La Foi, un cadeau à recevoir, une réponse à donner

Homélie du 28e dimanche de TO, année C,
par l’abbé Gaël de Breuvand, 12 octobre 2025.
C’est la transcription d’une prédication orale, les titres sont ajoutés après relecture.

2R 5, 14-17 ; Ps 98 ; 2 Tm 2,8-13 ; Lc 17,11-19

Ces dix lépreux font preuve d’une certaine foi : ils ont confiance en Jésus, ils croient que ce Jésus, ce rabbi qui parcourt la Terre Sainte, est capable de les guérir. Et lorsque Jésus les renvoie sans les avoir guéris, en leur disant : « allez vous montrer aux prêtres », ils y vont et, en soi, c’est déjà un très bon point. Sur le chemin, ils sont guéris, et un seul revient. On entend cette déception de Jésus, même s’il ne leur avait pas demandé de revenir, mais uniquement d’aller se montrer aux prêtres.

I – La foi, don de Dieu

La foi, c’est d’abord un cadeau de Dieu, on l’a prononcé dans l’oraison, la prière d’ouverture, tout à l’heure. C’est cette grâce qui nous devance. Nous ne l’avons pas méritée, c’est un cadeau de Dieu. Dans quelques instants, Albane va recevoir la foi : elle ne l’a pas méritée, et ses parents non plus. C’est Dieu Lui-même, qui nous aime tant qu’Il veut établir une relation privilégiée avec chacun d’entre nous ; et cette relation, c’est la foi.

J’aime bien dire que la Foi, c’est comme un port USB : si nous sommes, chacun de nous, un petit ordinateur, nous avons besoin d’établir des relations, avec les autres, et avec Dieu. Et la relation avec Dieu, c’est la Foi, comme un port USB qui serait installé en nous de manière définitive au jour de notre baptême. Et par ce port USB dont nous allons apprendre le mode d’emploi – c’est la question que j’ai posée aux parents d’Albane tout à l’heure, à savoir : « vous devrez lui apprendre à connaître Jésus, à vivre les commandements, à aimer Dieu et son prochain comme le Christ nous l’a enseigné, êtes-vous conscient de cela » ; c’est cela, le mode d’emploi de cette foi ! – alors, en déployant ce mode d’emploi, ils vont pouvoir accueillir les données du serveur central, autrement dit, l’amour de Dieu. Albane va être remplie de cet amour de Dieu. Et nous pouvons pousser la métaphore un peu plus loin : une fois que nous devenons des ports USB, on peut « upgrader » et passer à l’USB2 : c’est la confirmation ; et puis après, il y a d’autres versions de l’USB3 : c’est le sacrement du mariage, ou le sacrement de l’ordre, la consécration religieuse… tous les engagements de vie. C’est un cadeau que Dieu nous fait, de manière absolument gratuite, parce que c’est Lui qui veut nous connecter à Lui. Dieu nous fait don de cette vertu théologale de foi, et c’est gratuit !

II – La réponse du croyant

Si on relit l’évangile, concernant ces dix lépreux, la foi avait donc été déposée dans leurs cœurs, suffisamment pour qu’ils s’approchent de Jésus en s’écriant Jésus, « Maître, prends pitié de nous », parole qui montre qu’ils croient vraiment que Jésus est véritablement un envoyé de Dieu, une sorte de plénipotentiaire de Dieu. Donc, il y a bien une foi chez eux. Et, pourtant, il manque quelque chose. Car, une fois qu’on a la foi, qu’est-ce qu’on en fait ? C’est la question posée par cet évangile : comment répondons-nous aux dons de l’amour de Dieu ? Quelle réponse ? L’exemple qui nous est donné, c’est évidemment ce samaritain, l’étranger, qui vient accomplir la bonne chose. Et que fait-il ? Il vient rendre gloire à Dieu, en se prosternant face contre terre, aux pieds de Jésus. Il Le reconnaît comme Dieu, il proclame Sa gloire, il Lui rend grâce. Et rendre grâce, en grec, cela se dit « eucharistein »…

Finalement, si nous voulons répondre à l’amour de Dieu d’une manière ajustée, il s’agit de rendre grâce à Dieu, et la plus belle des actions de grâce – on en a parlé ce matin avec les enfants du caté – c’est la messe. Nous sommes rendus présents à cet événement de la mort et la résurrection du Christ, nous sommes invités à nous nourrir de la vie de Dieu, pour vivre une action de grâce, la plus belle, la plus grande des actions de grâce. « Eu » en grec, cela veut dire « la bonne », « la très bonne ». Nous sommes appelés à répondre à l’amour de Dieu par une action de grâce. Il s’agit de rendre amour pour amour, il s’agit de rendre au Seigneur ce qu’Il nous donne : Il nous donne Sa vie et Son amour, eh bien nous sommes invités, nous-aussi, à donner notre vie, notre amour.

III – La Foi, la vertu qui s’appuie sur notre intellect

C’est cela, Augustin et Maylis, le mode d’emploi que vous allez transmettre à Albane. Vous avez dit oui, donc c’est un travail que vous allez accomplir pour les vingt prochaines années… Chaque chose à sa place, en son temps, évidemment ; mais il va falloir aussi, et c’est peut-être ma conclusion sur la foi, nourrir son intelligence. Parce que la foi, c’est une vertu théologale au même titre que les deux autres vertus que sont la charité et l’espérance ; chacune des vertus, ces dons de Dieu qui sont bonnes habitudes du cœur, viennent s’implanter dans une faculté humaine. Ainsi, l’Espérance vient s’implanter dans notre mémoire. C’est parce que nous nous souvenons des merveilles de Dieu dans nos vies et dans l’histoire du monde que nous pouvons être en confiance : demain, dans les épreuves, Dieu est avec nous. L’Espérance, ce n’est pas forcément que cela ira mieux, non, mais Dieu est avec nous, et nous avons cette promesse d’éternité. La Charité, cet amour de Dieu à la manière de Dieu, vient s’implanter dans la faculté de la volonté : nous choisissons d’aimer, nous choisissons de donner nos vies pour la joie de ceux qui sont autour de nous. Et la Foi vient donc se connecter à notre intellect, à notre capacité de raisonner, notre capacité de mettre ensemble ce que Dieu nous dit pour en faire un programme de vie. Parce qu’une Foi vivante, c’est une foi qui vit : où l’on aime, et on se laisse aimer.

Alors, nous nous réjouissons parce que dans quelques instants, l’une d’entre nous va être pleinement accueillie comme une enfant de Dieu : elle va être comblée de l’amour du Seigneur, et c’est l’occasion, pour nous tous, de faire mémoire, de ce jour où – il n’y a pas longtemps ou, au contraire, très longtemps – nous avons été baptisés et nous avons-nous-mêmes été plongés dans cet amour.