
Homélie du dimanche 31 mai 2026, fête de la sainte Trinité,
par l’abbé Gaël de Breuvand
Ex 34, 4b-6.8-9 ; Dn 3 ; 2 Co 13, 11-13 ; Jn 3, 16-18
I – Un Dieu qui se dévoile et se fait proche
Dans les lectures qui nous ont été données aujourd’hui, Dieu nous est présenté. En fait, Dieu Se présente sur la montagne du Sinaï. Il passe devant Moïse et proclame : « le Seigneur, le Seigneur, Dieu tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour et de vérité. » Dieu Se présente. Et quand Il Se présente, Il ne Se présente pas comme le « tout autre ». Il ne se présente pas comme quelqu’un qui serait loin, ou qui serait d’abord identifié par Sa puissance. Il se présente et Se définit, au contraire, par Sa proximité avec nous. « Tendre et miséricordieux, lent à la colère, plein d’amour, et de vérité. » C’est un leitmotiv dans tout le récit biblique, dans toute l’histoire d’Israël. Notre Dieu est un Dieu qui veut prendre soin de nous.
C’est la grande différence entre la révélation biblique et l’étude philosophique, la recherche de Dieu par la philosophie. Quand on recherche Dieu par la philosophie, on pense d’abord au premier moteur immobile, à celui qui est loin, celui qui domine toute chose, celui qui est tellement différent de nous. Quand on entre dans la révélation, on perçoit que Dieu veut se faire proche de nous. Et ça, c’est déjà une bonne nouvelle !
Dans la Deuxième Lecture, saint Paul confirme ce qu’on avait perçu avec la Première Lecture : comment est appelé Dieu ? « Dieu d’amour et de paix ». Et puisque nous connaissons un Dieu d’amour et de paix, puisque nous sommes en relation avec ce Dieu d’amour et de paix, alors il s’agit que nous, dans nos vies, dans nos communautés, nous aussi, nous soyons des foyers, d’amour et de paix : « Saluez-vous les uns les autres par un baiser de paix. »
II – Dieu est amour
Vous le savez, saint Jean, à la toute fin de la Bible, dans la Première Lettre de saint Jean, nous redit encore qui est Dieu. Et il nous dit : « Dieu est Amour. » C’est une bombe nucléaire ! Parce que penser un Dieu d’amour et de paix, penser un Dieu lent à la colère, plein de patience, de vérité, c’est encore quelque chose qui est envisageable avec nos capacités humaines. Mais dire « Dieu est Amour », ça, ça nous dépasse absolument. Parce que dire Dieu est Amour, cela signifie que Dieu aime de toujours à toujours, il n’y a pas un moment où Dieu n’aime pas. Et vous le savez, pour aimer, il faut être deux, au moins. Et c’est là, puisque Dieu est Amour, que, logiquement, il faut que Dieu, qui est Un, unique, absolument, il faut en même temps qu’Il soit plusieurs.
Nous le disions dans la prière d’ouverture, nous « adorons cette Trinité sainte, dans Son unité toute puissante » : Dieu est Trois et Un. Dieu est Un et Trois. Et ne vous inquiétez pas, comme tous les chrétiens, un moment ou un autre, on s’est tous dit : ‘on se complique un peu la vie avec cette histoire’. Mais non ! Parce que Jésus nous le dit : « le Père et moi, Nous sommes Un ». « J’ai tout reçu du Père, et Je rends tout au Père. L’Esprit Saint que le Père m’a donné, Je veux vous le donner à Mon tour. » Jésus nous a dévoilé cette Trinité, et du coup, oui, nous pouvons dire « Dieu est Amour ».
Avec la parole de saint Paul qui nous est donnée dans cette Deuxième Lecture, et que nous avons entendue au tout début de la messe, « que la grâce du Seigneur Jésus-Christ, l’amour de Dieu le Père et la communion du Saint-Esprit soient toujours avec vous », nous parlons d’amour : La grâce du Seigneur Jésus, c’est son amour gratuit. L’amour de Dieu, c’est Dieu Lui-même. Et la communion du Saint-Esprit, c’est le cadeau qu’Il nous fait pour que nous soyons unis les uns aux autres.
III – Nous sommes faits pour entrer dans la communion divine
Depuis que nous avons été baptisés, nous avons été plongés dans l’amour de Dieu. « Je te baptise au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit », cela signifie ‘je te plonge dans l’amour de Dieu’. Et cet amour-là réside en nous. Le Père m’a créé, le Fils me sauve, et je suis capable, par l’Esprit-Saint, de crier « Abba », Père. Chaque fois que nous prions le Notre Père, cette prière que le Christ nous a enseignée, c’est l’Esprit Saint qui parle en nous.
C’est un mystère… Quand on dit ‘mystère’, ça ne signifie pas que c’est incompréhensible, ça ne signifie pas qu’on ne voit rien. Ce n’est pas comme dans une enquête policière, où un ‘mystère’ implique qu’on ne sait rien. Bien au contraire, en langage chrétien, quand on parle d’un ‘mystère’, c’est que Dieu veut nous faire connaître quelque chose, quelque chose qui nous dépasse, mais quelque chose dont on peut dire qu’elle est une vérité.
Dieu Trinité, ça nous dépasse… C’est pour ça d’ailleurs que, dans ce contexte, on va utiliser des mots compliqués, des mots savants. On va parler de « consubstantiel », pour parler de la relation entre le Père et le Fils. On va parler de « périchorèse » – c’est un joli mot en grec qui signifie « danse » – pour parler de la relation du Père, du Fils et du Saint-Esprit, une danse d’amour. Ces mots compliqués sont là pour nous dire : oui, cette réalité d’amour qui est magnifique, elle nous dépasse. Mais on peut quand même, on con-sonne avec ça. Parce que nous avons été créés à l’image de cette Trinité bienheureuse. Nous sommes faits pour être comme elle. Nous sommes faits pour aimer et nous laisser aimer. Nous sommes appelés à entrer dans la danse d’amour de Dieu. C’est pour cela que Jésus est venu sur la terre. C’est pour cela que l’Esprit-Saint vient habiter nos cœurs, pour que nous entrions dans la périchorèse – pardon pour le gros mot – dans la périchorèse divine. Pour que nous entrions dans la danse d’amour de Dieu.
Et c’est important, il y a un enjeu, et c’est l’Évangile qui nous dit cet enjeu. Le Christ, « le Fils de Dieu, n’est pas venu dans le monde pour juger le monde, mais pour que le monde soit sauvé. » Il veut nous faire entrer dans la danse de Dieu, dans sa danse, et Il nous invite tous, pas d’exception. Dieu veut que tout homme soit sauvé. Et dans le même temps, « celui qui croit échappe au jugement, celui qui ne croit pas est déjà jugé ». Cela signifie qu’en réalité, la question du Salut dépend de nous. Jésus veut nous faire entrer dans la danse, Il nous tend la main, Il nous dit : ‘Viens, viens avec moi, aimons ensemble, accueillons le don du Père’. Et nous : est-ce que nous prendrons cette main ? Est-ce que nous entrerons dans cette danse ? Si nous répondons oui, d’un vrai oui, d’un grand oui, alors le Salut nous est donné et nous échappons au jugement. Si nous décidons non, si nous fermons la porte, eh bien, c’est nous qui choisissons de nous condamner nous-mêmes. Dieu, Lui, veut nous sauver.
C’est saint Augustin qui disait : « Dieu nous a créés sans nous, Il ne nous sauvera pas sans nous ». Dieu est Amour, de toujours à toujours. Il n’y a pas un moment où Il n’aime pas. Et même moi, qui ne suis pas très aimable, Il m’aime. Alors, quelle est ma réaction ? Que puis-je faire ? Une seule chose, répondre à son amour humblement, petitement : « Seigneur, tu sais bien que je T’aime. »