Dédicace du Latran

Homélie du dimanche 9 novembre 2025,
en la fête de la Dédicace de la Basilique Saint-Jean-de-Latran,
par l’abbé Gaël de Breuvand
Ez 47, 1-2.8-9.12 ; Ps 45 ; 1 Co 3, 9c-11.16-17 ; Jn 2, 13-22

Alors aujourd’hui, nous fêtons un temple, non pas le temple de Jérusalem, mais la Basilique du Latran, la cathédrale du pape. Alors je vous propose de réfléchir d’abord à ce qu’est un temple, et puis ensuite les caractéristiques du temple chrétien. Et puis on verra ensuite en quoi ça nous touche. Parce que ne parle-t-on que de vieilles pierres ?

I – Le temple antique

Chez les païens et comme chez les Juifs, le temple, c’est le lieu où Dieu se rend présent. Dans le temple, Dieu manifeste sa puissance, sa grandeur. Et chez les Juifs, le premier modèle du temple, c’est une tente qu’on appelle la tente de la rencontre. Ainsi quand on va au temple, c’est pour rencontrer Dieu. La caractéristique du temple, c’est que il n’y a pas grand monde qui entre dans ce bâtiment. Seuls les prêtres entrent dans les salles du bâtiment et même – chez les Juifs – , dans la salle la plus au fond du bâtiment, le Saint des saints, le grand prêtre y pénètre seul, une seule fois par an, pour demander le pardon de Dieu sur le peuple. C’est la fête du Yom Kippour. Les foules, elles, sont bien dans « l’enceinte du temple », mais elles sont sur des parvis, à l’extérieur du bâtiment. Ainsi, quand Jésus chasse les marchands du temple, ils n’étaient pas installés dans le bâtiment, mais à l’extérieur, sous des colonnades à l’abri de la pluie et du soleil. Mais ces parvis sont aussi le lieu de la prière : C’est là où le peuple attend l’accomplissement des sacrifices et puis attend la bénédiction que les prêtres vont leur donner après avoir offert les sacrifices.

Donc dans le temple ne rentre que le prêtre. On n’a donc pas besoin d’un très grand bâtiment. En fait, le temple de Jérusalem est beaucoup plus petit que cette église, (27 mètres de long, 9 mètres de larges,18 de haut) ce n’est pas si grand, ce n’est pas très impressionnant.

Et puis voilà que Jésus vient : la lettre aux Hébreux nous dévoile qu’Il est le prêtre par excellence : ainsi dans la foi chrétienne, il n’y a qu’un seul prêtre. Et ce prêtre, c’est Jésus.

II – La basilique

Le christianisme va se développer. Et puis voilà qu’en l’an 313, l’empereur de Rome, Constantin, décide la paix pour l’Église. Et à ce moment-là, on va pouvoir commencer à construire des bâtiments, on va pouvoir commencer à construire des temples chrétiens et là on va construire. La première, en 318, c’est la Basilique du Très Saint Sauveur, Saint Jean de Latran à Rome, la cathédrale du pape. Quand on est devant cette basilique, ceux qui sont allés à Rome s’en souviennent, un panneau dit « omnium urbis et orbis ecclesiarum mater et caput » : elle est ‘mère et tête de toutes les églises de la Ville et du monde’. Et elle est intéressante cette église, parce que elle n’a jamais été détruite, donc elle a la forme de l’époque. Et ce qu’on constate, c’est que ce temple-là est gigantesque, bien plus grand qu’ici.

Alors pourquoi ? Parce que s’il n’y a que le prêtre qui rentre dans le temple, on n’a pas besoin d’un très grand bâtiment. Si pour nous, le prêtre c’est Jésus seul, on a besoin d’un bâtiment encore plus petit…

Vous le savez, nous avons été baptisés, et parce que nous sommes baptisés, nous sommes membres du corps du Christ, et si nous sommes membres du corps du Christ, nous sommes tous prêtres « par lui, avec lui et en lui ». Et ainsi, dans le temple chrétien, il faut que tout le prêtre, le « Christ total », comme dit Saint Augustin, il faut donc que tout le prêtre puisse entrer dans le bâtiment. Et nous sommes ici tous ensemble, prêtres, prophètes et rois, tous ensemble comme peuple. Nous sommes appelés à faire, ensemble, le pont entre le ciel et la terre, parce que c’est ça être prêtre, c’est faire le pont entre le ciel et la terre. Evidemment, Jésus seul fait parfaitement le pont, puisqu’il est pleinement homme et il est pleinement Dieu, donc la connexion est parfaite. Et nous baptisés, connectés à Jésus, nous portons avec lui cette mission. Nous recueillons la prière du monde et nous la présentons au Père. Nous accueillons la bénédiction du Père et nous la portons pour le monde. C’est ça, être chrétien.

C’est pour ça que nos églises ne sont pas de petits bâtiments comme les temples anciens, mais au contraire des basiliques. Une basilique (au sens romain du terme), c’est une sorte de halle Tony Garnier, une grande halle, un marché couvert, si vous voulez, en résumé un endroit où on peut mettre beaucoup de monde.

Un endroit où tous ensemble, nous allons accomplir notre mission de prêtre en louant le Seigneur, en le bénissant, en demandant et en accueillant sa bénédiction pour le monde. Donc nous sommes tous prêtres.

III – Du temple de pierre au temple de chair

Mais plus encore, Jésus, – c’est les lectures nous le disent – Jésus est temple de Dieu, il est le sanctuaire de Dieu. Pourquoi ? Parce que, en lui, la divinité habite parfaitement. Il est le lieu de la rencontre entre Dieu et l’homme. Ainsi Jésus est le temple par excellence, le sanctuaire par excellence. Et nous sommes baptisés, nous sommes connectés à Jésus et avec lui, nous sommes aussi sanctuaire de Dieu. L’Église (comme communauté) est temple de Dieu. Tous ensemble, nous sommes un peuple théophore, nous portons Dieu. Et puisque nous sommes tous ensemble membres du corps du Christ, nous sommes tous ensemble comme les pierres vivantes – c’est Saint Paul qui nous disait ça dans la 2e lecture – nous sommes tous ensemble comme les pierres vivantes d’un temple qui est le Christ total. Eh bien, il faut que nous soyons, oui, que nous reflétions le projet de Dieu pour l’humanité.

Et puis, et puis nous sommes aussi chacun personnellement, individuellement, temple de l’Esprit-Saint, Temple de Dieu, parce que Jésus nous a appelés, il nous a choisis. Il a fait de nous des fils, et des filles, adoptifs, de Dieu.

Parce que nous avons été créés dans ce projet d’amour de Dieu, nous avons potentiellement tous (baptisés ou non) cette aptitude à devenir fils de Dieu. Nous sommes donc sanctuaires du Seigneur, et nous avons entendu saint Paul aux Corinthiens, vous êtes un sanctuaire de Dieu. Si « quelqu’un détruit le sanctuaire de Dieu » ou le profane, c’est quasiment le même mot, « cet homme, Dieu le détruira ». En fait, nous nous détruirons nous-mêmes ! Et c’est là que se fonde la dignité fondamentale de tout homme. Tout homme est apte à être temple de Dieu par bonté de Dieu, par amour de Dieu. Alors nous avons à nous respecter nous-mêmes et nous avons à respecter l’autre. Nous avons même à nous aimer nous-mêmes et à aimer l’autre. Nous sommes tous et chacun temple de Dieu, temple de l’Esprit-Saint.

C’est important, parce que notre monde veut nier cette dimension précieuse de chaque vie, de chaque personne. Notre monde, en relativisant l’importance de la vie humaine, en relativisant l’importance de la dignité de chaque personne, de chaque corps, notre monde essaie d’écarter Dieu finalement.

Et de fait, lorsque nous faisons cela, c’est le mal qui grandit. Alors nous, chrétiens, nous avons à être des témoins. Dieu habite en nous, et puisqu’il habite en nous, il s’agit que nous laissions transparaître le Seigneur, que nous Le laissions briller à travers nous, que nous soyons comme ces vitraux dont on parlait à la Toussaint, qui laissent passer la lumière. Il faut que nous disions à temps et à contretemps que chaque homme est sacré, chaque personne, chaque enfant, chaque femme, chaque homme est temple de l’Esprit-Saint, Temple de Dieu. Voilà.

En union avec le pape

Et puis aujourd’hui, nous fêtons, et c’est le dernier mot, nous fêtons aujourd’hui la cathédrale du pape et donc, bien évidemment, nous prions tout particulièrement en union avec lui. Nous prions pour que l’Église toute entière soit un bâtiment où toutes les pierres soient liées les uns aux autres, parce que nous recevons l’esprit Saint et c’est l’Esprit-Saint qui nous qui fait notre cohésion. Nous prions aux intentions du pape… entre toutes les missions qu’il porte, il est d’abord le serviteur des serviteurs de Dieu, il est le garant de l’unité de l’Église. Alors vous le savez, c’est un combat de tous les jours, qui se déroule dans notre cœur et que le pape porte, lui, dans la prière chaque jour. Alors prions avec lui.