7e dimanche de pâques, quand Jésus prie pour nous

Homélie par l’abbé Gaël de Breuvand
Ac 1,12-14 ; ps 26 ; 1P4, 13-16 ; Jn 17, 1-11
Le 7e dimanche de Pâques, 17 mai 2026.

I – la prière sacerdotale

On ne va pas se mentir, ce n’est pas l’évangile le plus facile de toute l’année ! C’est le chapitre 17 de l’évangile selon saint Jean – la première partie – et c’est ce qu’on appelle la prière « sacerdotale » de Jésus. Jésus, au chapitre 14, au chapitre 15, au chapitre 16, s’est adressé aux disciples. Il leur a donné Ses dernières paroles, Il leur a dévoilé qui Il était, Il leur a annoncé ce qui allait lui arriver, et Il les a appelés à Le suivre. Au chapitre 17, Jésus s’adresse au Père : « Père, l’heure est venue, glorifie ton Fils. »

On appelle ce chapitre 17 la « prière sacerdotale », parce que Jésus accomplit là le ministère du prêtre : Il est le ‘pontife’ par excellence. Le pontife, vous savez, à l’origine, c’est le titre du grand prêtre à Rome. Le « pontifex », c’est celui qui fait le pont. Jésus fait le pont. Lui, qui est pleinement homme, est aussi pleinement Fils de Dieu, Dieu lui-même. Il est donc le lien parfait qu’il y a entre nous – notre humanité – et Dieu. Et comme ‘pont’, Il exprime cette prière : « Seigneur, Père, Je Te prie pour ceux qui sont là, pour ceux que Tu m’as donnés ».

II – La gloire de Dieu, c’est l’Amour

Le mot qui revient le plus souvent dans ce passage, c’est le mot « glorifier », « glorification ». « Glorifie ton Fils, afin que le Fils Te glorifie. Je T’ai glorifié sur la terre, glorifie-Moi auprès de Toi, Père, de la gloire que J’avais auprès de Toi. Ce qui est à Toi est à Moi et Je suis glorifié en eux. » Qu’est-ce que c’est que cette gloire dont parle Jésus ? Eh bien, quand on va chercher dans l’étymologie hébraïque, la ‘gloire’, c’est le même mot que le mot ‘poids’, c’est ce qui pèse. Et en Dieu, ce qui pèse, c’est leur être même, c’est l’être même de Dieu, et Dieu est Amour. Quand on parle de glorification, on parle de la communion « intratrinitaire », on parle de la relation d’amour, intime, qu’il y a entre le Père, le Fils, dans l’Esprit Saint. En fait, quand on parle de la ‘gloire qui est donnée’, on pourrait aussi dire ‘l’Esprit Saint qui est donné’ ; c’est synonyme… La glorification en Dieu, c’est le fait d’aimer. Le Père aime le Fils, le Fils est aimé du Père, le Fils aime le Père, le Père est aimé du Fils, et c’est tout cela, dans une union parfaite, qui est celle du Saint-Esprit.

Et Dieu qui aime, eh bien, Il nous aime. Et donc Il veut nous plonger aussi, nous faire entrer aussi dans cette glorification. « Je suis glorifié en eux. » « Je reçois l’Esprit Saint en eux ». Oui, Jésus nous invite à entrer dans la perception que nous sommes les membres de Son corps. Et donc ce que, Lui, la tête, vit, eh bien nous le vivons aussi. Lui, la tête, le Christ, est rempli d’Esprit-Saint. Forcément, Il est Fils, donc Il accueille l’Esprit Saint que Lui donne le Père. Nous, qui sommes membres du corps du Christ, sommes aussi, par ce fait même, remplis de l’Esprit Saint. Il s’agit de L’accueillir, de Lui laisser une place, évidemment. « Je suis glorifié en eux ».

Nous sommes entre l’Ascension et la Pentecôte, nous sommes dans ces jours d’attente. Oui, nous attendons que cet Esprit, que le Christ nous promet, nous soit donné. Alors, vous allez dire : on l’a déjà reçu, au jour de notre baptême, au jour de notre confirmation ; c’est vrai… Mais vous le savez, nous sommes limités, et Lui, Dieu, est infini. Donc il y a toujours un peu de place pour recevoir un petit peu plus de Dieu, un peu plus d’Esprit Saint. Et soyons sûrs que Dieu profite de ces temps privilégiés, comme le temps de la Pentecôte, pour nous faire un cadeau d’amour supplémentaire, pour nous proposer d’accueillir, à nouveau frais, l’Esprit Saint.

III – « La vie éternelle, c’est de te con-naître »

Dieu veut nous faire entrer dans la vie éternelle. Jésus parle ainsi : «  tu as donné au Fils tout pouvoir sur tout être de chair, Il donnera la vie éternelle à tous ceux que Tu Lui as donnés ». Ce que Dieu veut nous donner, ce que le Christ veut nous donner, c’est la vie éternelle. Et qu’est-ce que c’est que la vie éternelle ? Ce qui est éternel, c’est ce qui appartient en propre à Dieu. Il n’y a que Dieu qui est éternel. Donc la vie éternelle, c’est la vie de Dieu. Et Dieu veut nous donner Sa vie, que nous vivions comme Lui. Et quand nous vivons comme Lui, le temps ne compte plus tellement, on parle donc d’éternité, oui. En fait, on est dans un présent absolu. De fait, la vie éternelle, vous le savez, c’est d’aimer et de se laisser aimer, à la manière de Dieu Lui-même. Oui, la vie éternelle, « c’est qu’ils Te connaissent, Toi, le seul vrai Dieu ». Et je viens de vous dire que la vie éternelle, c’était d’aimer. Mais, parce que, quand on parle de connaître, quand Jésus parle de connaître, Il ne parle pas simplement d’une connexion intellectuelle. Il faut revenir, là encore, à l’étymologie : « connaître » c’est « naître avec ». On parle d’une relation, d’une relation intime, un cœur à cœur avec le Seigneur.

Nous voulons accueillir la vie éternelle que le Christ veut nous donner. Eh bien, il doit y avoir une décision de notre part, car rien de ce que fait Dieu ne nous sera imposé. Nous avons été créés sans notre accord – on ne nous a pas demandé notre avis –, nous serons sauvés, mais là, cela ne se fera pas sans nous. Il faut que nous entrions dans ce Salut, que nous entrions dans cet accueil de l’Esprit Saint, dans cet accueil de la vie éternelle, que nous entrions dans cette connaissance intime, que nous entrions dans cette relation avec le Père, d’enfant à père, que nous entrions dans cette relation intime d’ami à ami, et même plus, d’époux à épouse. Nous sommes invités à entrer dans l’intimité de Dieu. Ça nous dépasse. C’est un peu au-delà de tout ce que nous pouvons imaginer. Et c’est bien pour cela que le Seigneur nous envoie son Esprit. Pour que nous entrions dans la vérité tout entière, pour que nous comprenions et que nous aimions ce qui est bien, ce qui est sa volonté.

Alors, aujourd’hui, nous écoutons la prière sacerdotale de Jésus, la prière de Jésus à son Père pour nous. Et nous entrons dans cette même prière, pour que ce projet de Dieu s’accomplisse dans nos vies, dans nos cœurs, dans notre monde.