimer’, parce que c’est la seule chose qui compte.