
Homélie par l’abbé Gaël de Breuvand
dimanche 24 mai 2026 en la solennité de Pentecôte
Ac 2, 1-11 ; ps 103 ; 1 Co 12, 3b-7.12-13 ; Jn 20, 19-23
I – Pentecôte, le don de la Loi, le don de l’Esprit
Je ne sais pas si vous le savez, mais jeudi, vendredi et samedi, du 21 au 23, c’était la fête de « Shavouot ». La fête de Shavouot, c’est le nom hébreu pour parler de la fête que l’on connaît un peu mieux sous le nom de « Pentecôte ». C’est une fête qui est placée cinquante jours après la Pâque. Et la fête de Shavouot est là pour faire mémoire de cet événement fondateur dans la vie du peuple d’Israël : « le don de la Loi sur le Mont Sinaï », avec, en particulier, le don des Dix Paroles, les Dix Commandements gravés sur des tables de pierre. Ces Dix Paroles sont comme la charte d’une vie bonne. Ces Dix Commandements mettent le doigt sur là où ça fait mal, parce que, quand on y réfléchit bien, on a du mal à les mettre en œuvre… Alors, j’espère que tout le monde ne tue pas, mais est-ce qu’on est toujours vraiment des porteurs de vérité ? Est-ce qu’on est toujours en train d’honorer nos parents ? Est-ce qu’on met toujours Dieu à la première place ?
La tradition biblique avait annoncé, par la bouche d’un Joël, par la bouche d’un Ézéchiel, par la bouche d’un Jérémie, qu’un jour viendrait où Dieu nous donnerait une Alliance nouvelle et que les paroles de la Loi ne seraient plus gravées sur des tables de pierre, mais gravées directement sur nos cœurs. Ce jour-là, ce serait une tempête du Saint-Esprit. C’est exactement, évidemment, le récit que nous avons eu aujourd’hui ! Et quand nous, chrétiens, nous fêtons Pentecôte, le dimanche qui suit la fête de Shavuot, nous faisons mémoire de cet événement : le don de l’Esprit Saint. Pour marquer le lien, d’ailleurs, je vous disais, il y a eu Dix Paroles marquées sur les tables de pierre, et là, nous avons entendu dix couplets du chant du « Veni Sancte Spiritus ». C’est le nouveau don de Dieu : non plus une parole écrite sur des tables de pierre, mais un don de l’Esprit Saint, la vie de Dieu lui-même, Dieu lui-même, qui veut habiter nos cœurs. Ça, c’est une bonne nouvelle, une grande nouvelle.
II – Un don renouvelé aujourd’hui
Alors on pourrait se dire :’ oui, mais cet événement de la Pentecôte, cet événement du don de l’Esprit Saint, il a eu lieu une fois, c’était il y a à peu près 2000 ans, à Jérusalem. On a entendu cette tempête de l’Esprit Saint, le cœur des apôtres en a été tout dilaté, ils sont allés annoncer l’Évangile, et de fait, ça a marché, parce que nous, aujourd’hui, nous croyons à cet Évangile. Mais Pentecôte, c’était il y a longtemps’.
Mais si vous avez bien écouté l’oraison, la prière d’ouverture de la messe, juste après le « Gloire à Dieu », vous avez compris que cette prière de demande de l’Esprit-Saint est au présent. « Aujourd’hui, Seigneur, Tu répands sur nous l’Esprit Saint, dans le monde entier, sur tous les peuples, et nous Te demandons de le déposer dans nos cœurs, aujourd’hui ».[1]
Parce que la liturgie, par grâce, grâce à la présence de l’Esprit-Saint justement, met au présent tous les événements de la vie du Christ. Et la Pentecôte, c’est comme le dernier événement de la vie du Christ sur la terre, lorsqu’Il nous envoie son Esprit. Mais cet Esprit-Saint, qui a commencé à être répandu au jour de la Pentecôte, est toujours répandu aujourd’hui. Et c’est pour cela que, aujourd’hui, nous voulons accueillir ce don. C’est pour cela que, aujourd’hui, entre hier et aujourd’hui, il y a 866 adultes qui ont reçu la confirmation. Quel motif de joie ! Dieu étend Sa présence parmi nous.
Chaque fois que nous pourrons croiser un confirmé, nous pouvons percevoir que Dieu est là. En fait, Dieu est là, devant moi. Vous portez tous l’Esprit-Saint, donc Dieu est présent au milieu de nous. Dieu est présent dans notre monde grâce à vous. Alors il s’agit d’en être conscient, non pas pour s’en enorgueillir : Saint Paul dira : « nous portons des trésors dans des vases d’argile. » Le vase d’argile, c’est ce qu’il y a de plus moche ; c’est pratique, mais c’est moche, et puis c’est fragile. Nous sommes ces vases d’argile. Mais nous portons un trésor qui nous dépasse absolument, et ce trésor c’est Dieu lui-même, cet Esprit-Saint. Nous sommes, étonnamment, la présence de Dieu dans notre monde.
III – Envoyés pour aimer, pour témoigner
Et c’est bien pour cela que Jésus nous a donné cette Parole. Il La donne, bien sûr, en premier lieu aux apôtres, aux évêques, et aux collaborateurs des évêques que sont les prêtres ; mais c’est une Parole qui est aussi donnée à tous les chrétiens. « Recevez l’Esprit Saint, à qui vous remettrez les péchés, ils seront remis, à qui vous maintiendrez ces péchés, ils seront maintenus. » Nous avons reçu le ministère de la miséricorde. Nous avons comme mission de porter la miséricorde à tous ceux que nous rencontrons, pas seulement à nos potes : à tous ceux que nous rencontrons, y compris ceux qui sont là et qui ne nous aiment pas. Nous sommes là pour témoigner pour eux de l’amour de Dieu. Nous sommes là pour pardonner au nom du Christ. Et donc évidemment, comme nous le prions dans notre Père, ce pardon au nom du Christ, pour le vivre pleinement, il faut que nous pardonnions en notre nom propre aussi. C’est un appel qui nous dépasse. En réalité c’est trop pour nous : nous ne savons pas faire. De la même manière que nous ne savons pas prier correctement. De la même manière que nous ne savons pas nous aimer les uns les autres comme le Christ nous l’a demandé. Nous ne savons pas faire, mais Dieu Lui-même nous fait ce don de l’Esprit Saint, pour que Lui, en nous, puisse faire ce que nous ne savons pas faire. C’est Lui, l’Esprit Saint, qui dans nos cœurs vient se tourner vers le Père, nous tourne vers le Père, et crie : «Abba, Papa». Imaginez-vous, nous pouvons dire à Dieu, par l’Esprit-Saint, grâce à Jésus, « Papa » ! Un truc de fou !
Alors aujourd’hui, en cette fête de Pentecôte, eh bien, il y a une mise au présent de cet événement. Aujourd’hui, Dieu répand d’une manière spéciale son Esprit Saint sur le monde entier. Et il s’agit que finalement, chacune de nos églises soit comme une antenne, un paratonnerre. Nous voulons accueillir cet Esprit-Saint, ici, là, maintenant. Cet Esprit-Saint qui vient habiter dans nos cœurs pour déborder sur le monde. Aujourd’hui, jour de Pentecôte, nous allons croiser des gens… Peut-être des gens très proches de la famille, ou peut-être déjà un peu plus loin… Rappelons-nous : nous sommes ces dépositaires de l’Esprit Saint, et il s’agit que nous Le donnions à tous ceux que nous rencontrons. Alors, parfois ça peut être explicite, parfois plus difficilement, et donc, déjà prions pour tous ceux que nous rencontrons. Concrètement, nous voyons cette personne : Seigneur, je Te la confie, fais-lui découvrir à quel point Tu l’aimes.
Nous sommes missionnés par le Christ pour être les relais de son amour « Viens, Esprit Saint, emplis le cœur de tes fidèles, allume en eux le feu de ton amour. » Ce feu dont Jésus a dit qu’il lui tardait de voir ce feu allumé sur la terre… Aujourd’hui, c’est notre mission : allumons le feu !
[1] « Aujourd’hui, Seigneur, par le mystère de la Pentecôte, tu sanctifies ton Église chez tous les peuples et dans toutes les nations ; répands les dons du Saint-Esprit sur l’immensité du monde, et continue dans les cœurs des croyants l’œuvre d’amour que tu as entreprise au début de la prédication évangélique ».