Homélie de la messe du jour de Noël, 25 décembre 2025
Par l’abbé Gaël de Breuvand
Is 52,7-10 ; Ps 97 ; He 1,1-6 ; Jn 1,1-18
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.
I – L’acte de création, comme un chant
Vous avez remarqué ? J’ai chanté l’évangile. Peut-être que certains, en entendant la première note, se sont dit : ‘ça va être long !’
C’était exprès ; On dit qu’en Dieu, il y a le Père et le Verbe de Dieu, la Parole de Dieu, que l’on appelle aussi le Fils et il y a aussi l’Esprit saint. On utilise donc ce terme de ‘Verbe’, de ‘Parole’, – vous savez dans une phrase, le verbe est le mot qui donne sens à la phrase, parce que « Je… à la maison », est-ce que j’y vais, est-ce que j’y suis, est-ce que j’y reste ? J’ai besoin du verbe pour avoir le sens – . Le Verbe de Dieu est donc ce qui donne sens à toute chose. Donc ce Verbe, on le traduit par Parole, – et on a raison, c’est une bonne traduction –. Mais ce n’est pas suffisant.
Saint Augustin, par exemple, suivi par de nombreux pères de l’Eglise et des théologiens plus récents, vont nous dire : ‘En fait, ce Verbe, c’est le chant de Dieu’. Et quand on dit « un chant », cela veut dire qu’il y a une harmonie. Cela veut dire que chaque chose est à sa place. Il y a un ordre. Vous le savez, si nous voulons chanter ensemble, il faut que nous prenions soin des uns des autres : il faut nous écouter nous-mêmes, il faut que nous nous écoutions les uns les autres, il faut que nous regardions celui qui donne la mesure. Et chacun va être soit sur la même note, soit sur des notes différentes, de telle sorte à créer une harmonie. Dieu a créé le monde comme dans un chant, pour que toute chose soit en harmonie et « Dieu vit que cela était très bon ». Chaque chose est à sa place ; l’harmonie règne. La paix est donnée. C’est l’action du Verbe de Dieu.
II – l’Incarnation, début d’un « chant nouveau », car un diapason nous est donné !
Et vous le savez comme moi, cette harmonie n’est pas toujours présente. Parce que Dieu a voulu faire de nous des instrumentistes dans le même orchestre que Lui. Et comme instrumentistes, nous ne sommes pas très bons. Chacun de nous à tendance à vouloir jouer sa propre partition, sans faire attention au reste. C’est ce que l’on appelle le péché. Et c’est la disharmonie ; C’est terrible, car on a comme une attirance pour cette disharmonie. On préfère s’occuper de notre nombril, de notre confort, de notre convoitise de tout de suite et maintenant… plutôt que d’être soucieux de la partition tout entière. Et Jésus vient. Le Verbe de Dieu, celui qui donne le LA, celui qui donne la mesure, celui qui donne la bonne note. Il est venu s’incarner, – Dieu lui-même ! –, Il est venu s’incarner pour nous donner la note. Et en le regardant Lui, en se mettant à son écoute, en recevant ce qu’Il veut nous donner, alors, tout devient possible. L’harmonie devient à nouveau envisageable.
« Au commencement, était le Verbe… » ; au dernier jour, le Verbe viendra dans sa gloire pour nous accueillir. Et sur ce chemin, le Verbe est venu habiter notre monde pour nous sauver. Hier à la messe de la nuit, nous avons assister à la naissance d’un petit enfant ; Rien d’extraordinaire ; c’est la théologie de saint Luc ; on regarde ce que l’on voit ; qu’est-ce que l’on voit ? On voit un petit enfant, et à cause des évènements qui entourent cette naissance et à cause des évènements de sa vie ensuite, nous découvrons que ce petit enfant est Fils de Dieu, est Dieu lui-même. C’est ce que l’on appelle une théologie ‘ascendante’. On part du sol, de notre terre, et cela nous permet de monter au Ciel.
Aujourd’hui, dans l’évangile, c’était exactement l’inverse. La première chose que l’on a regardé c’est Dieu. Dieu dans la splendeur de son amour, parce que quand l’évangéliste dit : « Le Verbe était auprès de Dieu, et le Verbe était Dieu », en grec, c’est même : « Il était tourné vers Dieu », c’est parce qu’entre le Père et le Fils, il y a un regard d’Amour. L’évangéliste nous montre Dieu dans sa splendeur et nous dévoile que ce Dieu vient habiter parmi les Hommes. « Et le Verbe s’est fait chair et Il a habité parmi nous ». Dieu lui-même vient habiter parmi nous. C’est là une théologie ‘descendante’. On contemple Dieu en premier et on découvre qu’Il vient changer notre monde. C’est pour cela que l’on a attribué l’aigle à saint Jean parce que dans les traditions grecques et romaines, l’aigle était le seul animal, pensaient-ils, capable de regarder le soleil en face. Et saint Jean, en commençant son Évangile, nous fait regarder le Soleil en face : Dieu lui-même.
III – Par Jésus, avec Jésus, en Jésus
« Dieu, personne ne l’a jamais vu. Le Fils unique, Lui qui est Dieu, Lui qui est dans le sein du Père, c’est Lui, qui l’a fait connaître ». Ce que nous dit enfin, en dernier mot, saint Jean, c’est que si nous voulons voir Dieu, si nous voulons rencontrer Dieu, si nous voulons écouter Dieu, si nous voulons parler à Dieu, cela passe par Jésus. Jésus. Il est notre porte d’entrée. Il est le moyen d’accéder à Dieu. Il est le canal par lequel Dieu fait passer tout son amour pour nous. C’est cela le mystère de Noël. ainsi, dans l’Histoire du monde, c’est un pivot. Autour de l’an 752 de Rome, il y a à peu près 2000 ans, lorsque Jésus est né, le monde a été retourné. Dorénavant, notre vie n’est pas destinée à un cycle circulaire où l’on referait toujours la même chose. C’était ce que pensaient les Grecs et avec eux pas mal de religions païennes : pour eux, le monde est un cercle infini et on est condamné à refaire toujours les mêmes choses. Non. Parce que Jésus vient, nous découvrons que ce que Dieu veut, c’est qu’étant créé par Dieu, l’Alpha, nous nous retrouvions auprès de lui l’Oméga. Jésus est le commencement et la fin. Et Il est venu nous le dévoiler, il y a à peu près 2000 ans.
Aujourd’hui, pour nous, que cela implique-t-il ? Qu’il faut que l’on se convertisse ! Que l’on vive vraiment comme des chrétiens. Nous voulons accueillir l’Amour de Dieu pour nous. Eh bien il s’agit pour nous de le donner aux autres. « Ecoute Israël. Le Seigneur notre Dieu est Un. Tu l’aimeras de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute ta force. Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». « Oui, comme ils sont beaux, sur les montagnes, les pas du Messager ». Le messager dont parle le prophète Isaïe, c’est vous, c’est moi. Nous sommes les messagers de la bonne nouvelle de Dieu : Dieu nous aime. Il veut nous combler de sa joie et de son Amour. Et nous sommes chargés de l’annoncer à tous ceux qui sont dehors et qui ne sont pas venus à la messe cette nuit ou aujourd’hui, et qui n’ont pas entendu cette Bonne nouvelle. Dieu est venu habiter parmi nous. Il veut faire de nous ses amis. A tous ceux-là qui n’ont pas entendu, qui leur dira ? C’est notre appel.