Par l’Abbé Gaël de Breuvand,
en la solennité de l’Ascension du Seigneur, 14 mai 2026
Ac 1, 1-11 ; ps 46 ; Ep 1, 17-23 ; Mt 28, 16-20
Nous parlons donc aujourd’hui de l’Ascension du Seigneur. Et parfois on oublie à quel point cette fête est importante. Et pourtant : Lors de chaque messe, juste après la consécration, nous disons ceci : « faisant ici mémoire de la mort et de la résurrection de ton Fils, de sa glorieuse ascension dans le ciel, nous t’offrons ce sacrifice… ». Nous oublions que si la messe est le mémorial, autrement dit l’actualisation, le ‘rendu présent’ de la Cène, de la Croix et de la Résurrection, nous oublions souvent que c’est aussi la mise au présent de cette Ascension dans le ciel…
Alors dans l’Ascension, il y a deux dimensions.
I – Jésus disparait
Il y a d’abord le fait que Jésus s’en aille. Il disparaît à nos yeux. On l’a entendu, on connaît par cœur ce texte des actes des apôtres : Tandis que les apôtres le regardent, il disparaît : « il s’éleva et une nuée vient le soustraire à leurs yeux ». Il disparaît à leurs yeux, il n’est plus là. Et pour les disciples, c’est difficile.
On a cette même information dans l’apparition de Jésus à Marie-Madeleine, qui s’approche de Jésus et qui veut le tenir. Et Jésus lui dit : « Ne me retiens pas ». Jésus, il faut apprendre à le laisser partir.
Étonnant, pourquoi ? Parce que quand il est devant nos yeux, nous oublions qu’il venait de nous. Il veut d’abord être dans nos cœurs. C’est aussi ce que nous a été manifesté lors de l’apparition aux disciples d’Emmaüs : « Alors leurs yeux s’ouvrirent, et ils le reconnurent, mais il disparut à leurs regards ». D’une certaine manière, si Jésus est devant nous, nous avons du mal à l’accueillir dans nos cœurs. Pour pouvoir l’accueillir pleinement dans nos cœurs, il faut que Jésus disparaisse à nos yeux.
A chaque messe, nous sommes invités à accueillir ce mystère de l’Ascension, ce lâcher-prise. Oui, Jésus est
vraiment présent, mais il n’est présent que sous une apparence très, très humble, très petite. Un petit morceau de pain, et c’est le corps du Christ. Un petit peu de vin, et c’est le sang du Christ.
Dans l’Ascension, il y a donc cette disparition.
II – Jésus, à la droite du Père
Il y a aussi une deuxième réalité : Jésus est assis à la droite du Père. Jésus est assis à la droite de Dieu. Alors évidemment, l’expression à la droite de Dieu, c’est une expression, parce que le Père n’est pas à gauche de Jésus.
Non, on parle de la place d’honneur. On parle de la place de puissance. Celui qui est à la droite, c’est le plénipotentiaire, celui qui accomplit toutes les œuvres du maître, du chef, du roi. Donc Jésus est celui par qui toute la puissance de Dieu nous est donnée, nous est transmise. Et cette puissance, vous le savez, elle a un autre nom. On l’appelle aussi Esprit-Saint.
Jésus est établi dans la puissance de Dieu pour pouvoir nous donner son Esprit-Saint, cet Esprit qui vient de Dieu. Et que nous attendons ? Nous entrons maintenant dans ce temps, ces dix jours qui nous séparent de Pentecôte pour accueillir cet Esprit-Saint.
III – L’Ascension, un mystère qui nous dépasse, et nous projette dans notre avenir
L’événement de l’ascension est un peu mystérieux : parce qu’on a quatre évangélistes et il n’y en a que deux qui le rapportent. Et même plus encore, saint Luc, qui le rapporte deux fois, une fois dans les actes, ce qu’on a entendu, et une fois dans son évangile, le raconte de deux manières différentes. Ce qui montre bien que ça nous dépasse. C’est au-delà de notre compréhension.
Mais cela signifie, et c’est là la parole peut-être la plus essentielle, celle qu’on a entendue à la toute fin de l’évangile : « Moi, je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la fin du monde ».
Si Jésus disparaît à nos yeux, il ne veut pas nous quitter. Bien au contraire. Il veut vivre en nous. Il veut vivre avec nous. Il vit pour nous. Pour que nous puissions être ce pour quoi nous sommes faits. Pour que nous puissions atteindre notre objectif.
Pourquoi cette disparition ? Pourquoi cette montée au ciel ? Pourquoi ce siège à la droite du Père ? Pour signifier notre avenir. Nous sommes appelés à entrer dans la plénitude de la gloire de Dieu. Et Jésus est le premier-né : Il nous ouvre le chemin. C’était l’oraison d’ouverture. Lui, Jésus, il est monté au ciel, Il est assis à la droite du Père. Et nous qui sommes les membres de son corps, nous sommes déjà avec lui à la droite du Père. Et nous le serons en plénitude au jour de la résurrection finale.
Nous attendons ce moment. Et nous le demandons. Nous l’appelons. Oui, on a le droit de demander la fin du monde. Parce que la fin du monde, c’est une bonne nouvelle. On a du mal à y croire. On pense d’abord catastrophe. Mais en réalité, le jour de la fin du monde, c’est lorsque nous serons tous à notre place, aimés du Père et capables d’aimer Dieu. Nous serons accomplis.
IV – En ce temps de Pentecôte, accueillir l’Esprit-Saint
Demain, dans 10 jours, fête de la Pentecôte. Pour cette Pentecôte, c’est l’Esprit-Saint qui nous est donné. L’Esprit Saint que nous pouvons accueillir à nouveau frais. Nous l’avons déjà reçu au jour de notre baptême. Nous l’avons déjà reçu au jour de notre confirmation. Chaque jour, chaque fois que nous prions, nous pouvons demander, ‘Seigneur, viens’. Et soyons sûrs que le Dieu, au moment de la Pentecôte, nous fait un don spécifique et particulier pour que nous puissions accueillir à nouveau ce don-là : Dieu lui-même, qui vient habiter nos cœurs.
C’est demain que le Christ lui-même, viendra dans la gloire. Il reviendra. « De la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel, il viendra ». Et ce sera dans la gloire, pour nous faire entrer dans la plénitude de cette gloire. Alors aujourd’hui, il s’agit que nous entrions dans une conversion, que nous nous laissions toucher, que nous décidions de vivre en cohérence avec cet appel, avec cette victoire. Le Seigneur ne nous abandonne pas.
Il est avec nous tous les jours, jusqu’à la fin du monde.