15e dimanche de TO A, 12 juillet 2026
Is 55, 10-11 ; ps 64 ; Rm 8, 18-23 ; Mt 13, 1-23
par l’abbé Gaël de Breuvand
Chers amis, frères et sœurs,
I – Une Parole d’amour, une Parole efficace
Je crois que le Semeur est vraiment sorti pour semer sa semence. Je crois que Dieu a déposé dans le cœur de l’homme la semence de sa Parole éternelle.
Je crois que la Parole de Dieu est un acte de Dieu, dans lequel Il s’engage tout entier pour se faire connaître tout entier à tous les hommes de toute la terre et de tous les temps.
Je crois que Dieu a manifesté le plus profond de son cœur en s’adressant aux hommes.
Je crois que le Père est ce semeur qui fait sortir sa semence de son sein, que cette semence est sa Parole éternelle.
Je crois que Jésus est cette Parole unique, au commencement de toute chose, à la fin de toute chose.
Je crois que cette Parole de Dieu est un acte d’amour pour nous.
Je crois que par sa Parole, cet acte d’amour, Dieu veut établir, entre son cœur et notre cœur, un dialogue incessant dont sa Parole est le tissu profond.
Je crois que Dieu a parlé, que Dieu a créé, car sa Parole est efficace et elle ne remonte pas au ciel sans avoir accompli son désir et de volonté.
Je crois que sa Parole, qui a créé le monde, s’est adressée, depuis le début des temps, au cœur de l’homme, qu’Il a parlé au cœur d’Adam, qu’Il a appelé le cœur d’Abraham, qu’Il a dit son Nom à celui de Moïse à qui Il a révélé sa gloire, qu’Il a versé sur la tête du roi David l’onction de l’Esprit-Saint.
Je crois que la Parole de Dieu s’est adressée au cœur des Sages pour leur faire connaître la droiture de sa volonté, et au cœur des prophètes pour appeler son peuple à l’incessante conversion.
Et je crois aussi que la Parole de Dieu, Parole éternelle, Parole créatrice, Parole personnelle, Parole amoureuse, cette parole s’est faite chair, je crois que, dans la chair de Jésus-Christ, elle a demeuré et demeure toujours parmi nous.
II – La parabole de l’échec
Alors étonnamment, quand on entend cette parabole, notre premier réflexe, c’est de l’entendre comme une parole morale. On veut nous enseigner un art de vivre. Pour être bon chrétien, pour accueillir le salut de Dieu, il s’agit d’être une bonne terre !
Alors, c’est effectivement dans la parabole. Mais peut-être que d’abord, il faut se placer de l’autre côté, se placer du côté du semeur. Et le semeur, lui, ne se pose pas la question de la rentabilité.
Visiblement, il sème. Et il sème à tout vent. Il ne se pose pas la question de savoir où il sème. Cette Parole de Dieu, ce Christ, est donnée à tout homme, quel qu’il soit, qui il soit, quoi qu’il fasse. D’ailleurs, dans le texte, on l’entend bien. On a droit à trois lignes sur ce qui se passe dans la bonne terre. Et tout le reste du texte est donné pour nous expliquer comment ça ne marche pas. Finalement, c’est une parabole du gaspillage. Comment Dieu ‘gaspille’ sa parole.
Une parole de l’échec. Comment bien trop souvent, ça ne marche pas. Alors, nous, naturellement, nous nous voyons d’abord comme la bonne terre, évidemment. ‘Non, c’est bon, moi, je ne suis pas envahi par les soucis du monde. Non, je ne suis pas l’homme d’un moment. Non, je suis une bonne terre. Je connais les codes. Je vais à la messe le dimanche…’
Évidemment, dans notre examen de conscience, il faudrait peut-être être un petit peu plus précis.
Nous avons d’abord à regarder le Christ, qui sème. Et qui sème à tout vent. Il n’y a pas d’exception du côté de Dieu.
Chaque créature est aimée. D’ailleurs, si nous sommes ses créatures, c’est parce qu’il nous a voulues, qu’il nous a créées. Et il nous a voulues, il nous a créées par amour, pour nous aimer.
Et donc, si nous sommes toujours dans l’existence, c’est que nous sommes aimés. Dieu répand sa parole. Il la donne. Une parole qui prend des risques. Une parole qui est prête à se laisser gaspiller. C’est bien ce qui est arrivé à Jésus. Jésus se donne. Et voilà qu’on l’envoie sur la croix. Quel gaspillage !
Tant d’énergie, dépensée pour rien.
III – Quand la fécondité n’est pas la rentabilité
Ainsi, cette parabole est une bonne parabole pour notre temps. Parce que notre temps est nourri par la culture de l’efficacité. Il faut que ce soit rentable. Il ne faudrait pas perdre trop de temps, trop d’énergie, à des choses qui ne servent à rien. Et Jésus fait exactement le contraire.
Le semeur fait exactement le contraire. Il sème à tout vent. De nos jours, où l’intelligence artificielle nous aide à améliorer nos process, à être plus efficaces, peut-être qu’on pourrait avoir la tentation de dire, « Tiens, chère intelligence artificielle, est-ce que tu pourrais prendre la parole de Dieu, la Bible, et nous en faire un petit compendium, un petit résumé efficace ? » De telle sorte que, quand on l’expose, ça marche. Alors, l’IA sera tout à fait capable de faire ça. Elle le fera même très bien. Et ça marchera très bien.
Le problème, c’est qu’on aura trahi la parole de Dieu. Parce que la parole de Dieu ne nous dérangera plus. Elle sera tellement bien adaptée à ce que nous sommes. Et nous aurons érigé en Dieu, eh bien, notre perception, notre sentiment. On vendra l’Évangile comme on vend des plats cuisinés. Ça sera pas mauvais. Tout le monde appréciera. Mais en réalité, ça ne sera pas bon.
Non, le Seigneur sème. Qui que nous soyons, nous sommes faits pour entendre cette parole. Et après, eh bien, il y a notre réponse. Oui, et c’est là que l’art de vivre chrétien commence. Nous pouvons choisir de décider comment nous allons accueillir cette parole. Pour cela, il faut se poser. Se poser devant le Seigneur et s’interroger en vérité.
Qui suis-je, moi ? Suis-je l’homme d’un moment ? Est-ce que je me laisse étouffer par les activités du monde ? Est-ce que je garde mon cœur dur comme pierre ? Ou est-ce que je veux bien me laisser bousculer et déranger par cette parole qui m’est donnée ? Cette parole qui m’est donnée pour ma joie et pour mon bonheur. Parce que je crois que le semeur est sorti pour semer. Et que cette semence, c’est la parole de Dieu.