17e dimanche de TO – le trésor, le marchand, le filet…

Homélie du 17e dimanche de TO – A
1 R 3, 5.7-12 ; ps 118 ; Rm 8, 28-30 ; Mt 13, 44-52
par l’abbé Gaël de Breuvand

I – La rencontre entre l’homme et Dieu

 « Avez-vous compris tout cela ? » Ils lui répondent oui. Et pourtant les disciples, ils n’avaient pas tout à fait ce que nous, nous avons reçu. Parce qu’au moment où Jésus leur pose la question, ils n’ont pas encore reçu l’Esprit Saint.
Et donc tout n’est pas si clair pour eux. La première lecture, c’est le premier livre des rois, c’est le chapitre 3, et c’est le tout début du règne de Salomon. Un tout petit peu de contexte : c’est le tout début du règne. Donc il a fallu que Salomon, c’était l’objet du chapitre 2, élimine tous ses concurrents. Donc il a fait tuer un de ses frères, Adonias, il a fait tuer un général de David, Joad, il a fait tuer un descendant de Saül, Shimeï.
Il faut qu’il assure sa position comme roi d’un petit peuple coincé entre les grands empires. Donc il a épousé la fille de Pharaon, qui est païenne, et il est très tolérant avec ce paganisme.

Et pourtant, le texte nous précise, « Salomon aimait le Seigneur ».

Et comme il aimait le Seigneur, il vient à Gabaon pour rendre un culte à Dieu, en offrant un grand sacrifice. Mais on pourrait se dire que ce sacrifice ne va pas être agréé, puisque le cœur de Salomon, même s’il aime le Seigneur, n’est pas tout à fait unifié. Mais Dieu vient à la rencontre de Salomon.
Moi je trouve ça très rassurant. Dieu vient à notre rencontre, même quand nous ne sommes pas parfaits. Il vient à notre rencontre, surtout si nous ne sommes pas parfaits.
C’est finalement, c’est le thème du fils prodigue. C’est bien quand le fils prodigue est au fond du trou, qu’il rentre en lui-même et qu’il rencontre Dieu, et qu’il peut se remettre en route.

II – Un cœur qui écoute, au fondement de la Foi

Il y a cette question du Seigneur : « Demande ce que je dois te donner ». Et Salomon fait la meilleure réponse possible, Dieu l’en félicitera même, en lui disant, ce que tu m’as demandé, tu l’auras, et tu auras même en surcroît. Ce que Salomon demande, c’est « un cœur attentif », qu’on pourrait aussi traduire « un cœur qui écoute », afin de discerner, afin de bien gouverner, afin d’être un bon roi.
Et de fait, Salomon ne demande pas la puissance, il ne demande pas la richesse, il ne demande pas la défaite de ses ennemis, il demande un cœur qui écoute. Et quand on relit dans la Bible, on se rend compte que cette notion d’écoute, elle est essentielle. En fait, être croyant, être chrétien, c’est d’abord avoir un cœur qui écoute.
« Parle Seigneur, ton serviteur écoute ». C’est la parole du prophète Samuel. En Deutéronome (6,4), on a le grand commandement, comme nous dit Jésus :
« Quel est le premier de tous les commandements ? Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est un ». Écoute. Sh’ma Israël, c’est la prière que les Juifs prient, disent tous les matins.
« Écoute Israël ». Si nous voulons entrer dans une démarche qui est celle de la foi, il faut ouvrir son cœur et se mettre à l’écoute. Saint Paul nous dit, Fides ex auditu, [pardon, je fais le théologien], la foi naît de l’écoute.
Nous ne pouvons pas rencontrer Dieu, nous ne pouvons pas connaître Dieu, si nous ne commençons pas d’abord par accueillir ce qu’il veut nous donner. Et donc, Salomon a fait une bonne réponse, a posé la bonne question, a fait la bonne demande. Seigneur, « donne-moi un cœur qui écoute ».

Et je nous invite bien évidemment à reprendre cette prière à notre compte. Salomon reçoit les félicitations du Seigneur pour cette demande. Et pourtant, la suite de sa vie, il y aura des choses merveilleuses, mais il n’y aura pas que de la perfection.
A la fin de sa vie, le comportement de Salomon va entraîner la scission du royaume. Mais le Seigneur reste fidèle. Et le Seigneur reviendra régulièrement frapper à la porte du cœur de Salomon, comme il était venu frapper à la porte du cœur de son père David.
Parfois, nous avons péché, nous avons creusé un trou bien profond, et nous ne voyons même plus la lumière. Mais le Seigneur, lui, est patient, il nous attend et il nous appelle. Pour sortir du trou, il faut accueillir cet appel.

Et nous n’avons aucun doute. Toujours, le Seigneur répond. Lui, il écoute.

IIIa – le trésor et le marchand

Alors, écoutons-le. Nous sommes au mois de juillet, et donc nous sommes toujours dans le chapitre 13 de l’Évangile de Saint-Mathieu, ses paraboles du royaume. On en a entendu deux la semaine dernière.
Il y a trois semaines, c’était la parabole du semeur. La semaine dernière, on a entendu la parabole de l’ivraie, et puis celle de la graine de moutarde. Aujourd’hui, c’est trois paraboles du trésor, du marchand et du filet.
Il faut ouvrir nos oreilles, il faut accueillir ce qui est dit. Les paraboles que Jésus nous donne sont des paraboles qui nous dévoilent, non pas la totalité du royaume, parce qu’en fait, le royaume, le projet de Dieu, nous dépasse absolument. Et donc chaque fois, chaque parabole est un éclairage sur une dimension.

Le royaume des cieux est comparable à un trésor. Eh bien, nous sommes cet homme qui peut-être avons trouvé ce trésor par hasard. Eh bien, il faut tout donner, tout  donner pour avoir ce trésor. Celle-là, elle est évidente. Le royaume des cieux est comparable à un marchand, un négociant qui cherche des perles.
Et là, le royaume n’est pas la perle. Le royaume, c’est le marchand. Parce que la perle, c’est vous.

Et ce royaume vient à votre rencontre et il vous appelle et il veut vous prendre avec lui. Parce que ce royaume, c’est le Christ. Quand nous entendons cette parabole-là, nous pouvons penser bien évidemment à tout ce que le Christ a donné pour nous.
Il a tout donné pour que nous puissions être avec lui. Mais le Christ, s’il nous achète, et il nous a acheté à grand prix, eh bien, il ne nous possède pas. Étonnant, hein ? Il choisit de nous tendre la main et de nous inviter à le rejoindre.

IIIb – Le jugement de la fin des temps.

C’est la parabole du filet. « Le royaume de Dieu est comparable à un filet » et il se jette sur nous. Et nous sommes ses poissons et à la fin des temps, il y aura un tri.
Alors évidemment, la première lecture, c’est penser ce tri entre les méchants et les justes. Entre les justes et les injustes. Oui.

Mais on peut aussi réaliser qu’en réalité, où est la frontière du royaume des cieux ? Où est la frontière de la sainteté ? Elle est essentiellement au milieu de moi. En moi, il y a des choses qui appartiennent à l’Église sainte. Il y a des choses qui appartiennent à Dieu.
Et puis il y a des choses qui ne lui appartiennent pas parce que je ne veux pas que ça lui appartienne. Parce que je veux garder cela à l’écart de lui. La frontière du royaume de Dieu, la frontière de l’Église, elle est en moi.
Et donc mon combat de vie, c’est d’avoir le cœur suffisamment ouvert pour que tout ce qui m’appartient soit donné, offert. Que nous ressemblions vraiment à Jésus. Au dernier temps, le tri sera fait dans mon cœur par les anges.
Et là, c’est là toute la question. Les anges sépareront les méchants du milieu des justes. Sépareront aussi la méchanceté et le péché de mon cœur.
Et tout cela, tout ce qui est mauvais sera jeté dans une fournaise de feu. Est-ce que je vais m’accrocher à ce mal-là ? Est-ce que je risquerais de partir avec ? Il s’agit de laisser le Seigneur faire le tri dans ma vie. Pour cela, il faut que je me pose devant Lui et que j’ouvre l’oreille de mon cœur, que j’écoute.

Il faut que je prenne le temps de Le rencontrer. Écoutez, c’est la condition première de la foi, c’est la condition première de l’amour. C’est vrai dans notre relation avec Dieu, évidemment. C’est d’ailleurs vrai aussi dans la relation avec l’autre. Si je veux aimer ceux qui sont autour de moi, il faut que je commence par les recevoir tels qu’ils sont. Il faut que je me mette à l’écoute.

Aujourd’hui, dans ce dimanche, nous sommes invités à nous tourner vers le Seigneur. Il nous aime à la folie. Il veut que nous aimions, nous aussi. Il veut nous sauver. C’était le thème de la deuxième lecture. Il nous prédestine au salut, mais il est absolument respectueux et très délicat avec notre liberté.

Et donc, c’est nous qui choisissons d’accueillir le Royaume, de nous mettre à l’écoute.