Sur la montagne, le cœur de la foi

Le 1er février, 4e dimanche de TO – A,
par l’abbé Gaël de Breuvand
So 2, 3 ; 3, 12-13 ; ps 145 ; 1 Co 1, 26-31 ; Mt 5, 1-12

Nous avons ouvert notre célébration en chantant « Allons à la montagne de Dieu », et voilà que Dieu est présent sur la montagne, celle des Béatitudes. Il s’assoit – la posture des enseignants par excellence – Il ouvre la bouche, et nous parle. Ces mots qui ont 2000 ans résonnent aujourd’hui et actuellement sont vrais pour nous.

I- Le projet de Dieu, c’est notre bonheur

Ce texte des Béatitudes, nous le connaissons par cœur, ou plutôt, il serait bien que nous le connaissions par cœur. C’est un texte étonnant, qui nous plaît, au premier contact, qui que nous soyons. C’est d’ailleurs assez étonnant : des gens qui ne mettent pas les pieds à l’église d’ordinaire, et qui sont là pour un baptême, un mariage, des funérailles ou une communion, disent : je veux entendre ce texte à la messe. Pourquoi ? D’abord, parce qu’après l’exhortation de Jésus « Convertissez-vous, croyez en l’Évangile », Jésus nous explique ce qu’est cet Évangile. L’Évangile, c’est le chemin du bonheur, « heureux », et si on ne l’a pas compris, Jésus le répète neuf fois ! Le chemin du bonheur, c’est Lui. Ce que Lui veut pour nous, c’est que nous trouvions le bonheur. Et cela, normalement, cela console, on est fait pour le bonheur, pour la vraie joie… Nous sommes faits pour cela.

Puis, si on le lit de près, ce texte est étonnant, car paradoxal. « Heureux les pauvres » : moi, naturellement, je me dis que ce sont les riches qui sont heureux. « Heureux ceux qui pleurent », « heureux ceux qui ont faim et soif, heureux ceux qui sont persécutés », et là on peut se dire que Jésus nous invite sur un chemin qui est quasiment inhumain ! « Heureux êtes-vous si on vous insulte, si on vous persécute, si l’on dit faussement toute sorte de mal contre vous à cause de moi ». Je vais vous renvoyer à un petit texte que le pape François a écrit il y a quelques années – cela devait être en 2016 – qui s’appelle justement « Réjouissez-vous, soyez dans l’allégresse ». Gaudete et exultate, ce petit texte du pape François est une merveille, une perle sur le chemin de son enseignement, et que nous pouvons reprendre. Ce n’est pas un texte très long, et c’est très concret. Il relit toutes les Béatitudes et montre comment nous pouvons les mettre en œuvre : c’est le chemin de la simplicité, de la pauvreté, le chemin de la sobriété, de l’amour tout simple, la petite joie que nous donnons au quotidien. Nous sommes faits pour cela.

II- L’homme des Béatitudes, c’est Jésus

Mais en s’arrêtant à une liste de choses à faire, il va nous manquer quelque chose d’essentiel. Jésus, dans ce discours des Béatitudes, nous donne l’objectif à atteindre, le projet de Dieu pour nous ; mais Il nous donne d’abord un portrait, le portrait de celui qui est dans la joie. Et le portrait de celui qui est dans le plus grand bonheur, c’est Jésus ! Le pauvre par excellence, c’est Jésus. Celui qui pleure, c’est Jésus. Celui qui est doux, c’est Jésus. Celui qui a faim et soif de justice, c’est Jésus. Il est celui qui est cœur pur, artisan de paix, celui qui est persécuté pour la justice, celui qui est insulté, persécuté, c’est Jésus. Donc, quand nous relisons ce texte, regardons Jésus. Et alors s’accomplit une chose étonnante, c’est que le bonheur et la joie nous sont donnés.

C’est la Première Lecture : « Cherchez le Seigneur », oui, il y a du travail à faire, nous avons à nous mettre en route, à monter sur la montagne de Dieu, nous avons à ouvrir notre cœur et notre intelligence, nous avons à lire, à prier, à servir et à donner. Mais, c’est Dieu qui fait le reste. « Je laisserai chez moi un peuple pauvre et petit. » C’est nous, ce peuple pauvre et petit, il y a 60 000 habitants sur le territoire et nous sommes 400 dans cette église… Mais un cadeau nous est fait, ce petit peuple pourra paître et se reposer, nul ne viendra nous effrayer. C’est la promesse que Dieu nous fait dans l’Ancien Testament, cette promesse que Jésus vient accomplir : nous sommes faits pour être heureux et ne pas avoir peur. C’était encore ce que saint Paul nous disait : « Ce qui est modeste et méprisé dans le monde, voilà ce que Dieu a choisi pour manifester Sa gloire ».

III- Se donner pour servir

Nous ne sommes pas vraiment remarquables ni brillants, nous ne sommes même pas exemplaires… C’est d’ailleurs un reproche que l’on nous fait souvent : ‘vous les chrétiens, vous êtes un peu hypocrites, vous n’êtes pas meilleurs que les autres !’ Et malheureusement, c’est vrai, nous ne sommes pas meilleurs que les autres ; mais nous savons que nous sommes aimés, nous savons que nous avons un bon Berger, nous savons que nous avons un Père qui ne se lasse pas de nous aimer, qui ne se lasse pas de nous relever, qui ne se lasse pas de nous pardonner.

Un petit mot tout particulier pour les scouts, louveteaux, louvettes, compagnons, pionnier, caravelles, farfadets, qui êtes là. En choisissant d’entrer dans ce mouvement du scoutisme, cette idée géniale de Baden-Powell, développée par le père Sevin depuis des générations, cela fait plus d’un siècle que cela fonctionne : vous choisissez de vous mettre au service de quelque chose de plus grand que vous. Ce n’est pas simplement mon petit moi personnel qui est important : je compte, je ne suis pas rien, mais je suis quelque chose parce que je suis aimé, d’une part, et parce que ma vie, je la donne. Je ne trouve mon bonheur et ma joie que si je donne ma vie. Vous servez quelque chose de plus grand que vous, c’est le groupe, la communauté, l’unité – ce sont tous de beaux mots -. Vous servez quelque chose de plus grand que vous, c’est Dieu Lui-même qui veut pour chacun d’entre nous le bonheur et la joie.

 

C’est la conclusion : Dieu veut que nous soyons heureux, c’est Son projet, Il veut que chacun de nous soit heureux. Il nous appelle, chacun, et Il nous dit : tu vois celui qui est près de toi, à côté de toi, celui qui est ton prochain, Je veux son bonheur et sa joie, et Je te choisis, toi, pour travailler à ce bonheur. Je te choisis, toi, pour l’aimer en mon nom. C’est ce que Dieu veut pour nous, c’est le vrai chemin du bonheur, et de la vraie joie. Nous sommes faits pour aimer, et nous laisser aimer. Nous sommes faits pour être heureux.