2026-09-13 – 24e dimanche de To A,
Si 27, 30 – 28, 7 ; ps 102 ; Rm 14, 7-9 ; Mt 18, 21-35,
par l’abbé Gaël de Breuvand
I – Il y a quelque chose de pourri…
Quand j’entends le texte de Ben Sira, Le Sage, la première lecture, j’ai une citation de la pièce de Shakespeare, Hamlet, qui me revient. C’est cette phrase-là : « Il y a quelque chose de pourri dans le royaume du Danemark ». Et on pourrait étendre, ‘il y a quelque chose de pourri sur notre terre’. ‘Il y a quelque chose de pourri dans notre cœur’. Ce constat de Hamlet, ce constat de Ben Sira, c’est ce que nous appelons le ‘péché originel’ et ses conséquences.
Dans notre cœur, il y a à la fois le désir du vrai bonheur et de la vraie joie. Il y a le désir d’un grand amour. Et dans le même temps, très concrètement, les actes que nous posons s’opposent à ce projet de Dieu pour nous. Oui, il y a quelque chose de pourri. Il y a une fêlure dans notre cœur qui nous fait préférer le mal plutôt que le bien. Qui nous fait choisir le chemin du moindre effort. Et le chemin du moindre effort, nous le savons, c’est bien souvent un chemin de perdition. C’est ce que Jésus nous dit. « Comme elle est étroite la porte qui conduit au salut, comme elle est large la porte qui conduit à la perdition ».
Alors Ben Sira a une solution. On est en 180 avant Jésus-Christ. Cela fait quand même quelques siècles qu’on a rencontré Dieu. Et donc Ben Sira nous dit, pour vivre, pour trouver le chemin du bonheur, pour sortir de cette quadrature du cercle, il s’agit de suivre les commandements. Pense aux commandements. Demeure fidèle aux commandements.
Alors oui, cela correspond à notre désir plus profond. Et dans le même temps, c’est difficile. Vivre les commandements, c’est dur. On n’est pas très bon et on n’y arrive pas. Mais Dieu ne se lasse pas de venir à notre rencontre. Et c’est bien ce qu’il nous a promis dimanche dernier.
II – Répondre par l’amour
Chaque fois que deux ou trois seront réunis en mon nom, je serai là au milieu d’eux. Donc Jésus est là présent au milieu de nous. Et il nous donne sa grâce, son amour, sa tendresse, pour que nous puissions vivre justement ses commandements.
Jésus vient et il nous ouvre un nouveau chemin. Il nous appelle à devenir des artisans, des instruments de paix. Et de fait, la prière qui a été attribuée à François d’Assise, [elle n’est pas de François d’Assise, mais cela y ressemble], « fais de moi un instrument de paix : là où est la haine, que je mette l’amour, là où est l’offense, que je mette le pardon, là où est la discorde, que je mette l’union, que là où est l’erreur, je mette la vérité, que là où il y a doute, je mette la foi, que là où il y a désespoir, je mette l’espérance ».
Oui, c’est ce chemin-là que le Christ nous invite à parcourir. Et c’est le chemin qu’il nous a montré. Là où il y avait haine, lorsqu’il est mort sur la croix, lui, sa réponse, c’est le plus grand amour, sa réponse, c’est le pardon : « Pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Ce nouveau chemin, il nous est donné, proposé, et on pourrait se dire, oui, mais ce n’est toujours pas plus facile que suivre les commandements. De fait, il y a un commandement nouveau, mais il est toujours beaucoup, beaucoup au-dessus de nos capacités.
Alors c’est vrai, aimer d’amour à la manière de Dieu, ce n’est pas dans nos cordes. Mais Dieu a choisi de s’engager. Et Jésus, par sa mort sur la croix et sa résurrection, nous donne cette aptitude à vivre d’amour. C’est la deuxième lecture. « Si nous vivons, nous vivons pour le Seigneur. Si nous mourons, nous mourons pour le Seigneur. Si le Christ a connu la mort, puis la vie, c’est pour devenir le Seigneur et des morts et des vivants ». Dieu veut venir non seulement habiter au milieu de nous, mais il veut venir habiter nos cœurs. Et quand Dieu habite nos cœurs, par le déploiement de sa grâce, il nous rend capables de vivre selon son projet.
III – Appelons le don de Dieu
C’est bien pour cela que cette parabole vient nous bousculer. 60 millions de pièces d’argent, on n’envisage même pas ce que c’est. Une pièce d’argent, c’est une journée de travail. Donc ça fait plusieurs centaines d’années de dette. Donc c’est immense. Et voilà que face à la prière du serviteur très endetté, le maître non seulement lui donne un délai pour rembourser, mais même il lui remet sa dette entièrement. On n’imagine même pas la bonté de ce maître. On n’imagine même pas la bonté de ce maître. Il donne tout.
Et de fait, là, on y voit bien l’image de Dieu lui-même qui a tout donné pour nous. Et puis, ce serviteur qui a été pardonné, dont la dette a été remise, quand il rencontre son compagnon qui lui doit 100 pièces d’argent, trois mois de travail. C’est incomparable. On n’est pas dans la même guerre, quoi. Et là, il se refuse à remettre la dette. Et on voit bien qu’il y a un enjeu, là.
Il y a un enjeu. C’est un commentaire, finalement, de « pardonne-nous nos offenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés ». Il y a un enjeu de vie ou de mort. Et quand on parle de vie et de mort, évidemment, ce n’est même pas la vie terrestre. C’est la vie en Dieu, c’est la vie éternelle qui se joue là. Nous sommes appelés à pardonner parce que Dieu nous a pardonnés et parce que pour nous, c’est le chemin de la vie.
Ce n’est pas facile. Ce n’est toujours pas facile. Mais le Christ vient habiter nos cœurs pour pardonner en nous. C’est lui qui agit. Oui, Pierre posait une bonne question. Est-ce que pardonner sept fois, c’est suffisant ? Sept fois, c’est déjà bien, quoi. Eh bien, non. 70 fois, sept fois. En fait, Jésus inverse complètement la logique humaine. Et en fait, il y a une allusion à cette logique humaine. Dans le chapitre 3, 4 de la Genèse, il y a Lamech. Lamech, il a inventé la polygamie : Et il explique à ses femmes, « moi, pour une blessure, je tue un homme. Pour un bleu, je tue un enfant. Moi, Lamech, je serai vengé 70 fois ».
Le cœur de l’homme, blessé par le péché des origines, il entre immédiatement dans une logique de vendetta. Jésus nous répond, ‘non ce n’est pas ça, le chemin du bonheur’. Il s’agit, au contraire, de prendre cette logique de vendetta exactement à l’envers : Là où tu auras été blessé, tu pardonneras. Là où tu auras été abîmé, tu donneras la vie. Et c’est là le chemin du vrai bonheur et de la vraie joie.
Ce n’est toujours pas facile, mais c’est ce qui nous comble. Cela implique et nous appelle à une conversion. Autrement dit, de nous tourner vers le Seigneur et lui dire : ‘Seigneur, tu sais bien que je ne sais pas faire, que je ne peux pas faire ce que tu me demandes, mais toi, Seigneur, tu peux faire des merveilles dans mon cœur’.
C’est notre prière aujourd’hui.