Homélie de saint Irénée

Homélie par l’abbé Gaël de Breuvand
En la solennité de Saint Irénée
dimanche 28 juin 2026
Ap 7, 13-17 ; ps 125 ; 2Tm 2, 22b-26 ; Jn 15, 1-8

I – Irénée de Lyon, fils de saint Jean

Dans notre diocèse, nous fêtons Irénée, « Irénée », comme son nom l’indique, veut dire « le faiseur de paix ». Irénée est Grec, il vient de la région de Smyrne, sur la côte de la Turquie, qui à l’époque, est ce qu’on appelle la ‘Grande Grèce’. Quand il était jeune, adolescent, il a suivi les cours de caté de saint Polycarpe, dont il est devenu le disciple. Et Polycarpe, lui, a été ordonné et est devenu évêque de Smyrne sur décision, sur ordination de l’apôtre saint Jean. Donc Irénée, c’est un ‘petit-fils’ de saint Jean. L’église de Lyon est donc liée d’une manière toute particulière à saint Jean.

Irénée est arrivé à Lyon dans les années 140, environ. C’est le moment où la communauté chrétienne de Lyon commence à grossir et que, du coup, de Smyrne viennent quelques cadres pour organiser cette église. On a donc un premier évêque, Pothin, et puis Irénée, qui est par là. Irénée va être connu à partir de 177, date de la grande persécution : Pothin, Blandine et bien d’autres, une trentaine d’autres, vont mourir. Irénée est celui qui porte le message à Rome : il emmène la ‘lettre des martyrs de Lyon’, qui rapporte, qui donne le récit de ces événements. Et quand il est à Rome, le pape se tourne vers lui et lui dit : « il y a maintenant besoin d’un chef pour cette église de Lyon, ce sera toi ». Voilà donc Irénée qui revient à Lyon en tant qu’évêque.

Il est dit ‘Père de l’Église’ parce qu’il fait partie de cette première génération d’évêques, d’enseignants. Il est aussi Docteur de l’Église, depuis pas très longtemps. : c’est en 2022 que le pape François l’a créé Docteur de l’Église, en lui donnant un sous-titre : « Docteur de l’unité ». C’était un rêve et une demande du cardinal Barbarin. Docteur de l’unité. Pourquoi ? Parce que ce faiseur de paix, Irénée, il a voulu donner les raisons : pourquoi l’Église est-elle ‘une’ ? Est-ce grâce à nous ? Je vous rassure tout de suite, non ! Parce que si c’était grâce à nous, ça ne durerait pas longtemps… L’Église est une par grâce : C’est un don de Dieu, c’est la sainteté de Dieu qui nous est donnée par Jésus, et qui fait de nous ‘un’.

II – L’arbre d’une communauté unie

J’aimerais revenir sur cette question de l’unité, et peut-être tout particulièrement l’unité d’une communauté : à partir de saint Irénée, l’unité de notre communauté. Qu’est-ce qui fait d’abord l’unité ? On pourrait dire qu’une communauté unie, c’est comme un arbre. Jésus, Lui, avait employé l’image de la vigne, mais la vigne est aujourd’hui un petit peu moins ‘parlante’ pour nous : on est moins expérimenté que les contemporains de Jésus avec la vigne… Alors je vais prendre l’arbre.

Donc, à un arbre, il faut des racines. Et les racines de l’unité, c’est la foi : c’est le fait de se tourner tous ensemble dans la même direction vers le Christ, qui est une personne, qui est un Dieu qui nous aime, et qui nous enseigne. Il y a une doctrine, un enseignement qui nous est donné, et c’est cet enseignement qui constitue nos racines de l’unité. Pour saint Irénée, c’était extrêmement important, puisque ça a été le cœur de sa prédication : il s’agissait de transmettre la prédication des apôtres. Il a même écrit un petit livre qui s’appelle la « démonstration de la prédication apostolique ». C’est une sorte de petit catéchisme, 50 pages pour mettre en ordre l’enseignement des apôtres sur Jésus et sur la Bonne Nouvelle du Christ. Il a inventé le catéchisme !
C’est la question qu’on pose aux parents lorsqu’ils demandent le baptême pour leur enfant : « Que demandez-vous à l’Église de Dieu ? La foi qui donne la vie éternelle ». « Vous demandez le baptême pour votre enfant, vous devrez l’éduquer dans la foi, lui apprendre à garder les commandements, pour qu’il aime Dieu et son prochain comme le Christ nous l’a enseigné. » Voilà, cela, c’est la racine, la racine de notre unité.

Ensuite, à partir des racines, il faut un tronc. Et ce tronc, c’est la volonté de nous mettre au service les uns des autres ; c’est d’obéir aux commandements du Christ. « Aimez-vous les uns les autres comme moi je vous ai aimés ». C’est décider d’être, puisque nous sommes membres de la même communauté, puisque nous sommes tous tournés vers le Christ, c’est décider d’être et de se mettre au service les uns des autres. Nous sommes 150 dans l’Église… et mon problème, c’est que nous ne nous connaissons pas tous. On devrait, on devrait… Et ça, ça ne peut se faire que si on pose un acte de la volonté. Il faut que nous le décidions, il faut que nous posions des actes concrets pour faire connaissance, pour nous mettre au service de la joie et du bonheur de celui qui est là, à côté de moi, sur le banc, ou un tout petit peu plus loin. Le tronc, c’est la charité concrète entre nous.
Et puis – c’est un mot que je viens d’apprendre ! – le « houppier », c’est la partie branchage d’un arbre. La partie qui s’élargit, c’est le houppier. Eh bien, le houppier de l’arbre, c’est le service que nous, en tant que communauté, allons rendre au monde. Vous savez, la foi, c’est comme un grain de sénevé ; et quand cet arbre grandit, une foule d’oiseaux et de petits animaux peuvent s’y abriter. Eh bien, c’est de cet ordre-là : notre mission en tant que communauté, et comme une communauté unie, c’est de servir le monde. D’annoncer d’abord, Jésus, la Bonne Nouvelle, cette grande nouvelle : Nous sommes tous, personnellement et chacun, aimés à la folie. Et vous le savez, notre monde crève de ne pas savoir qu’il est aimé. Nos contemporains ne se savent pas aimés. Et donc ils se sentent seuls, ils se sentent abandonnés, ils se sentent perdus. Et ils vont chercher à compenser ce manque. Annonçons sans nous lasser que nous sommes aimés, que chacun de nous est aimé. Et puis, c’est aussi le service de ceux qui sont malades, de ceux qui sont isolés. Dans notre monde, il y en a bien besoin ! Nous allons aussi nous mettre en prière pour eux, pour le monde.  Et puis, quand on prie pour le monde, on prie un petit peu pour nous aussi…

Notre communauté chrétienne est appelée à vivre l’unité. L’unité comme un arbre avec des racines, celles de la foi ; avec un tronc, celui de la charité mutuelle au sein de notre communauté ; avec un houppier, au service du monde. Nous sommes les fils de saint Irénée. Vous rappelez-vous la phrase la plus célèbre de saint Irénée ? « La gloire de Dieu, c’est l’homme vivant. Et la vie de l’homme, c’est de voir Dieu ». Jésus disait presque la même chose : « Ce qui fait la gloire de mon Père, c’est que vous portiez beaucoup de fruits. Que vous soyez pour moi des disciples. »
Eh bien, si on connecte l’ensemble de ces phrases, on comprend que la gloire de Dieu, c’est que nous accomplissions notre vocation. Et notre vocation, c’est d’aimer et de se laisser aimer.