Homélie du 22e dimanche du Temps ordinaire, Année C, 31 août 2025.

Par l’abbé Gaël de Breuvand
il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.
I – Jésus, fils de son temps, invité de marque à table
Jésus est souvent invité à des grands repas. C’est l’occasion pour les gens, autour de lui, de l’observer, de le regarder. Nous, nous avons un peu perdu le contexte : les Romains, les Antiques, les Grecs, et les Juifs, qui avaient repris les habitudes grecques, avaient élevé les arts de la table à un niveau assez élevé. Mais ce qui comptait le plus dans un repas, ce n’était pas ce que l’on mangeait – on n’en d’ailleurs pas trace dans l’évangile, on ne sait pas ce qu’ils mangent…- Ce qui comptait le plus quand ils recevaient, c’était la conversation. Il y avait un art de la conversation à table. Occasion d’échanger, de se faire grandir les uns les autres. Et Jésus, en bon fils de son temps, c’est ce qu’il fait. A table, il fait grandir les autres. Nous le savons d’autant plus parce que Jésus lui-même est Parole de Dieu. Il est nourriture. Et il se donne là, comme il se donne dans quelques instants.
Alors Jésus, face à ces pharisiens, va encore une fois les secouer. On pourrait se dire que s’il secoue les Pharisiens, c’est parce qu’il ne les aime pas. Parce que vraiment les Pharisiens sont insupportables. En fait, c’est juste l’inverse. Vous le savez d’ailleurs. Quand on n’aime pas quelqu’un, on se désintéresse de lui. Quand on aime quelqu’un, on veut le voir progresser. Ça, c’est un message pour les enfants : si vous vous faîtes gronder par vos parents, c’est parce que vos parents vous aiment. Il secoue les Pharisiens, parce que souvent, les Pharisiens ont raison. Ils sont des amoureux fous de la Parole de Dieu. Ils veulent la suivre à la lettre. C’est le problème… Quand on a choisi un engagement de vie, on laisse un peu tomber des choses sur le côté. Du coup, les Pharisiens veulent tellement suivre à la lettre, ils veulent tellement cocher la case, qu’ils en oublient de prendre soin des personnes qui sont en face d’eux. Et donc Jésus les secoue et il les appelle à l’humilité.
II – la vertu d’humilité
C’était le thème de la première lecture. Ben Sira le Sage nous enseigne ce qu’est l’humilité. Il nous enseigne que l’humilité est une condition pour entrer dans le Royaume de Dieu. C’est bien pour cela que Jésus donne une parabole. Une parabole, ce n’est pas un code social que Jésus nous donne. C’est un chemin pour entrer dans le Royaume de Dieu. Et donc Jésus ouvre un chemin d’humilité. Choisir la dernière place. Alors, je mets en garde car il y a une tentation : il peut y avoir l’orgueil de la dernière place. « Moi, je prends la dernière place, forcément. Je me bats pour ne pas avoir une place davantage devant ». Quand au XIIIe siècle les ordres mendiants ont été fondés (les Franciscains, les Dominicains, les Carmes et les Augustins), ils se sont battus pour avoir la dernière place. Au point que l’Eglise par la voix du pape, a été obligée de trancher. Ce sera les Frères mineurs, ensuite les Dominicains. Donc prudence… Soyons vraiment ce que Jésus nous invite à être, des humbles, au sens le plus vrai du terme et peut-être en trouve-t-on le sens en regardant l’étymologie.
L’Humilité est de la même racine que le mot humus. Humus, c’est la bonne terre, dans laquelle on va pouvoir faire pousser des choses. Et la Parole de Dieu est comme une bonne semence. Alors soyons une bonne terre. Ayons le cœur ouvert pour accueillir cette Parole, pour accueillir les autres qui nous sont donnés. Et alors, nous pourrons laisser grandir en nous la Parole de Dieu, l’Amour de Dieu, nous pourrons laisser grandir les autres. C’est cela l’humilité. Avoir le cœur ouvert. C’est le cœur de la Bible. Vous savez, quand le Pharisien s’approche de Jésus et lui demande : « Quel est le plus grand commandement de Dieu ? » Dans saint Marc, Jésus répond : « Ecoute Israël ! Le Seigneur notre Dieu est un. Tu l’aimeras de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force. Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Si on s’intéresse à ce qui est écrit, le commandement, le verbe à l’impératif, c’est « Ecoute ! » Ouvre ton cœur. Sois humble. Accueille le cadeau qui t’es fait. C’est juste l’inverse de la morale de notre temps. La morale de notre temps, c’est plutôt : « Monte, puis écrase un peu les autres en passant. Ce n’est pas grave. Au contraire ». Evidemment Jésus, à l’époque déjà, était complètement décalé. Il nous invite à entrer dans cette démarche d’humilité, le cœur ouvert. « Ecoute Israël ! ». C’est tellement important ce « Ecoute Israël ! », que les Juifs, encore aujourd’hui, tous les matins, prient : « Sh’ma Yisraël Ado-naï Éloheinou Ado-naï ehad. »
III – les yeux fixés sur Jésus-Christ
Alors concrètement, pour nous aujourd’hui, qu’est-ce que cela veut dire ? ça tombe bien, car aujourd’hui, je vous suis donné comme curé. Et donc il va falloir que vous ayez le cœur ouvert pour m’accueillir tel que je suis. Je ne suis pas pareil que mon prédécesseur. Mais la réciproque est vraie. Je suis là et il me faut ouvrir mon cœur pour vous accueillir, tels que vous êtes.
Le grand champion de l’humilité, c’est bien évidemment Jésus. C’est Lui qui est notre modèle. C’est sûr Lui qu’il faut garder les yeux fixés. C’est ce que nous célébrons aujourd’hui. Jésus lui-même vient se donner sous cette toute petite apparence. Sous cette humble matière qu’est le pain, et un pain même pas très bon. Nous allons le laisser entrer dans nos cœurs, en lui demandant : « Seigneur, fais que nous te ressemblions. Rends nous humble comme toi, pour que nous puissions t’accueillir et que l’Amour dont tu veux nous combler jaillisse de nous comme une source pour les autres ; Fais nous ressembler à toi pour que nous soyons accueillants à ceux qui sont autour de nous, nos voisins devant, tous ceux que nous rencontrons, et que nous soyons bonne terre pour que ta Parole croisse dans nos vies, pour que les autres puissent grandir à notre contact ».