30e dimanche de TO – « Fais grandir en nous… »

Le « lapin bleu » de Coolus. on trouvera quelques explications utiles sur ce dessin en cliquant dessus.

Homélie du 25 octobre 2026, 30e dimanche de To A,
par l’abbé Gaël de Breuvand
Ex 22, 20-26 ; ps 17 ; 1 Th 1, 5c-10 ; Mt 22, 34-40

Nous avons commencé la messe par une prière qu’on appelle la prière d’ouverture, qu’on appelle aussi l’oraison, on peut l’appeler aussi la collecte. La « collecte » dans le sens où elle collecte l’ensemble de nos intentions pour les présenter à Dieu. Et donc, lors de cette oraison d’ouverture, nous avons prié : « Seigneur, augmente en nous la foi, l’espérance et la charité ». Alors, qu’est-ce que l’on demande au Seigneur ? On lui demande de faire grandir en nous ce qu’on appelle les vertus théologales. Vous les connaissez, c’est du caté… [il y a longtemps].

I – les vertus théologales, don de Dieu pour nous relier à Dieu

Il y en a trois : Foi, qui s’inscrit dans notre intelligence, Espérance, qui s’appuie sur notre mémoire, et Charité, amour, qui s’inscrit dans notre volonté.
Qu’est-ce que c’est qu’une vertu théologale ? C’est d’abord une vertu, donc c’est un pli de l’âme, une bonne disposition du cœur, une bonne habitude, qui est, parce qu’elle est théologale, elle est donnée par Dieu. On ne peut pas avoir la Foi si elle n’est pas un cadeau de Dieu. On ne peut pas avoir la Charité si ce n’est pas un cadeau de Dieu. On ne peut pas avoir l’Espérance si ce n’est pas un cadeau de Dieu. Et puis, c’est aussi théologale parce que c’est tourné vers Dieu. Quel est l’objet de ma Foi ? Dieu. Quel est l’objet de mon Espérance ? Dieu. Quel est l’objet de mon Amour ? Dieu.

Ces vertus sont inscrites dans nos cœurs, et elles le sont depuis le jour de notre baptême. En tout cas, depuis ce jour-là, elles ont été installées définitivement par Dieu dans notre cœur, au point qu’on ne peut plus perdre la Foi quand on l’a reçue par le baptême.

Alors, je ne dis pas qu’on ne peut pas perdre le mode d’emploi… On peut perdre le mode d’emploi, on peut nous tout à fait laisser moisir notre espérance et notre charité, mais c’est là. Et nous pouvons nous tourner vers le Seigneur pour lui demander, « Seigneur, fais grandir en nous la foi, l’espérance et la charité ». ‘Augmente en nous ces dons que tu as déposés en nous. Fais-les croître et grandir’. Et on demande de les faire grandir. Pourquoi ? Parce qu’elles sont le chemin du bonheur pour nous.

Elles sont le chemin du bonheur.

II – Le plus grand commandement

Alors, Jésus, on vient l’interroger. « Quel est le plus grand commandement ? » Vous le savez peut-être, dans la Bible, on distingue 613 commandements. Alors, nous, souvent, on s’arrête à 10, mais non. 613. Il y en a 400 qui disent, « Il ne faut pas faire cela. » Et il y en a 200 qui nous disent, au contraire, en positif, « Il faut faire cela. » Mais des commandements, il y en a de toutes sortes. Et les pharisiens, qui connaissent la Bible par cœur, sont conscients que tous les commandements ne se valent pas.

Et puis, parfois, il y a des commandements qui rentrent en concurrence. Et donc, on vient poser la question à Jésus, « Quel est le plus grand commandement ? » Et c’est là que… C’est un piège, d’abord, parce que c’est extrêmement compliqué de répondre à la question. Je vous donne un exemple que Jésus utilise lui-même dans l’Évangile : Si vous trouvez quelqu’un qui est blessé, quel est le plus important ? Est-ce qu’il faut respecter le fait que vous soyez en route vers le temple de Jérusalem pour pouvoir offrir un sacrifice, et il faut le faire sans avoir touché un blessé ? Ou bien, est-ce qu’il faut prendre soin de cette personne qui est là ? C’est un cas de casuistique. Les Jésuites seraient très contents de ce cas-là. Et Jésus nous dit, en fait, ‘Les deux sont nécessaires’.
« Quel est le plus grand commandement ? » « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ta force, de tout ton esprit, de toute ton âme. Et le second qui lui est semblable, tu aimeras ton prochain comme toi-même. »

Aimer Dieu, c’est aimer son prochain.

Aimer son prochain, on ne peut pas le faire si on ne se tourne pas vers Dieu. Oui, c’est bien le cœur, le cœur battant de la loi juive. Aucun des 611 autres commandements n’ont de sens si ces deux premiers-là ne sont pas respectés, honorés, suivis.
Parce que les 611 autres ne risqueraient de n’être qu’une pratique formelle et extérieure. Or il s’agit que nous vivions les commandements, que nous vivions la parole de Dieu. Parce que nous, on emploie le mot commandement. Mais les Juifs, eux, ils utilisent le mot ‘parole’. Parole de vie. Parce que les commandements nous sont donnés comme un chemin, des balises qui nous délimitent, qui nous guident sur un chemin qui est celui du bonheur et de la joie.

III – Prenons-nous au sérieux ces paroles de Jésus ?

Alors nous pouvons nous poser la question, est-ce que nous prenons au sérieux ce que dit Jésus ? Quel est le plus grand commandement ? Autrement dit, quel est le chemin du bonheur et de la joie ? Quelle est la balise la plus nécessaire ? Quel est le phare le plus important que je dois suivre pour arriver au port ? « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit ». C’est une question que je vous pose et que je me pose. Est-ce que, véritablement, je mets tout mon cœur, toute mon âme et tout mon esprit dans l’amour de Dieu ?…

Si je suis vraiment honnête avec vous, en tout cas en ce qui me concerne, pas tout le temps.
Pas tout le temps. Il y a bien souvent où j’en garde un peu pour moi. Et c’est bien pour cela que nous pouvons demander au Seigneur : ‘Seigneur, fais grandir en nous la charité, Fais grandir en nous cet amour. Tu l’as déposé dans notre cœur, fais qu’il grandisse. Il faut que j’en sois partie prenante, mais c’est ton cadeau, Seigneur’.

Et puis, de même, « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Est-ce que je prends au sérieux cette parole-là ? Là encore, des fois, oui. Et souvent, non.

Alors, comment faire ? D’abord, peut-être qu’il faut se poser devant le Seigneur et lui demander instamment : ‘Seigneur, fais grandir en nous la foi, l’espérance et la charité. Cet amour-là, cet amour de Dieu, cet amour des frères, Seigneur, fais grandir cela en nous’. C’est lui qui change notre cœur. C’est lui qui polit notre cœur, qui ajuste notre cœur à ce qui est sa volonté ; C’est lui qui fait grandir en moi son amour.

IV – Un temps pour aimer

Pour que le Seigneur puisse faire grandir en moi son amour, il faut que je lui donne un peu de temps. C’est pour cela que nous venons à la messe le dimanche. C’est pour cela que chaque jour, nous prenons un peu de temps pour prier, un peu de silence, un peu de temps pour l’écoute de la parole de Dieu. Le chrétien qui dirait ‘Oui, moi, je crois en Dieu, mais je ne prie pas’. C’est un petit peu comme le gars qui dirait ‘Oui, moi, je fais de la plongée sous-marine, très profond, sans bouteille. » Et quand est-ce qu’on respire ? « La prière, respiration de l’âme », disent des grands saints.

Et puis, de la même manière, pour aimer son prochain, il faut prendre un peu de temps, un peu de temps pour son frère, pour celui qu’on aime, et puis celui qu’on aime moins, qu’on apprécie moins. Parce que, comme le dit Jésus, aimer son frère ou son ami, tout le monde sait faire, rien d’extraordinaire. Il est bien plus compliqué d’aimer son ennemi.
Et pourtant, c’est un commandement de Jésus. « Aime ton ennemi ». On a envie de lui dire ‘Seigneur, Seigneur, je veux bien aimer tout le monde, mais pas lui’. « Aime ton ennemi, parce que Moi, Je l’aime ». Il s’agit, pour aimer son frère, pour aimer son prochain, il s’agit aussi d’accepter de se laisser déranger, se laisser bousculer, se laisser arrêter. Nous avons… C’est tellement facile de se dire ‘Non, mais ce n’est pas le moment, qu’il revienne plus tard.’ Mais en fait, c’est maintenant qu’il a besoin de nous. C’est maintenant qu’il a besoin d’être aimé et de se sentir aimé.

Enfin, il s’agit aussi de préméditer le bien qu’on veut faire. Ça, c’est un grand conseil. C’est un principe scout, en fait. On appelle ça – chez les Scouts – la Bonne Action quotidienne. La bonne action quotidienne, c’est se dire ‘Tous les jours, je vais faire quelque chose de bien pour la joie et le bonheur de mon frère.’ Et je le fais parce que je l’ai décidé.
En fait, le matin, quand je me réveille, je peux me dire « Tiens, aujourd’hui, je vais poser tel acte de bonté envers telle personne. » Décision du matin : Je vais appeler cette personne que je n’ai pas appelée depuis si longtemps. Je vais offrir un cadeau ou dire une parole sympa à mon mari à qui je n’ai pas dit de paroles gentilles depuis longtemps. Je vais remercier ma femme que j’oublie de bénir… Voilà.

V – Fais au prochain le bien que tu veux qu’on te fasse

En fait, et c’est ce que nous disait la première lecture. C’est intéressant cette première lecture. Vous avez entendu, elle peut être entendue comme un peu moralisatrice. « Tu n’exploiteras pas l’immigré et tu ne l’opprimeras pas. » On est tous d’accord. « Vous n’accablerez pas la veuve et l’orphelin. Si tu les accables et qu’ils crient vers moi, j’écouterai leur cri. » Bon. Tout ce que nous dit le Seigneur dans cette parole du livre de l’Exode, on est d’accord avec. Après, le mettre en œuvre, c’est une autre paire de manches. Mais ce qui est très intéressant, c’est la raison que nous donne le Seigneur pour faire le bien. « Tu n’exploiteras pas l’immigré car vous étiez vous-même des immigrés au pays d’Egypte ».

En fait, en élargissant un peu, ce que nous dit le Seigneur là, c’est ‘Ce que tu voudrais qu’on te fasse à toi, fais-le aux autres.’ Et donc, quand on voit quelqu’un qui est dans la peine, quelqu’un qui est dans la tristesse, quelqu’un qui est dans la souffrance, quelqu’un qui est dans la maladie, quelqu’un qui est dans la pauvreté, quelqu’un qui est dans la misère, on peut essayer de se poser à sa place et de se dire « Qu’est-ce que j’aimerais qu’on fasse pour moi dans cette circonstance ? » Et alors, peut-être, avec la grâce de Dieu, je pourrais poser le bon acte, le bon geste, un acte d’amour.

Le Seigneur nous appelle. Il nous appelle à changer le monde. Pas en faisant de grandes choses, mais en faisant beaucoup, beaucoup de petites choses. C’est sainte Thérèse de l’Enfant-Jésus qui nous disait « Moi, je ne fais pas des choses extraordinaires, mais je demande au Seigneur de faire extraordinairement les petites choses. » Eh bien, faisons de même. Faisons les petites choses de manière extraordinaire en les remplissant de l’amour du Seigneur.