Homélie de la vigile pascale, 3 avril 2026
Par l’abbé Gaël de Breuvand
I. Dieu fait alliance avec l’humanité : une histoire de fidélité
Ce soir, au cours de cette ‘petite’ liturgie de la Parole, nous avons parcouru l’histoire du monde, l’histoire du peuple d’Israël. Ce tout petit peuple perdu au milieu de rien, à l’étroit entre le grand empire d’Egypte et le grand empire de Perse, voilà que ce tout petit peuple fragile a une immense bonne nouvelle à nous annoncer. Dieu non seulement existe, mais Dieu veut faire alliance avec nous. Dieu veut établir une relation avec nous. Et toute l’histoire biblique vient nous rapporter les étapes de cette alliance. On en a entendu quelques-unes, elles n’étaient pas toutes là, mais on a entendu l’alliance avec toute l’humanité en Adam. Adam et Ève, Dieu leur confie une mission, celle de prendre soin de toute la création. Alliance qui sera renouvelée, précisée avec Noé. Alliance qui veut que l’on va approfondir encore, et on l’a entendu avec Abraham. Et là, Abraham, il y a une nouveauté. C’est dorénavant possible de parler de Dieu comme un père. Et dans la descendance d’Abraham, il y a Moïse. Moïse qui va dévoiler que Dieu n’est certainement pas un Dieu lointain, qu’il est bien un père, mais pas un père oublieux. Bien au contraire, un père qui prend soin de son peuple, qui ne l’abandonne jamais. Alors ça ne dit pas qu’il n’y aura pas d’épreuve, bien au contraire. L’alliance avec le Seigneur va se prolonger encore avec les différents rois d’Israël. Et puis, il y a les prophètes. Les prophètes, à partir de l’an 1000 avant Jésus-Christ, vont commencer à annoncer une nouvelle alliance. Une alliance qui durera toujours.
II. Jésus accomplit l’Alliance nouvelle et éternelle
Parce que jusque-là, toutes les alliances que Dieu établit avec le peuple, avec l’humanité, avec nous, elles ont tendance à s’effriter. Pas à cause de Dieu, à cause de nous. Et les prophètes annoncent sans cesse une alliance nouvelle. On a entendu en particulier la dernière lecture. Ézéchiel « Vous, vous serez mon peuple et moi, je serai votre Dieu. Une présence, une alliance qui durera toujours ». Et si le problème est du côté de l’homme, si l’effritement de la relation est de notre côté, il faut trouver un homme extraordinaire qui, lui, saura répondre pleinement à l’alliance avec Dieu. Et nous le connaissons cet homme.
Cet homme-là, c’est Jésus. Et s’il peut répondre oui au Seigneur, à son Père, dans une alliance parfaite, c’est parce qu’il est aussi le Fils de Dieu. Il fait le pont parfaitement. Alors cette alliance, elle s’accomplit donc en Jésus. Une alliance éternelle, une alliance nouvelle. Nous avons entendu ces mots jeudi, au début de notre célébration pascale. Une alliance éternelle en son sang.
III. Le baptême : une alliance personnelle à vivre chaque jour
Mais ça ne s’arrête pas là. Parce que Dieu ne nous considère pas en vrac. Nous ne sommes pas une foule, nous ne sommes pas un tas de gens. Nous avons tous un prénom. Nous sommes tous connus personnellement par Dieu. Et Dieu nous appelle tous, un par un. Et aujourd’hui, il en appelle huit d’entre nous. Il vous appelle par vos noms. Il est meilleur que moi, lui, il ne se trompe pas. Et aujourd’hui, l’alliance tissée avec toute l’humanité se réalise pour vous. Là encore, ce n’est pas Dieu qui vous appelle à être ses enfants, sous-entendu que les autres ne le sont pas. Non, Dieu nous appelle tous. Mais vous, aujourd’hui, – ça fait deux ans que ça a commencé -, mais aujourd’hui, vous voulez répondre, « Oui Seigneur, je veux être ton enfant ». L’alliance éternelle de Dieu avec l’humanité se déploie en vous. C’est quand même un truc de dingue ! Dieu tout entier qui est venu se faire petit enfant, qui est passé par la souffrance et la mort. Dieu tout entier qui est ressuscité, veut nous faire entrer dans sa vie. C’est aujourd’hui ce qui va s’accomplir pour vous. Dans quelques instants, je vais prononcer ces paroles. « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Je te plonge dans l’amour de Dieu, parce que le nom de Dieu, c’est Amour. Père et Fils et Saint-Esprit, c’est Dieu amour. Et si on tend l’oreille, si on tend l’oreille de notre cœur, chacun de vous entendra son prénom et cette phrase : « Tu es mon enfant bien-aimé. En toi, je trouve ma joie ». Alors on ne veut pas se mentir : La vie qui va commencer aujourd’hui, ce ne sera pas un long fleuve tranquille. Ce ne sera pas facile. Il y aura des moments où vous aurez aussi un peu de facilité, de la joie à être cohérent, à vivre votre baptême. Et puis il y a des jours où ce sera plus compliqué, parce qu’il y a un peu d’usure de notre côté. Parce qu’il y a aussi les épreuves qui nous tombent dessus – Vous savez, comme d’autres choses, ça vole par escadrille -. Ces épreuves-là, ces tentations-là, vous êtes équipés pour les affronter. Il suffit, – il suffit, il y a toujours un combat -, mais il suffit de se replonger dans la grâce de votre baptême. Faites mémoire. Souvenez-vous de ce soir. Souvenez-vous des moments dans votre vie où vous avez perçu que Dieu était là pour vous. Appuyez-vous sur ça.
C’est aussi le message pour tous ceux qui sont ici et qui sont déjà baptisés. Nous avons à vivre notre baptême au présent. En fait, vous savez bien, un baptême ça ressemble à un mariage. Et je vais vous dire un truc, il ne suffit pas de dire, je me marie avec toi pour toujours. Il faut renouveler cette parole tous les jours. Dans le baptême, c’est pareil. Dans cette alliance avec Dieu, le oui de Dieu, l’alliance du côté de Dieu, c’est toujours une fois pour toutes. Renouveler toujours au présent. Et pour nous qui ne savons pas faire comme Dieu, il faut que nous engagions notre volonté, notre intelligence, notre mémoire, tout ce que nous sommes, chaque jour. Chaque matin, se couvrir à nouveau du signe de la croix, « au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit ». Se replonger dans Dieu qui est Amour et le laisser, lui, agir. Se laisser aimer, finalement, pour pouvoir aimer en retour.