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2026-09-06 – 23e dimanche de To A
Ez 33, 7-9 ; ps 94 ; Rm 13, 8-10 ; Mt 18, 15-20
I – Guetteur
Ézéchiel reçoit une mission, on est dans les années 580 avant Jésus-Christ. « Fils d’homme, je fais de toi un guetteur pour la maison d’Israël ». Le guetteur, c’est celui, lui, Ézéchiel, qui est d’abord chargé de guetter la parole de Dieu, d’être attentif à elle.
Pourquoi faire ? Pour pouvoir la recevoir dans son cœur, dans sa vie, dans son intelligence, et la donner aux autres. Et la donner au peuple d’Israël. C’est un cadeau que Dieu fait à Ézéchiel, un peu un cadeau empoisonné pour Ézéchiel, mais c’est un cadeau pour le peuple.
Et c’est aussi une mission et une responsabilité. Ézéchiel est prophète, sa vie est engagée par la parole qu’il doit porter.
Ce texte-là est intéressant, parce que le prophète par excellence, c’est Jésus.
Et Jésus avait une parole de Dieu, il est le guetteur par excellence, il a une parole de Dieu à nous transmettre et il nous la transmet. Et depuis notre baptême, nous sommes nous aussi chacun des prophètes, en Jésus, par Jésus, avec Jésus. Et nous aussi, nous avons une parole à annoncer.
Cette parole, elle est décrite par Saint Paul dans le verset de l’Alléluia [C’est toujours le petit texte qu’on n’écoute pas] : « Dans le Christ, Dieu réconciliait le monde avec lui, il a mis dans notre bouche la parole de réconciliation ».
Notre mission de guetteur pour la maison d’Israël, notre mission de guetteur pour le monde, c’est de porter la parole de réconciliation que le Christ nous donne. Et c’est le cœur de l’Évangile qu’on a entendu aujourd’hui. Très concrètement, Jésus nous donne un moyen, une technique pour régler les conflits.
II – Correction, fraternelle…
« Si ton frère a commis un péché contre toi », va lui faire des reproches…. Et s’il ne t’entend pas, réunis deux ou trois et allez voir ensemble. Et si encore il ne t’entend pas, voilà.
Il y a une gradation, une technique de pacification. Et du coup, ça nous fait parler de ce qu’on appelle la « correction fraternelle ». Parce que si on aime quelqu’un, si on aime véritablement quelqu’un, on ne le laisse pas aller dans le mur.
Je pense que vous êtes d’accord avec moi. Aimer quelqu’un, c’est être capable de temps en temps de lui dire, ‘là, je pense que tu te trompes’. Alors, ce n’est pas d’abord mon sentiment qui doit s’exprimer. Ce n’est pas d’abord une satisfaction pour moi. ‘Ça y est, je l’ai bien mouché !’. Non. L’objectif, c’est le bien de la personne à qui je vais faire cette correction fraternelle. En fait, dans l’expression ‘correction fraternelle’, bien souvent on oublie la deuxième partie. La correction, ça doit être celle d’un frère qui aime celui qui a besoin d’entendre un reproche, une correction. Oui, il s’agit véritablement que je parle pour le bien de la personne à qui je vais m’adresser. Et ce que nous disait la première lecture, c’est qu’il arrive que ce soit un devoir. Pour autant, il faut prendre le temps, il faut discerner.
Je ne sais pas comment ça se passe pour vous, mais au séminaire, c’était un exercice encouragé, d’accord ? La correction fraternelle. Et il est quand même difficile, un, d’être ajusté pour donner la correction. Et, deux, il est très difficile d’être ajusté pour recevoir la correction.
Et donc cela demande beaucoup de discernement, beaucoup de prière. Il s’agit que nous nous entrions véritablement dans le projet de Dieu. Il s’agit d’être des guetteurs de la parole de Dieu.
Mais toute cette histoire de correction fraternelle, elle trouve sa clé dans le texte qu’on a entendu. Ici, « Amen, je vous le dis, tout ce que vous aurez lié sur la terre sera lié dans le ciel, et tout ce que vous aurez délié sur la terre sera délié dans le ciel. » Nous avons déjà entendu cette parole il y a trois dimanches, c’était au chapitre 16 de Saint Matthieu.
Et cette parole s’adressait à Pierre et à Pierre seul. Aujourd’hui, cette parole s’adresse à tous les disciples, à l’Église entière. Pierre a une mission particulière de veiller à l’unité de la communauté des chrétiens. Le pape, son successeur, porte toujours cette mission. Et nous nous réjouissons parce que dans quelques semaines, il vient nous voir, et il vient nous conforter, nous confirmer dans la foi, et il vient travailler, et il s’agira de recevoir sa parole, il vient travailler, veiller à notre unité. Pierre a reçu une mission particulière, mais nous sommes tous porteurs de la miséricorde que Dieu veut donner au monde. Cette miséricorde, c’est que Dieu veut pour nous. Son amour tendre veut pour nous le meilleur. Il veut que nous choisissions de vivre en cohérence avec lui.
Et pour ça, il nous l’a promis, il est avec nous. Il est avec nous chaque jour, jusqu’à la fin des temps. « Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d’eux ».
III – Je suis présent au milieu d’eux
Et c’est le dernier point de cette homélie. Dieu est là, au milieu de nous. Alors comment est-il là ? La théologie chrétienne distingue trois grands modes de présence de Dieu parmi nous.
Il y a la présence la plus discrète, qu’on appelle présence d’immensité ou présence de création. Parce que Dieu crée toutes choses et que c’est un acte au présent pour Dieu. Il n’est pas un grand architecte qui aurait tout fait au début et puis qui nous aurait laissé tomber. Il est présent à chaque instant dans tout ce qui existe. Si nous existons, c’est parce que Dieu nous aime. Si nous existons, c’est parce que Dieu nous pense. Si nous existons, c’est parce qu’il est là avec nous. Présence de création, il est avec nous, il est en toutes choses. Tout ce qui est, est un signe de la présence de Dieu. Étonnant.
Deuxième mode de présence, la présence de grâce. C’est quand Dieu se dévoile à nous comme quelqu’un. Quelqu’un. Et c’est toute l’histoire biblique. Dieu vient s’adresser à chacun de nous en nous parlant au cœur. Dans sa présence de grâce, il se dévoile dans sa révélation, dans sa parole de Dieu. Présence de grâce, c’est lorsque j’ouvre mon cœur et que je lui demande, Seigneur, Seigneur, ‘viens habiter chez moi’.
Présence de grâce, c’est ce qu’a cherché Saint Augustin tout au long de sa vie. « Je t’ai cherché si longtemps, ô Présence, et je t’ai cherché » partout dans le monde, et j’ai fini par te trouver « au plus intime que l’intime », au fond de mon cœur. Tu étais là[1].
Et puis enfin, troisième mode de présence, celui qui nous réunit aujourd’hui. C’est la présence d’incarnation. Dieu est venu habiter notre monde. Il est venu se faire frère. Il est venu être notre ami. Il descend jusqu’à nous pour nous élever jusqu’à lui. Présence d’incarnation, évidemment, de la manière la plus sensible et la plus visible, c’était entre l’an 0 et l’an 30 et quelque chose. Mais c’est aujourd’hui toujours vrai dans la présence du Christ dans son Église. Il se donne dans les sacrements, il se donne par nous, en fait. Nous sommes tous ensemble le Christ, corps du Christ. Notre tête, c’est Jésus, nous sommes tous ensemble le Christ total. Présence d’incarnation, c’est cette présence-là qui nous sauve.
Et c’est cette présence-là que nous sommes chargés d’annoncer au monde. Nous sommes aimés. Nous sommes aimés et il s’agit que le monde le sache, afin qu’il retrouve une espérance.
« Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là au milieu d’eux ». Aujourd’hui, nous sommes un peu plus de deux ou trois. Il est là au milieu de nous. Il veut nous combler de son amour et de son esprit saint pour que nous soyons les témoins de la folie de son amour !
[1] « c’est toi que je cherchais ! Mais toi, tu étais plus intime que l’intime de moi-même, et plus élevé que les cimes de moi-même« . (saint Augustin Conf III, 6)