2026-08-30 – 22e dimanche de To A
Jr 20, 7-9 ; ps 62 ; Rm 12, 1-2 ; Mt 16, 21-27
par l’abbé Gaël de Breuvand
Dimanche dernier nous étions dans la région de Césarée de Philippe et nous avons entendu la joie de Jésus qui a entendu Pierre proclamer la foi. « Heureux es-tu Simon fils de Yonas, ce n’est pas la chair et le sang qui t’ont révélé ceci, mais mon Père qui est aux cieux ». Et là nous sommes toujours dans la région de Césarée de Philippe. Jésus enseigne et Pierre prend à nouveau la parole et là il se fait rabrouer sévèrement. « Tes pensées ne sont pas celles de Dieu, mais celles des hommes ». « Passe derrière moi Satan », autrement dit adversaire.
Pierre est passé du plus haut au plus bas en bien peu de temps. Et pourtant entre Pierre et Jésus il y a bien une histoire d’amour.
I – Dieu, amoureux de nous
Une histoire d’amour dont Jérémie – sept siècles avant – rendait compte.
« Seigneur tu m’as séduit et j’ai été séduit ». Oui, Dieu est d’abord un amoureux de nous. Soyons-en sûrs, il nous aime à la folie, il veut notre bien et notre bonheur. Mais comme il est Dieu, il n’a pas nos limites. Nous quand on aime vraiment quelqu’un, on voudrait presque le mettre dans une boîte avec beaucoup de coton pour éviter qu’il n’y ait aucun problème. Dieu qui nous aime, il veut que nous grandissions donc il nous permet d’avoir des problèmes. Il nous permet de faire des mauvais choix. Il nous permet même de nous opposer à son projet. Et de fait Jérémie, on l’a entendu, il n’est pas très satisfait de sa mission.
Il doit crier, « proclamer violence et dévastation » et ‘j’aimerais bien ne plus avoir à dire ça. Et pourtant, je suis aimé par Dieu et j’aime Dieu, alors je veux le faire pour lui’. Oui, la parole de Dieu est pour lui – c’est ce que témoigne Jérémie – « la parole de Dieu est comme un feu brûlant dans mon cœur ». Et c’est ce que Dieu veut faire pour chacun de nous. Mais il ne le fera pas sans nous. Ce feu brûlant d’amour qu’il veut allumer dans nos cœurs, il ne l’allumera effectivement que si nous voulons nous laisser brûler. Alors Jérémie, sans aucun doute, n’est pas du tout dans une position confortable, mais sans aucun doute aussi, il est heureux car il est à sa place. Il brûle de l’amour de Dieu.
II – S’offrir, c’est vivre en chrétien
Cet acte de la liberté que nous sommes invités à poser pour nous laisser brûler par Dieu, c’est Saint Paul qui nous en fait témoignage dans la deuxième lecture, dans ce passage de la lettre aux Romains, au chapitre 12. « Je vous exhorte, frère, par la tendresse de Dieu, à lui présenter votre corps, votre personne tout entière, en sacrifice vivant, saint, capable de plaire à Dieu. » Cette parole-là, on l’entend, on l’entend même à des mariages, et souvent on l’entend un petit peu comme « oui, c’est une bonne pensée spirituelle, c’est bien le dimanche matin d’élever un petit peu nos esprits. » Mais en fait, il s’agit de prendre sérieux cette parole, ce sacrifice vivant, cette offrande sainte, ce don total de nous-mêmes que Saint Paul nous invite à faire, eh bien, il faut le prendre au sérieux. Ce n’est pas simplement de se dire « ok, moi le dimanche matin de 9h à 10h, je suis chrétien. » Non, il s’agit d’être chrétien à chaque heure.
Il s’agit de vivre en chrétien. En ce qui me concerne, il y a quelques années, vous le savez, j’ai été militaire, et j’ai toujours été chrétien, dans le sens où j’ai toujours cru que Dieu était Dieu. J’ai toujours cru que le Christ était le Sauveur. J’ai toujours cru que l’Église était le moyen que Dieu avait choisi pour se faire connaître à nous, que l’Église avait les paroles de la vie éternelle.
Mais vivre en chrétien, qu’est-ce que c’était difficile… Alors, ça l’est toujours. Mais à l’époque, j’ai trouvé ça tellement difficile que j’allais à la messe le dimanche, et que le reste du temps, j’avais laissé tomber. Je ne vivais pas en chrétien. Alors, mon expérience montre qu’au bout d’un certain temps, ça devient lassant de ne pas vivre en chrétien. Il y a une sorte d’un petit goût de cendre dans tout ce qu’on fait, de tout ce qu’on vit, parce qu’on n’emmène rien de tout cela au paradis.
C’est la question de Jésus. « Quel avantage un homme aura-t-il à gagner le monde entier si c’est au prix de sa vie ? » « Que pourra-t-il donner en échange de sa vie », cette vie éternelle, cette vie de relation, cette vie d’amour ? C’est la seule qui compte. C’est la seule qu’on emmène au paradis. Et quand on décide de ne pas vivre comme cela, de s’intéresser juste à notre vie physique, à une vie de la chair, qui implique aussi mon intelligence, mais une vie terrestre quoi, eh bien, très vite, il y a un goût d’inachevé, un goût d’incomplet. Alors, il s’agit de prendre au sérieux cette parole de Paul : « Présentez-lui votre corps, votre personne tout entière ».
Cela veut dire tout. Du matin quand on se réveille, au soir quand on se couche, nous pouvons offrir ce que nous pensons, ce que nous disons, ce que nous faisons. Nous pouvons offrir ce que nous choisissons, tout ce que nous vivons, tout ce que nous aimons. Se donner au Seigneur, dans un acte, dans une offrande parfaite, c’est ce qu’a fait Jésus, bien sûr, avant nous. Et c’est seulement grâce à Lui que nous pouvons le faire aussi. En fait, c’est pour cela que nous venons à la messe. C’est parce qu’en fait, cette offrande nous dépasse. Nous ne savons pas faire. Alors, nous demandons à Jésus de nous emmener avec lui dans l’Offrande.
III – Pas de vie chrétienne sans la croix
Jésus, avec ses disciples, juste après cette confession de foi, leur explique, il ne leur ment pas. Il leur dit, vous savez, être mon disciple, être chrétien, cela implique des persécutions, des difficultés, des combats. Et nous avons entendu la réaction de Pierre.
Qu’est-ce qu’elle est naturelle, cette réaction de Pierre. « Non Seigneur, pas toi ». Et on entend bien Pierre à ce moment-là, d’une certaine manière, alors qu’il avait été nommé l’Intendant du Seigneur. Il a été nommé le premier pape, celui qui était le gardien du projet de Dieu. Là, brutalement, il se prend pour Dieu. Et il explique à Jésus ce qu’il doit faire. Ça aussi, ça peut être une tentation pour nous. ‘Seigneur, Seigneur, que ma volonté soit faite’. Ça peut être une tentation pour nous. En réponse, il s’agit de prendre la place du disciple. Celui qui suit, passe derrière Jésus : ‘Reprends ta place’. Le disciple, qui vient de ‘disceo’ en latin, c’est celui qui se met à l’écoute. Celui qui a les oreilles ouvertes et qui reçoit ce qui est donné, parce que c’est bon pour nous. Nous voulons, oui, être des disciples. Et du coup, ça veut dire qu’il faut se laisser bousculer, il faut se laisser déplacer, parce que nous, naturellement, nous avons un petit peu tendance à vouloir prendre une place qui n’est pas tout à fait la nôtre… Si nous étions Dieu, on ferait les choses tellement mieux…
Évidemment, il faut entrer dans cette humilité-là, celle de la Croix. Ce que nous dit Jésus, c’est que le chemin du bonheur et de la joie, c’est vraiment être chrétien, c’est vraiment être disciple de Jésus, c’est vraiment… Ce que nous dit Jésus aussi, c’est que ce ne sera pas confortable, ça n’est pas confortable. Jésus ne nous promet pas la facilité et le confort.
Il nous promet le bonheur par l’amour, et c’est bien meilleur.