Père et Fils, Dieu Un

Homélie 3 mai 2026, 5e dimanche de Pâques
par l’abbé Gaël de Breuvand
Ac 6, 1-7 ; ps 32 ; 1 P 2, 4-9 ; Jn 14, 1-12

Nous sommes au chapitre 14 de l’évangile selon saint Jean, c’est le grand discours – l’ensemble des grands discours après la Cène, après le lavement des pieds, et voilà que Jésus donne un enseignement. Un enseignement, c’est une sorte de conversation dans laquelle les disciples n’hésitent pas à interrompre pour poser des questions. « Seigneur, nous ne savons même pas où Tu vas, comment saurions-nous le chemin ? » « Montre-nous le Père, cela nous suffit. » Et on entend les réponses de Jésus, là aussi, très simples. « Philippe, depuis le temps que Je suis avec vous, et tu ne Me connais pas. » On sent une petite pointe de lassitude peut-être chez Jésus (!)

I – Le Père est dans le Fils, le Fils est dans le Père

Il se trouve que hier, le 2 mai, c’était la fête de saint Athanase. Athanase est évêque d’Alexandrie en Égypte, et, à une période, il était quasiment le seul à défendre la vraie foi, parce que la majorité de l’Église, à l’époque, était tenante d’une hérésie qu’on appelle l’hérésie arienne. Arius, qui était un prêtre d’Alexandrie, pensait que Jésus était d’abord un sauveur, un envoyé de Dieu ; ça, il le croyait. Mais il pensait que Jésus était fils de Dieu « par adoption ». Pour lui, le Verbe, la Parole de Dieu, le Fils de Dieu, a été créé par Dieu en tout premier lieu, et il y a donc le Père, qui est Dieu, et il y a le Fils qui n’est pas Dieu. Voilà la position d’Arius. Alors, évidemment, cela ne correspond pas tout à fait à la foi de l’Église. En fait, en 325, le concile de Nicée a déclaré que le Père et le Fils étaient consubstantiels. Donc, si le Fils est engendré du Père, eh bien, Ils existent : Ils SONT. Il n’y a pas un moment où il y aurait eu le Père tout seul, et puis, ensuite, le Fils. Non, Ils sont. Dieu est Père et Fils et Saint-Esprit.

La défense d’Arius, c’était de dire que dans l’évangile on ne trouve pas cela. La réponse d’Athanase était de dire qu’ils n’avaient pas lu le même évangile ! Car, entre autres, l’un des passages forts était celui-ci : « Tu ne crois donc pas que Je suis dans le Père et que le Père est en moi ? » Jésus nous donne un premier pas, mais il y en aura d’autres : « Le Père et moi, nous sommes un. » « J’ai tout reçu du Père, et ce que j’ai reçu du Père, je vous le transmets. » Il y aura d’autres paroles. Mais Jésus nous affirme que Dieu unique est en même temps Père et Fils et Saint-Esprit. Et savez-vous ce que cela veut dire ? Fondamentalement, si Dieu est Père et Fils et Saint-Esprit, alors oui, nous pouvons dire qu’Il est amour. Si Dieu avait été seul, isolé, il y aurait eu un moment où il n’aurait pas pu aimer, parce que, pour aimer, il faut être au moins deux. Donc comme Il est Trinité, depuis toute éternité, en Dieu, il y a toujours eu de l’amour. Et il y en a toujours, et il y en a encore ! Et Dieu qui se donne : c’est Dieu Amour. Le Père se donne au Fils dans un acte d’amour parfait ; le Fils reçoit tout du Père dans un amour parfait. « Je suis dans le Père et le Père est en moi. » Jésus nous donne ce cadeau, ce dévoilement, cette révélation : Dieu est amour.

C’est tellement important, que c’est au cœur de notre foi. C’est un des deux piliers, un des deux dogmes fondamentaux sans lesquels on ne peut pas être chrétien. Pour être chrétien, il faut croire que Dieu est amour, que Dieu est Trinité. C’est ce que l’on dit : « Au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Et il faut aussi croire que Dieu s’est donné en Jésus, dans notre monde, sur la Croix, dans un acte d’amour parfait pour nous. C’est ce que l’on fait en faisant le signe de la Croix. Et en faisant ce signe de la Croix, nous affirmons ces deux piliers, ces deux fondamentaux de la foi chrétienne.

II – Nous, fils dans le Fils, offrandes au Père

Cela, c’est Dieu. Mais, nous avons été baptisés, et puisque nous sommes baptisés, nous sommes connectés, nous sommes un avec le Christ. Or le Christ fait un avec le Père. Donc, nous faisons un avec Dieu. Et cela change tout pour notre vie ! Parce que cela veut dire que, oui, nous sommes, tous et chacun, des Christ dans notre monde. Et si nous sommes Christ dans notre monde, il s’agit d’accomplir la mission dont nous parlait saint Pierre. « Vous aussi, comme pierres vivantes, entrez dans la construction de la demeure spirituelle pour devenir le sacerdoce saint et présenter des sacrifices spirituels agréables à Dieu par Jésus-Christ. » « Vous êtes une descendance choisie, un sacerdoce royal, une nation sainte, un peuple destiné au Salut. » Voilà. Sur la terre, il s’agit que nous accomplissions l’Œuvre de Dieu, l’« Opus Dei », c’est l’expression des moines, le culte parfait. Seul Jésus est capable de l’accomplir, ce culte parfait, puisqu’Il est le seul à être pleinement les pieds sur terre et la tête dans le ciel. Mais nous sommes connectés à Lui ; et par Lui, avec Lui, et en Lui, nous pouvons, nous aussi, proclamer les merveilles de Dieu de manière ajustée. Ce n’est pas grâce à nous, c’est grâce à Lui… Et cela ne s’arrête pas là ; on voit bien que la mission de l’Église ne se limite pas à se tourner vers le Père. C’est important, il faut le faire, mais cela ne se limite pas à cela.

III – Le culte de Dieu, le service des frères, c’est tout un

Il y a aussi le débat de la Première Lecture. En effet, on se rend compte que même au tout début de l’Église – nous sommes au chapitre 6 des Actes – c’était déjà un peu compliqué. Certains récriminent : « Oui, ceux qui parlent grec, ils sont à l’écart, il n’y a que ceux qui parlent hébreu qui ont de la chance… » Et du coup, la réaction des apôtres est de dire : « Oui, vous avez raison. Ce n’est pas normal qu’il y ait des exceptions de personnes dans notre communauté. Nous sommes tous frères et nous devons prendre soin les uns des autres. Ça, c’est la mission de l’Église. Et donc, on va en appeler certains « diacres ». Ils sont connus par leur nom. Étienne, celui-là, on le connaît tous ; après, les autres, un peu moins : Philippe, Procore, Nicanor, Timon, Parmenas et Nicolas. Des diacres, des serviteurs : ils veulent, eux aussi, accomplir l’Œuvre de Dieu, en se mettant au service des frères. Du coup, l’ensemble des lectures aujourd’hui nous rappelle ce qui fait que nous sommes chrétiens. Nous sommes chrétiens parce que nous sommes connectés à Jésus. Et par Lui, nous accueillons le Père, le Fils et l’Esprit Saint en nous. Nous pouvons dire, de temps en temps, je suis un avec le Père, comme Jésus… pas grâce à nous. Nous sommes chargés et missionnés pour accomplir le culte divin, rendre gloire à Dieu. La terre est chargée de rendre gloire à Dieu, et nous, qui en avons conscience, qui sommes connectés à Jésus pour cela, nous pouvons la réaliser, cette action de rendre gloire à Dieu. Rendre gloire à Dieu dans le culte, oui, mais aussi, aussi, dans la charité concrète, dans l’amour vrai, dans l’amour des frères, un amour qui ne vient pas de nous, qui nous dépasse, un amour qui ne s’épuise jamais.

 

Et c’est le tout dernier mot. Face à cette réalité, voilà ce que nous a dévoilé le Seigneur aujourd’hui : nous sommes faits pour aimer Dieu et aimer nos frères. Et nos « frères » – vous savez, la fraternité dans l’Église – ce terme s’étend à toute l’humanité. Nous sommes faits pour ça. Et du coup, la question qui se pose aujourd’hui, c’est comment vais-je faire, moi, aujourd’hui ? Je vous pose cette question d’autant plus que nous sommes au mois de mai : on le sait bien, on arrive doucement à la fin de l’année et il faut commencer à se projeter sur la prochaine année pastorale en septembre prochain. Et donc, en septembre prochain, que ferez-vous pour la gloire de Dieu et le service des frères ? C’est ce que nous sommes invités à réfléchir, à penser, à prier. « On les présenta aux apôtres et après avoir prié, ils leur imposèrent les mains. » Voilà, laissons-nous remplir de l’amour de Dieu, pour que cet amour déborde de nous.