Invités à la noce, revêtons le vêtement !

le 11 octobre 2026,
homélie du 28e dimanche de To A
Is 25, 6-10a ; ps 22 ; Ph4, 12-14.19-20 ; Mt 22, 1-14
par l’abbé Gaël de Breuvand
C’est la transcription d’une prédication, qui garde un style ‘oral’.

 I – le Salut pour tous les peuples

Nous sommes dans les années 700 et quelques avant Jésus-Christ, et Isaïe prend la parole pour rassurer le peuple de Dieu, pour rassurer le peuple hébreu. Il leur annonce – c’est quasiment une des premières fois que c’est explicite dans la Bible – Il leur annonce que le salut de Dieu est destiné à toutes les nations, et pas seulement au peuple hébreu, pas seulement au peuple d’Israël.
Tous les peuples sont invités à gravir la montagne du Seigneur, tous les peuples sont invités à entrer dans une joie parfaite, à participer au banquet. Cette parole du prophète Isaïe, elle est d’abord adressée au peuple hébreu, au peuple d’Israël. Pourquoi ? Parce que le peuple hébreu reçoit ici une mission, celle d’être le premier en chemin, d’être celui qui va éclairer la route des autres.
‘Le salut vous est donné et vous savez d’où il vient. Vous allez entrer sur ce chemin de salut, et à votre suite, tous les peuples vous viendront’. Donc, tous les peuples sont invités à gravir la montagne, et le peuple d’Israël reçoit cette mission d’être le grand frère de tous les peuples du monde.

Quand Jésus, 700 ans plus tard, nous donne cette parabole, « l’invitation au banquet », il y a évidemment une première lecture. Les chefs des juifs, les pharisiens et les grands prêtres, ceux à qui s’adresse cette parabole en premier, ont laissé tomber. Ils ne veulent pas assumer cette mission de grand frère. Ils veulent garder pour eux cette bonne nouvelle de Dieu. Et en faisant cela, ils passent eux-mêmes à côté. Ils sont des invités qui ne veulent pas accéder au banquet des noces.
Alors, évidemment, on va dire, ‘heureusement, je ne suis pas comme ce pharisien’… Mais peut-être qu’il faut se remettre en question. Et nous ? Allons-nous effectivement essayer de garder pour nous cette bonne nouvelle de Dieu, où allons-nous être des indicateurs du chemin du vrai bonheur et de la vraie joie ? Dans le monde, il y a deux milliards de chrétiens, il y a toujours cinq milliards de personnes qui ne connaissent pas Dieu, qui ne connaissent pas le Christ. Et qui leur dira ? Qui leur dira qu’ils sont aimés ? Qui leur dira qu’ils sont invités ?

II – Invités et envoyés

Dans cette parabole, nous avons des serviteurs qui sont au service du roi, et le roi les envoie. Il les envoie auprès des invités depuis longtemps, et vous avez vu, ces invités ne viennent pas, et même ils font du mal aux serviteurs. C’est pourtant cela le projet du Seigneur. Et puis les serviteurs sont envoyés après plus largement. « Allez à la croisée des chemins. Tous ceux que vous trouverez, invitez-les aux noces »
C’est notre appel. Nous sommes ici parce que nous savons que le Seigneur est notre sauveur. Nous sommes ici parce que nous savons que le Christ nous annonce le chemin du bonheur et de la joie.
Nous sommes ici parce que nous savons que Dieu est d’abord et essentiellement Père, et qu’il nous aime sans condition. Et nous sommes appelés à être des serviteurs et à annoncer au monde qu’ils sont invités. Et on entend bien cette dimension universelle du salut de Dieu. C’est le sens même du mot catholique. L’Église est catholique, pourquoi ? Parce qu’elle s’adresse à tous, sans exception aucune. Elle apporte le salut de Dieu pour tous. Et nous, nous sommes l’Église. Nous avons à annoncer, à répéter, à temps et à contre-temps, à annoncer cette victoire du Seigneur dans nos cœurs, dans nos vies, dans notre monde. Le Seigneur veut lever, « faire disparaître le voile de deuil, le linceul qui couvre toutes les nations ». Il veut nous inviter à entrer dans la vraie joie.

III – Le vêtement des noces

Et puis cette parabole des invités au festin des noces, elle se conclut pour nous d’une manière un peu surprenante. Le roi entre pour rencontrer ses convives. Il voit un homme qui ne porte pas le vêtement de noce. Et il lui reproche, « mon ami ». – Alors ‘mon ami’, c’est une parole vraie : C’est le roi qui parle. Et ce roi, nous le voyons bien, c’est une image de Dieu. « Mon ami » – oui, Dieu aime chaque homme -. « Mon ami, comment es-tu entré ici sans avoir le vêtement de noce ? » Alors nous, avec notre mentalité contemporaine, on aura tendance à se dire, ‘mais le pauvre, il est pauvre, donc il n’a pas de vêtement de noce. Ce n’est pas sa faute’. De fait, Jésus connaissait cette objection. Et en fait, il se trouve que dans les réceptions de gens riches, les mariages royaux, le vêtement de noce est fourni par l’hôte, par celui qui invite. Donc s’il n’a pas le vêtement de noce, cet homme-là, c’est parce qu’il ne l’a pas voulu, il ne l’a pas accepté. Il a refusé ce vêtement de noce.
Mais là encore, ce n’était pas perdu pour autant. Dieu s’adresse à lui, le maître s’adresse à lui, le roi s’adresse à lui, et lui dit, pourquoi ? « Comment es-tu entré sans avoir revêtu le vêtement de noce ? » Et ce qui est frappant, c’est qu’il n’y a pas de réponse. Cet homme-là, qui a été invité, qui a refusé le vêtement de noce, il se refuse à la relation.
Il aurait pu admettre : ‘oui, en fait, quand je suis entré, j’ai refusé ce vêtement de noce’, mais là, il se refuse à la relation, il se tait.

Et finalement, la sanction qui est prononcée par le roi, [on est toujours dans une logique de parabole, ça nous dit quelque chose de Dieu, ça ne nous dit pas tout de Dieu], mais cette sanction qui est prononcée par le roi n’est que la mise en lumière de ce qui est déjà. Cet homme est déjà seul, est déjà isolé, est déjà dans les ténèbres, parce qu’il se refuse à accueillir la lumière.
En fait, ce dont je vous parle aujourd’hui, ce dont le Christ nous parle aujourd’hui, c’est du « jugement dernier », ce jour où nous nous retrouverons face à lui. Nous nous retrouvons face à lui, et lui, il est Dieu, et il nous invite, il nous ouvre les bras, et il nous dit : ‘viens, viens mon enfant, viens te jeter contre mon cœur, car je t’aime’. Et c’est là que la liberté de l’homme se déploie, pour la dernière fois, pour la première fois, en fait, pour la fois essentielle.
C’est là où la liberté de l’homme va répondre : ‘oui Seigneur, je viens vers toi, même si je ne suis pas à la hauteur, parce que j’ai revêtu le vêtement de noce, ce vêtement qui m’est donné par le Christ, c’est le Christ mon vêtement de noce’. On se souvient du jour de notre baptême, alors peut-être pas de notre baptême, mais de celui des petits-enfants ou des adultes qu’on a vus, ce jour-là, ils ont été revêtus d’un habit blanc, c’était ça, c’était le vêtement de noce, ce vêtement qui permet d’entrer paisiblement dans la salle du banquet, qui permet de couvrir notre petitesse, en fait, qui permet de nous élever à la hauteur du Christ. C’est étonnant, Dieu est venu jusqu’à nous en Jésus, et Jésus nous emmène jusqu’au Père, par le vêtement de noce, par le baptême.
Évidemment, il y aura un deuxième choix possible pour nous, ce sera le moment où Dieu nous dit : ‘viens, viens te jeter contre mon cœur’, et on dira : ‘non, non Seigneur, je reste loin, je reste loin parce que mon péché est trop grand pour Toi, je ne suis pas digne’. Alors croire que mon péché est trop grand pour Dieu, c’est être un peu orgueilleux, en fait, qu’est-ce qui peut être plus grand que Dieu ? Certainement pas mon péché ! Ou bien, ‘non mais mon péché, il ne compte pas’, c’est aussi de l’orgueil, parce qu’en réalité, le cœur de Dieu nous aime tant, que tout péché, tout manque à l’amour, blesse ce cœur de Dieu.

 

Le Seigneur, lui, il veut nous avoir contre son cœur, mais il ne s’imposera pas, il ne nous forcera pas à être dans sa joie ; Si nous voulons nous enfermer en nous-mêmes, eh bien, il nous laissera faire, et c’est ça qui est arrivé à cet homme-là, il s’est enfermé en lui-même, il a refusé le vêtement de noces, il a refusé de parler, eh bien, du coup, il est « dans les ténèbres extérieures, il est là où il y a des pleurs et des grincements de dents ». Alors le but n’est pas de nous faire peur, le but n’est pas d’entrer dans une logique où on aurait un Dieu sévère et méchant, pas du tout : Dieu nous veut près de lui, il nous a prédestinés à être près de lui, mais Dieu nous appelle comme un ami appelle un ami, il ne nous contraint pas ! Alors aujourd’hui, vous avez entendu l’oraison, la prière d’ouverture, nous demandons au Seigneur « sa grâce », « qu’elle nous devance », donc que son amour infini passe devant nous, pour nous ouvrir le chemin de l’action bonne, que nous puissions agir dans l’amour. C’est la demande que nous pouvons faire aujourd’hui, que nous pouvons faire tous les jours : « Seigneur, donne-nous ton amour, donne-nous ta grâce, pour que nous puissions avancer sur un chemin qui est celui du bonheur et de la joie, que nous puissions revêtir ce vêtement de noces, que nous puissions participer avec toi au banquet des noces éternelles ».