2026-08-23 – 21e dimanche de To A
Is 22, 19-23 ; ps 137 ; Is 22, 19-23 ; Mt 16, 13-20
Par l’abbé Gaël de Breuvand, en l’église de Feurs
L’événement qui vient de nous être rapporté dans l’évangile, au chapitre 16 de l’évangile de selon saint Matthieu, est représenté ici (sur le vitrail sud). La transmission des clés à Saint-Pierre. Et nous l’avons entendu, il y a un lien avec la première lecture.
Shebna a reçu une parole de Dieu et cette parole c’est « Tu vas perdre le pouvoir des clés et il sera confié à un nouvel intendant qui, lui, prendra vraiment soin de mon peuple ». Nous le comprenons, évidemment, Pierre – en recevant les clés, en recevant ce pouvoir de fermer et d’ouvrir, en recevant ce pouvoir de lier et de délier, – Pierre reçoit mission de la part du Christ de prendre soin de son peuple.
I – la Grâce à la source de la Foi
Alors dans la région de Césarée de Philippe, alors que Jésus est avec ses disciples depuis peut-être un an, un an et demi, un an et demi, Jésus pose la question « Pour vous, qui suis-je ? » Et cette question-là, elle est valable aujourd’hui pour nous.
Et je vous pose la question : pour vous, qui est Jésus ?…
Alors on peut dire qu’il est Seigneur, qu’il est Fils de Dieu, qu’il est Messie, qu’il est Christ, qu’il est un guide, qu’il est un maître, qu’il est un pédagogue, un enseignant, qu’il est un médecin, qu’il est sauveur. Qu’il est Dieu, qu’il est notre frère, qu’il est notre ami. Et tout cela, c’est vrai, tout cela, on le trouve dans l’Évangile, donc c’est vrai.
Mais la question que Jésus nous pose, c’est « Pour vous, qui suis-je ? » Il ne s’agit pas de répondre simplement en théorie, mais très concrètement, qu’est-ce que nous voulons, qu’est-ce que nous croyons, comment vivons-nous avec Jésus ? Est-ce que nous vivons avec lui comme quelqu’un de loin, une belle histoire qui nous aide à vivre ? Ou est-ce que c’est vraiment quelqu’un que nous pouvons rencontrer et avec qui nous pouvons grandir, finalement ? Et ce que Jésus explique à Pierre, c’est que pour pouvoir répondre en vérité à cette question, il faut la grâce. La grâce, c’est le cadeau gratuit de Dieu, la grâce, c’est l’Esprit Saint, c’est Dieu lui-même qui vient habiter nos cœurs. C’est seulement quand Dieu est dans notre cœur que nous pouvons répondre en vérité, en parole et en acte à cette question « Pour vous, qui suis-je ? » Dans la prière d’ouverture, la collecte, nous avons prié « Donne à ton peuple d’aimer ce que tu commandes », donne-nous d’aimer Ta Parole, donne-nous d’aimer le Christ… En fait, c’est vraiment le cadeau que nous pouvons demander au Père, d’être rempli de l’amour pour lui, pour le Christ, pour Dieu tout entier.
II – L’Église, ceux qui sont appelés
Sur cet acte de foi de Pierre, qui réjouit le cœur de Jésus, on entend « Heureux es-tu, Simon, fils de Jonas. Ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé cela, mais mon Père qui est aux cieux. » Parce que Pierre a été ajusté, Pierre a accueilli le don de Dieu, Pierre a finalement relayé la parole de Dieu. Donc la joie du Christ, pour cet acte de foi, c’est cet acte de foi qui fonde l’Église. L’Église est fondée sur un acte de foi. Nous ne sommes pas membres d’une communauté sympathique, d’habitués. Nous ne sommes pas membres d’un club qui serait très privé. Nous ne sommes pas membres d’une association humanitaire. Non, nous sommes membres de l’Église et cette Église est fondée sur la foi. Et cette foi, encore une fois, c’est le don de Dieu.
« Église », en grec « Ekklesia », avec deux « k ». Ça veut dire « ceux qui sont appelés ». L’expression existe « nous sommes l’Église », et elle est vraie cette expression. Mais croire que c’est grâce à nous, ça c’est une erreur. ‘Nous sommes l’Église’ parce que le Christ nous appelle. Nous n’avons pas entendu les cloches juste avant la messe, mais c’est bien là la symbolique des cloches : c’est « Nous sommes appelés » et parce que nous sommes appelés, nous nous réunissons et nous formons une communauté, nous formons Église, nous formons un peuple et nous allons pouvoir avancer dans la même direction à la suite du Christ. Nous sommes l’Église parce que nous sommes appelés, que nous accueillons le don de Dieu, la grâce et que nous croyons. « Seigneur, tu es le Fils de Dieu, celui qui est venu dans le monde ». L’Église, c’est d’abord ceux qui sont appelés.
Et l’église, c’est aussi ce bâtiment, avec un petit « e ». Mais c’est étonnant, quand on y réfléchit quelques instants, dans la tradition, on va dire depuis des temps immémoriaux, quand les hommes choisissent de se réunir pour prier Dieu, ils se réunissent dans un temple.
Et dans un temple, qu’est-ce qu’on y fait ? Eh bien, on y fait entrer un prêtre, et seulement un prêtre, et on y installe un autel et on y accomplit une offrande. Voilà, c’est ça un temple, un autel, une offrande, un prêtre. Et nous, chrétiens, eh bien notre temple, à nous, il est un peu particulier.
À la différence du temple de Jérusalem, où seul le prêtre rentre dans le temple et la foule est sur le parvis à l’extérieur, nous, tout le monde rentre. Pourquoi ? Parce que nous sommes baptisés, que nous sommes tous membres du corps du Christ, que nous formons tous ensemble avec le Christ, par Jésus, avec Jésus, en Jésus, nous sommes le prêtre, nous accomplissons l’offrande. Parce que par Jésus, avec Jésus et en Jésus, nous sommes l’offrande, c’est Jésus qui s’offre sur l’autel, mais nous sommes invités à nous offrir tous et chacun personnellement, nous donner.
C’est comme cela que nous accomplissons l’Église, lorsque nous nous réunissons à la messe le dimanche. [ et on nous demande de venir à la messe dimanche, pas tous les autres jours de la semaine, alors c’est bien de venir les autres jours de la semaine, mais si on est appelé le dimanche, c’est parce qu’il s’agit que nous nous retrouvions tous ensemble, nous ne nous connaissons pas forcément personnellement, nous ne sommes pas forcément amis, mais nous nous aimons car nous sommes frères, nous ne nous sommes pas choisis, mais nous sommes appelés, et nous sommes ici pour aimer et nous laisser aimer.] Église, ceux qui sont appelés, ceux qui accueillent la grâce de Dieu, ceux qui acceptent d’être les frères ensemble.
III – la mission de Pierre
Et à la tête de cette Église, c’est l’évangile d’aujourd’hui, Matthieu 16, 16, « Tu es Pierre et sur cette pierre je bâtirai mon Église ». Pierre reçoit une mission particulière, il est le gardien des clés, tout ce que tu auras lié sur la terre sera lié dans les cieux, tout ce que tu auras délié sur la terre sera délié dans les cieux. Il est le gardien des clés, il est le gardien de la miséricorde que l’Église est chargée de transmettre au monde. Il est ministre plénipotentiaire, il a tous les pouvoirs. Quand on voit le pape, on voit le « vicaire du Christ », comme le dit l’expression. Il agit au nom du Christ. Alors, il agit au nom du Christ, mais il agit aussi comme tête de l’Église, et en fait, en réalité, nous sommes tous avec lui ministres plénipotentiaires du Christ : Nous avons tous à transmettre la miséricorde du Seigneur au monde.
Et si Pierre reçoit une mission particulière, c’est celle de l’unité. Un théologien du XXe siècle regardait les figures de la première Église et il leur donnait des caractéristiques différentes.
Il disait, voilà, Paul, c’est le missionnaire, l’Église doit être missionnaire. Jean, c’est le prédicateur de l’amour, l’Église doit être la prédicatrice, l’annonciatrice et le lieu où se vit l’amour. Jacques, le chef de la première Église de Jérusalem, c’est le gardien de la doctrine.
Et Pierre, eh bien, il doit faire l’unité avec tout ça. Parce qu’entre le missionnaire, celui qui prêche l’amour et celui qui garde la doctrine, parfois ça tiraille. Pierre, il est là pour faire l’unité.
Et aujourd’hui, c’est toujours la même chose. Le pape Léon, successeur de Pierre, le Pierre d’aujourd’hui, est en charge de faire l’unité. Et vous le savez, ce n’est pas si évident. L’actualité récente nous le manifeste. La Fraternité Saint Pie X d’un côté, l’Église en Allemagne de l’autre. C’est compliqué d’être pape aujourd’hui.
Et donc nous prions pour lui. Et dans quelques semaines, il vient chez nous en France, comme lui demande Jésus, « pour confirmer ses frères ». Alors nous nous mettrons à l’écoute de la parole du pape, du Pierre de ce temps. Nous recevrons sa parole et nous prierons pour sa mission. Celle de faire l’unité, d’être le garant de cette unité. Et avec lui, avec Léon, avec Pierre, nous pourrons répondre à la question : « Pour vous, qui suis-je ? »