Homélie abbé Gaël de Breuvand
12e dimanche de TO A
Dimanche 21 juin 2026
Jr 20, 10-13 ; ps 68 ; Rm 5, 12-15 ; Mt 10, 26-33
L’Évangile que nous venons d’entendre se trouve au chapitre 10 de l’évangile selon saint Matthieu. Cet évangile est très bien construit : c’est une alternance des faits et gestes de Jésus, suivi d’un discours. Et puis à nouveau, des faits et gestes de Jésus, et puis un discours, etc. Au chapitre 10, on a le dernier d’une série de faits : c’est l’appel des douze disciples, douze apôtres. Vous les connaissez ? Pierre, Jean, Jacques, André, Thomas, Jacques et Philippe, Matthieu, Barthélemy, Simon, Jude… Les douze ont été appelés parmi les disciples pour être avec Jésus, pour écouter son enseignement d’une manière particulière, et pour être des envoyés, des apôtres.
Et à peine Jésus a-t-Il embauché les Douze, qu’Il leur donne une série de consignes pour l’évangélisation. ‘Quand vous allez évangéliser, quand vous allez annoncer la Parole de Dieu, voilà ce que vous avez à faire, et voilà ce qui se passera’. Et la première partie de ce discours, on ne va pas se mentir, n’est pas très rassurante : ‘vous allez être persécutés, on vous donnera des coups de bâton, on vous fouettera, on vous mettra même en croix’. La totale !
Et puis il y a une deuxième partie, et c’est celle qui vient maintenant, qui est au contraire un peu plus consolante. « Ne craignez pas les hommes. » Alors, dans toute notre humanité, ce que dit Jésus ne nous rassure pas beaucoup, mais ça peut rassurer notre cœur. « Ne craignez pas ceux qui tuent le corps sans pouvoir tuer l’âme, craignez plutôt celui qui peut tuer le corps et l’âme. » Dieu, le Christ, nous redit à quel point nous sommes aimés. Nous valons tous plus qu’une multitude de moineaux, c’est rassurant. Or, chaque moineau a du prix aux yeux du Seigneur, donc nous, combien plus ? Alors ne craignons pas, n’ayez pas peur. Nos papes, depuis Jean-Paul II, très régulièrement nous le répètent : « N’ayez pas peur. » Ouvrez toutes grandes vos portes au Christ, et Benoît XVI avait rajouté « Il n’enlève rien, Il donne tout », « N’ayez pas peur ». « Alors, ne craignez pas », nous dit Jésus, mais d’abord face à la violence, face aux persécutions. Ne craignons pas, parce qu’il faut que nous gardions en vue l’essentiel. Et l’essentiel, ce n’est pas d’abord d’être bien confortable. L’essentiel, c’est de viser le vrai bonheur et la vraie joie. L’essentiel, c’est d’aimer et de se laisser aimer. Jésus nous redit : « Soyez sans crainte. » Il nous le dit dans les épreuves que nous allons traverser, dans le dénuement, peut-être dans une certaine pauvreté, que nous allons éprouver en annonçant la Bonne Nouvelle. Eh bien, il s’agit de faire confiance à la Providence. « N’ayez pas peur. »
Et puis enfin, et c’est le dernier paragraphe, c’est peut-être celui qui est la parole la plus difficile à entendre. « Quiconque se déclarera pour moi devant les hommes, Moi aussi, Je me déclarerai pour lui devant Mon Père qui est aux cieux. » Bon, cette partie-là, ça va, c’est un appel du Christ. « Confessez Mon nom, et Moi Je confesserai le vôtre. » Par notre vie toute entière, soyons des témoins du Christ. Nous sommes appelés, nous sommes faits, pour être d’autres Christs là où nous sommes. C’est là notre titre de chrétien. Être chrétien, c’est habiter le monde comme si nous avions une bonne nouvelle à annoncer, comme si nous avions une bonne nouvelle à témoigner. Et de fait, vous le savez bien, ce n’est pas seulement comme si : nous l’avons, cette bonne nouvelle. Et cette bonne nouvelle, c’est que nous sommes aimés. Chacun de nous est aimé. Alors proclamons, confessons l’amour de Dieu, manifestons-le par notre vie et par nos paroles. Et oui, le Seigneur qui se présente ici comme un avocat, comme un défenseur, comme un conseiller, Il prendra notre parti.
Mais il y a la deuxième partie qui nous semble peut-être un petit peu plus rude. « Celui qui Me reniera devant les hommes, Moi aussi Je le renierai devant mon Père qui est aux cieux. » Et là, il y a comme une sorte de dissonance. Parce que quand on parle de l’Évangile, on n’entend pas d’abord cela. Jésus nous mettrait à l’écart, nous repousserait si nous ne sommes pas à la hauteur ? Or, vous le savez, quand on lit la Parole de Dieu, quand on lit l’Évangile, il faut le lire en entier. Il faut lire en cohérence, en fait, toute la Bible. De fait, ce n’est pas une parole isolée de Jésus. Il y a différents passages où il semble qu’Il veuille mettre à l’écart ceux qui ne sont pas à la hauteur : « Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits. » C’est encore dans Saint-Mathieu, au chapitre 25. « Je renierai donc celui qui m’aura renié devant les hommes. » Qu’est-ce que cela veut dire ? Parce que dans le même temps, nous croyons, et nous l’avons entendu tous ces derniers dimanches, nous croyons en un Dieu qui est absolument amour, qui ne sait pas faire autre chose que d’aimer, qui nous a créés pour nous aimer, et qui est absolument fidèle. Il ne nous laissera pas tomber.
En réalité, Dieu nous aime tant qu’Il est absolument respectueux de notre liberté. Vous le savez, on ne peut pas contraindre à aimer. Si nous ne voulons pas de l’amour de Dieu, Dieu ne nous imposera pas Son amour. Il continuera à nous aimer. Il continuera à nous aimer, bien évidemment, mais Il ne s’imposera pas à nous. Et c’est là, c’est ça, en fait, qui est dit ici. Si nous mettons Dieu en dehors de notre vie, eh bien Dieu ne nous forcera pas à L’accepter. Or la vie éternelle, c’est ça, c’est vivre en Dieu. Si je refuse de vivre en Dieu, je refuse la vie éternelle, et cette vie éternelle ne passe plus par moi, et je vais en souffrir. En fait, si Jésus nous dit cette parole, ce n’est pas pour nous menacer, mais c’est pour nous montrer à quel point ce que nous faisons dans nos vies, ce que nous vivons, compte. Il ne nous prend pas à la légère. Quand j’étais jeune – mais vous aussi, quand vous étiez jeunes, parce qu’elle date d’avant nous, cette chanson – il y avait cette chanson française, « On ira tous en paradis ». Eh bien, c’est gentil, mais je trouve que ce n’est pas très respectueux de ce que nous sommes. Parce que si je n’en veux pas, du paradis, il faut que j’y aille quand même ? Dieu, Lui, nous prend au sérieux. Alors Il nous appelle, Il sait, Dieu sait encore mieux que nous, que notre bonheur, c’est d’être près de Lui, mais Il nous prend au sérieux. Si nous choisissons de rester loin, eh bien, Il ne nous imposera pas son bonheur.
On s’arrête là. Aujourd’hui, nous célébrons la messe. Quand nous célébrons la messe, c’est l’événement de la Mort et de la Résurrection du Christ qui est rendu présent pour nous, là, ici, sur cet autel. Si nous fermons les yeux tout à l’heure, nous serons au pied de la Croix avec le Christ. Nous serons à la Cène avec le Christ. Nous serons près du tombeau vide, et même à la Résurrection avec le Christ. Jésus nous a fait cadeau de Sa vie pour que nous vivions avec Lui. Il nous prend au sérieux, et Il nous invite, Il nous appelle, à devenir ses amis. Alors, tout à l’heure, en communiant, en unissant nos cœurs au cœur de Jésus, eh bien, répondons-Lui : ‘oui, Seigneur, oui, Seigneur, je veux être Ton ami’.