Homélie du dimanche 29 mars 2026,
en la solennité des Rameaux, année A,
par l’abbé Gaël de Breuvand
Nous avons, au début de cette célébration, acclamé le Seigneur comme le Roi qu’Il est ; nous l’avons fait comme les foules l’ont fait, et peut-être avec la même tentation, c’est-à-dire, non pas d’acclamer le ‘Fils de Dieu’ mais plutôt ‘Superman’ ; Un Superman qui nous protégerait de n’avoir aucun problème.
Mais voilà, Jésus, qui vient habiter parmi nous, ne nous protège pas comme Superman, Il ne nous promet nullement que nous n’aurons pas de problème : bien au contraire ! C’est ce que dit Jésus : « Je serai pour vous une occasion de chute », et peu après « Ils s’enfuirent tous », tous les disciples l’abandonnèrent. Ils s’enfuirent…
Jésus, Fils de Dieu, dans l’évangile selon saint Matthieu que nous venons de lire au chapitre 16, à peu près au milieu de l’évangile, pour lui Pierre avait eu ces mots : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Oui, le Christ est vraiment Fils de Dieu, et Dieu, Lui-même, est venu habiter notre monde ; mais Il n’est pas venu abolir la souffrance, qui existe toujours. Il n’est pas venu l’expliquer : bien souvent, elle n’a pas de sens… Mais Jésus est venu vivre la souffrance avec nous, Il est venu la remplir de Sa présence. C’est Paul Claudel qui écrivait cela à une jeune femme paralysée. Jésus est avec nous.
Dans l’évangile, une fois que Jésus a remis l’Esprit, on a cet événement : voici que le rideau du sanctuaire se déchira en deux. Ce rideau, c’est un voile, un voile qui séparait le « Saint », une pièce dans laquelle les prêtres peuvent rentrer, du « saint des saints », une pièce vide dans laquelle rentrait une seule fois par an le grand prêtre. Et voilà que le ‘saint des saints’ est ouvert : il y a un dévoilement. Dieu se montre tel qu’Il est et nous aime à la folie, jusqu’à donner Sa vie pour nous, et jusqu’à vivre ce que nous vivons, y compris tout au fond du trou. Pour que Jésus s’écrie « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-Tu abandonné ? », nous devons être convaincus qu’Il a ressenti l’isolement, la souffrance, au plus haut point. Jésus nous dévoile que la victoire de Dieu dans notre monde, ce n’est pas une victoire par les armes. Il le disait : celui qui emploie l’épée mourra par l’épée. Non, le chemin du Christ est un chemin d’amour ; Dieu nous aime, et le Christ nous aime, tous chacun, Il aime peut-être tout particulièrement ceux qui sont en train de Le maltraiter. Il nous aime particulièrement, même quand nous Le maltraitons.
Ce chemin de l’amour que nous sommes invités à arpenter à la suite de Jésus, nous pouvons peut-être nous dire qu’il est trop dur pour nous. Et donc, comme les disciples, nous sommes tentés de dire : non, je ne connais pas cet homme. ‘C’est trop dur, c’est trop grand pour moi’. Peut-être que je vais un peu déformer Son message, peut-être que je vais m’enfuir ? Mais Dieu, Jésus en mourant sur la Croix nous fait un dernier cadeau. Chez saint Matthieu, c’est la parole : « Il rendit l’Esprit dans un grand cri. » Il est compliqué de traduire le grec en latin, en français… Dans tous les cas, on peut voir ce « Rendit l’Esprit » avec un E majuscule : Il rend l’Esprit, Dieu, à qui ? Au Père, dans un acte d’offrande, Il se donne au Père comme Il l’a toujours fait. Mais Il nous donne aussi cet Esprit, afin que nous puissions aimer comme Lui aime, Il nous donne de trouver un sens à tout ce que nous vivons, Il nous donne de pouvoir arpenter – non sans chute – mais de pouvoir parcourir le chemin que Lui a suivi : Le chemin qui est celui de l’amour : apprendre à travailler à la joie des autres, et accueillir la joie qui nous est donnée. Apprendre à aimer, et à se laisser aimer.