
Homélie du dimanche 4 janvier 2026,
en la solennité de l’Épiphanie,
par l’abbé Gaël de Breuvand,
Is 60, 1-6 ; ps 71 ; Ep 3, 2-3a.5-6 ; Mt 2, 1-12
L’Épiphanie est un mot qui vient du grec signifiant « manifestation ». Qu’est-ce qui nous est manifesté ? C’est que ce petit bébé, Jésus, est honoré, vénéré, adoré par trois grands mages qui viennent de l’étranger. Vous le savez, ces mages arrivent avec des présents, qui ont un fort sens symbolique : l’or, c’est le présent qu’on fait aux rois, l’encens, c’est l’offrande qu’on fait à Dieu, et la myrrhe, la myrrhe dont on oint les corps morts, c’est donc l’offrande que l’on fait à un homme qui va mourir. Et il y a également une petite annonce, qui aurait pu être un autre cadeau pour les hommes, c’est que cette mort-là n’aura pas le dernier mot.
Manifestation de Jésus qui se dévoile, qui nous est présenté comme Celui qui est donné à tous, à toutes les nations, et pas seulement aux Juifs. Jésus est en effet le Messie, mais bien pour le monde entier. Comme le disait saint Paul, dans la Deuxième Lecture, « le mystère qui nous est dévoilé aujourd’hui, c’est que toutes les nations sont associées au même héritage, au même corps, au partage de la même promesse. » Quelle bonne nouvelle ! Grâce à cela, nous sommes chrétiens. Heureusement que Jésus nous a donné des signes comme cela ! On le sait bien, dans les premiers temps de la communauté chrétienne, il y avait un peu de tension, entre ceux qui voulaient réserver l’annonce du Christ aux Juifs, et ceux qui avaient reçu cette Parole pour le monde entier. Or Dieu avait manifesté Son intention ici, entre autres.
I – Méditons la Parole, mettons-nous à la place des mages
Premier point : quand nous recevons un texte de la Parole de Dieu, nous sommes invités à le méditer. Il y a plusieurs façons de faire. Une des manières de le méditer peut être de se mettre à la place des personnages. Dans cet évangile, on pourrait se mettre à la place de Marie et de Joseph, on pourrait se mettre à la place d’Hérode, ou des scribes, ou des Pharisiens. Aujourd’hui, on va se mettre à la place des mages : ce n’est pas très original !… Que font-ils, ces mages ? Ils sont d’abord des chercheurs, des savants. Et que cherchent-ils ? Ils cherchent du sens, ils cherchent des réponses, ils ont des questions, et ont besoin de comprendre ‘pourquoi’. Il y a une différence entre un mage qui cherche à répondre au ‘pourquoi’, et un scientifique qui cherche à répondre à la question ‘comment’. Eux cherchent le pourquoi, et ils cherchent la réponse dans les étoiles. Cela manifeste que, dans le cœur de chaque homme, de nous tous, il y a ce désir de sens : nous voulons savoir pourquoi. Et ce désir-là, c’est Dieu qui l’a placé en nous.
En regardant les étoiles, ils constatent l’apparition d’une étoile nouvelle, qu’ils ne connaissent, et pourtant ils ont un peu d’expérience ! Ce n’est pas un événement naturel, ce n’est pas une supernova, non, ils connaissent déjà cela. Ils voient une étoile nouvelle, qui va les faire chercher, et ils découvrent que dans un certain nombre de textes, des traditions disent qu’elle annonce la naissance d’un grand roi : alors ils se mettent en route. Peut-être même qu’ils cherchent déjà un dieu ? Ils se mettent en route. Le Père de Lubac disait : il y a en nous tous comme un creux, un manque, qui ne peut être comblé que par la présence de Dieu. Si nous ne connaissons pas Dieu, nous nous mettons à Sa recherche, même inconsciemment ! C’est ce que le cardinal de Lubac appelait le « désir naturel du surnaturel ». Alors, est-ce que nous trouvons Dieu simplement en nous mettant en chemin ? Ce n’est pas sûr…
II – La médiation des frères, la médiation des juifs
D’ailleurs, ils suivent l’étoile ; et là, il y a quelque chose de très choquant, c’est le deuxième point. Cette étoile aurait pu les emmener à Bethléem directement…. Et non : elle s’arrête à Jérusalem, elle les jette dans les bras d’Hérode. Je ne sais pas si vous connaissez Hérode – on le connaît par l’évangile comme le massacreur des petits enfants – mais quand on fait de l’Histoire, on découvre qu’il est pire : cela fait une quarantaine d’années qu’il est roi et, aujourd’hui, il a peur d’une chose, c’est qu’on lui prenne sa place ; donc il a fait éliminer ses enfants, ses cousins, ses frères, ses petits-enfants, pour être sûr que personne ne prenne sa place. Quand quelqu’un n’est pas d’accord avec lui, il l’élimine, c’est plus simple…
Cette étoile s’arrête à Jérusalem, et donc les mages ont besoin de s’arrêter à Jérusalem. Qu’est-ce que ça veut dire, pour nous ? Cela veut dire, pour nous, que le « Salut vient par les Juifs ». C’est une Parole de Jésus, Il l’a dit à la Samaritaine ; nous ne pouvons pas nous passer de passer par la tradition biblique, par le peuple d’Israël. Nous ne nous pouvons pas nous passer de la Révélation donnée à ce petit peuple de rien du tout, qui a vécu pendant près de 2000 ans dans la région qu’on appelle maintenant la Terre Sainte. Il nous faut nous mettre à l’écoute de cette Parole-là. Et, de fait, les scribes et les Pharisiens au service d’Hérode vont trouver : oui, un grand roi est annoncé, et ce grand roi va naître à Bethléem, ce tout petit village. Ils ont trouvé cela chez [Michée (Mi 5,1)]. Cet arrêt à Jérusalem montre aussi que nous avons besoin de la Révélation biblique, de la tradition juive, mais nous avons aussi besoin de frères. Nous ne rencontrerons pas Dieu sans passer par nos frères. Un autre exemple, c’est l’épisode des Noces de Cana. Jésus aurait pu lui-même changer l’eau en vin, c’est beaucoup plus facile, ou même faire apparaître le vin. Mais non, Il demande aux serviteurs de remplir d’eau ces jarres. Et les serviteurs y travaillent, car 600 litres d’eau dans des seaux en cuir, ce n’est pas rien, car ils n’en contiennent pas beaucoup.
Dieu choisit, pour se dévoiler, de passer par des hommes. Demandez : nous avons la joie d’avoir des catéchumènes dans nos communautés, nous avons la joie d’avoir des catéchumènes dans notre église. Tous autant qu’ils sont, ils ont vu une étoile, qu’ils n’ont pas comprise, et sont venus frapper à la porte de l’église, parce que c’est le chemin nécessaire pour se mettre à l’écoute de la Parole de Dieu, pour rencontrer des frères qui vont leur dire : oui, c’est Jésus que vous cherchez. On voit, c’est étonnant, que même Hérode a sa place dans le projet de Dieu : c’est lui qui indique le bon chemin aux mages. Étonnant…
Nous allons conclure. Dans l’évangile, ce ne sont que des mages, mais le psaume nous disait « les rois de Tarsis et des îles apporteront des présents. Les rois de Saba et de Seba feront leur offrande. Tous les rois se prosterneront devant lui, tous les pays le serviront » et tandis que dans l’évangile, il est écrit : les mages « tombant à ses pieds (ils) se prosternèrent devant Lui. Ils lui ouvrirent leurs coffrets, et lui offrirent leurs présents ». Le point commun, c’est que ces rois, ces mages se prosternent devant Jésus. Autrement dit, vous savez ce que c’est que la prosternation, c’est se faire tout petit, poser les genoux par terre, poser même le front par terre, devant un petit enfant, pas bien impressionnant, mais ils reconnaissent Dieu en Lui. D’ailleurs, on ne se prosterne que devant Dieu.
Cette histoire de quête de Dieu, de quête de sens, cette histoire de communauté qui va découvrir Jésus, cette histoire d’accueillir la présence de Dieu dans nos vies, cette histoire d’accueillir la Parole de Dieu, ce n’est pas une histoire lointaine qui concernerait un passé révolu. Non, c’est aujourd’hui que cela s’accomplit. Dans quelques instants, sur l’autel, le pain et le vin vont être changés en Corps et Sang du Seigneur. Ce Corps et ce Sang du Seigneur, c’est Dieu présent sur l’autel. Ce n’est pas plus impressionnant, peut-être même un peu moins, qu’un petit enfant, et pourtant c’est Dieu qui est là et qui veut habiter nos cœurs. Alors laissons-nous toucher, prosternons-nous, pas seulement d’un geste physique – c’est bien, cela nous aide – mais de tout notre cœur, de tout notre être, faisons-nous petits devant Celui qui se fait petit pour venir à notre rencontre. Laissons-nous toucher, laissons-nous aimer, et aimons en retour.