Par l’abbé Gaël de Breuvand,
2e dimanche de Pâques, le 12 avril 2026, 
Ac 2, 42-47 ; ps 117 ; 1 P 1, 3-9 ; Jn 20, 19-31
I – La miséricorde : don reçu et mission confiée
Alors un premier moment, une première réflexion autour de ce dimanche de la divine miséricorde. En 2016, c’était il y a dix ans, le pape François nous avait donné une année jubilaire de la miséricorde. Ça avait été l’occasion pour nous de réfléchir sur ce thème.
Qu’est-ce que cela signifie ? Dieu est amour, c’est son être, absolument. Il est amour, il aime de toujours à toujours. Il est Père et Fils et Saint-Esprit et il nous veut comme ses enfants.
Et la Miséricorde, c’est cet Amour qui vient à notre niveau. Parce que pour nous, finalement, l’amour pur de Dieu, il est au-delà de tout ce qu’on peut imaginer, au-delà de tout ce qu’on peut recevoir. Et la miséricorde, c’est Dieu qui vient à nous, qui vient se faire petit comme nous.
C’est Jésus qui est miséricorde. Cette miséricorde, ce cadeau que nous avons reçu du Père, nous recevons mission de le transmettre. Cette miséricorde, c’est Jésus, comme nous le dit l’Évangile.
« Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie ». « Recevez l’Esprit Saint, à qui vous remettrez ces péchés, ils seront remis ». Pourquoi est-ce que Jésus nous donne cette mission ? C’est parce que nous avons nous-mêmes été pardonnés.
Et comme nous sommes pardonnés, nous savons que toutes nos joies finalement, tout ce que nous sommes, tout ce que nous vivons, tout notre bonheur est un cadeau. Et ce cadeau, il nous faut le donner, le transmettre. Le pardon de Dieu, nous l’avons reçu, nous sommes donc missionnés pour le porter au monde.
Le chrétien – ça pourrait être une définition – le chrétien c’est celui qui pardonne, c’est celui qui fait miséricorde, même quand lui-même est attaqué. C’est le cœur de la prière pour les persécuteurs. « Père, pardonne-leur, ils ne savent pas ce qu’ils font ».
Pourquoi est-ce que nous prions pour ceux qui font du mal ? Parce que nous savons que nous-mêmes, si nous ne faisons pas de mal, c’est déjà un cadeau de la miséricorde de Dieu. C’est une parole de sainte Thérèse de l’enfant Jésus. Elle était très consciente qu’elle aurait pu commettre tous les crimes du monde. Mais Dieu, dans son infinie tendresse et miséricorde, lui a donné la capacité de ne pas commettre ces actes-là. Et bien au contraire, d’être à la quête, en quête du bien et du grand amour. Et elle a continué en disant, « moi si j’avais commis les pires des crimes, je compterais toujours sur la miséricorde de Dieu ».
Dieu ne nous abandonne pas. En ce jour, les apôtres reçoivent cette mission d’être les plénipotentiaires de Dieu. Ils sont comme les ambassadeurs et ce qu’ils font, ça engage Dieu.
Et vous le savez, moi, prêtre, collaborateur des successeurs des apôtres, collaborateur d’un évêque, j’ai reçu cette mission. Celle de dire « au nom du Christ, je te pardonne ». Et par la miséricorde de Dieu, cette Parole-là est efficace !
Et le pardon est donné. Miséricorde, l’immense cadeau que nous avons reçu, c’est Jésus et notre mission à nous, c’est de le donner au monde.
II – Le dimanche, jour de la recréation
« C’était le soir venu en ce premier jour de la semaine ».
Alors si on demande, on pose la question à des enfants, on leur demande, quel est le premier jour de la semaine ? D’un seul cœur, ils répondront, lundi. Mais nous, nous savons bien que ce n’est pas ça. Le premier jour de la semaine, le premier jour de la création, c’est un dimanche.
Et le septième jour, le jour du sabbat, le jour où Dieu se repose et surtout contemple, c’est le samedi. Et donc en ce premier jour de la semaine, c’est le jour de la résurrection du Seigneur, c’est le jour de la création, c’est le jour de la recréation. C’est tellement vrai que Saint Jean nous dit que « Jésus souffla sur eux en leur disant : ‘recevez l’Esprit Saint’ ».
Et ça nous renvoie à une parole de la Genèse au chapitre 2 qui dit que « Dieu insuffla dans l’homme le souffle de vie ». Dieu avait déjà insufflé, donné l’Esprit Saint à Adam et à toute l’humanité. Et voilà que par Jésus, il renouvelle ce don d’une autre manière, bien plus grande et bien plus forte. Mais c’est ça, la recréation. Il souffla sur eux. De la même manière que sur la croix, il expira, il rendit l’Esprit, son souffle nous est donné.
Ce souffle que nous avons tous reçu personnellement au jour de notre baptême et dont nous recevons la plénitude au jour de la confirmation. Ce souffle qui fait de nous des Christ, des chrétiens, qui fait de nous des messies, qui fait de nous des envoyés de Dieu.
En ce premier jour de la semaine, Jésus invente le dimanche.
Jusque-là, le dimanche ce n’était pas un jour très important chez les juifs, c’était que le premier jour de la semaine. Et on travaillait toute la semaine pour pouvoir mettre en valeur le dernier jour, ce septième jour qui était le jour de la contemplation, le jour de l’action de grâce, le jour de la proclamation des merveilles de Dieu, le sabbat. Et le premier jour de la semaine, on retournait au travail.
Mais voilà que Jésus change tout. Le jour de la recréation, le jour que nous allons célébrer chaque semaine, ce sera le dimanche. Parce que pour nous aussi, c’est un jour de recréation.
Il s’agit d’accueillir à nouveau frais ce souffle de Dieu en nous. C’est l’Eucharistie qui nous est donnée. Cette Eucharistie que nous recevons pour vivre, vivre vraiment, pour aimer et se laisser aimer, pour être des porteurs de miséricorde.
III – Vivre le dimanche : Dieu, les frères, et moi
Il s’agit peut-être, c’est l’occasion aujourd’hui, de revenir sur ce dimanche, premier jour de la semaine, que Jésus invente dans ce texte, puisqu’il apparaît une première fois le jour de la résurrection, et huit jours plus tard. Et le récit suivant qui sera la pêche miraculeuse avec ses disciples, ce sera encore un dimanche. Donc Jésus invente le dimanche, et chaque dimanche, c’est l’occasion pour nous de faire mémoire des merveilles de Dieu.
Alors dans l’histoire, et nous faisons mémoire de cet événement de la mort et de la résurrection du Christ à la messe. C’est l’occasion de faire mémoire des merveilles de Dieu tout au long de notre semaine, et de rendre à Dieu ce qui est à Dieu. C’est l’occasion d’accueillir le don de Dieu, d’accueillir la force de Dieu pour être rempli de son amour, et que cet amour déborde de nous tout au long de la semaine. Oui, il s’agit d’être en relation avec le Père, par Jésus, avec Jésus, en Jésus, en accueillant sa miséricorde, en accueillant son cadeau, l’Esprit Saint.
Il s’agit, le dimanche, il s’agit d’être en relation avec les frères.
Si nous sommes dans cette église, nous ne nous sommes pas choisis, nous sommes ici, alors ça peut être parce que nous habitons le quartier, ça peut être aussi un peu par hasard, parce qu’on passait par là. Et voilà que dans cette église, nous sommes tous frères, et donc nous avons à prendre soin les uns des autres. Est-ce qu’aujourd’hui, je vais avoir un temps dans ma journée pour honorer mes frères ? Pour faire grandir la relation avec eux ? Alors quand on parle de frères, on ne parle pas simplement de famille physique, ça c’est un peu trop petit, il faut élargir. Comment est-ce que je fais ?
Et puis creuser encore la relation avec soi-même aussi, se recentrer sur ce qui est essentiel. Le dimanche nous est donné, non pas comme un jour de repos qui nous préparerait à bien travailler la semaine prochaine. Le dimanche nous est donné comme le jour où nous pouvons vivre vraiment, sans être esclaves de toutes nos activités qui parfois nous troublent et nous perdent.
Un bon dimanche, c’est un dimanche que l’on a préparé, un dimanche où on a su qu’à quel moment nous allions prier. Un bon dimanche, c’est un bon dimanche que nous avons préparé, à quel moment nous serons en relation avec ceux que nous aimons ou ceux que nous aimons moins d’ailleurs. Un beau dimanche, c’est un temps où nous aurons aussi pris du temps avec nous-mêmes, sans nous laisser disperser par tous les appels de la vie du monde.
En prenant ce temps, en apprenant, en réapprenant peut-être à s’arrêter le dimanche, et bien nous pourrons accueillir le don de Dieu, cet Esprit-Saint, cette miséricorde. Et l’ayant accueilli, alors elle pourra déborder de nous. C’est le cœur du grand commandement : « Écoute Israël, le Seigneur notre Dieu est un, tu l’aimeras de tout ton cœur, de tout ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force. Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». C’est cela la définition d’un dimanche.
Écoute, mets-toi en réception, accueille. Et alors, alors quand tu as accueilli le don de Dieu, alors celui-ci peut déborder de toi, et tu peux aimer en vérité. C’est notre appel. Et de fait, si nous apprenons à vivre nos dimanches, nous n’en ayons aucun doute, nous serons des témoins.