Homélie de la Nuit de Noël 2025,
Par l’abbé Gaël de Breuvand.
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.
Is 9, 1-6 ; ps 95 ; Ti2, 11-14 ; Lc 2, 1-14
I – la naissance d’un petit bébé, signe de l’Alliance
Il y a un peu plus de 2000 ans, un petit bébé naissait.
En réalité, il n’y a rien d’original : des petits bébés, il en naît tous les jours. C’est toujours très impressionnant et c’est extrêmement ordinaire. Mais ce petit bébé, c’est Dieu lui-même. Celui dont parle saint Paul : « Notre grand Dieu et sauveur, Jésus-Christ », nous apparaît et nous est présenté comme un petit bébé. Et il ressemble à tous les petits bébés du monde : Ça dort. Ça pleure. Ça mange. Puis il faut changer sa couche. C’est donc un petit bébé comme tous les autres petits bébés et c’est Dieu lui-même qui vient habiter parmi nous.
Pourquoi ? Parce que Dieu veut faire alliance avec nous. Il veut tisser un lien particulier ; car Il nous aime. Il veut faire de nous ses amis… Ça, c’est original ! Si on fait le tour des religions du monde, il n’y en a qu’une où Dieu veut que nous soyons ses amis. Habituellement, Dieu est tellement au-delà de nous, Il nous dépasse absolument, Il est tellement plus grand, tellement Autre, que la seule relation que l’on peut avoir avec Lui, c’est une relation de créateur à créature ou de créature à créateur. Au mieux, nous serons des serviteurs. Et c’est déjà beau. Mais voilà : quand Dieu se présente à nous, se dévoile à nous, Il nous dit : « Je veux faire alliance avec toi !« . Or, pour faire alliance, il faut être égaux. Et mieux que ça, Jésus nous dit : « Je veux que vous soyez mes amis. Je ne vous appelle pas serviteur, je vous appelle mes amis ». Voilà la parole de Jésus. Et c’est pour cela que Dieu a inventé Noël.
Souvent, on voit Noël comme le moment où l’on échange des cadeaux en l’honneur de cette naissance. En réalité, Dieu a inventé Noël en faisant le plus beau et le plus grand des cadeaux : Il s’est donné lui-même. Et si nous échangeons des cadeaux le jour de Noël, c’est en mémoire de ce premier et de ce plus grand cadeau, Dieu lui-même. Jésus, Dieu avec nous, qui vient habiter au milieu de nous, qui vient habiter en nos cœurs. Jésus, ce messie qui était attendu depuis des temps immémoriaux, – on l’a entendu dans le martyrologe. C’est Isaïe qui nous l’annonce dans la première lecture. « Un enfant nous est donné ; un fils nous a été donné ».
II – le prince de la paix
Son nom est proclamé et dans les titres qui lui sont donnés, il y a « prince de la paix ». Le cadeau que Dieu veut nous faire, c’est le prince de la paix. Et là, on pourrait s’interroger ou se tourner vers le Seigneur et lui dire : « Seigneur, la paix, cela fait 2000 ans que tu nous l’as donnée avec le prince de la paix, et visiblement, ça ne marche pas bien ». Effectivement, depuis 2000 ans, on n’a pas l’impression que la paix règne ; et chaque Noël, il semble que c’est un peu pire que l’an dernier. En Terre Sainte même, le lieu même où a vécu ce prince de la paix, on se fait bien la guerre… « Alors Seigneur, explique-nous ».
Ce sont les anges qui vont nous donner la piste et les réponses, dans leur cri, dans leur chant de Noël, que l’on reprend à chaque messe, quasiment : « Gloire à Dieu au plus haut des cieux et paix sur la terre aux hommes qu’Il aime ». La clé est là. La paix est donnée comme un cadeau aux hommes qu’Il aime. Dieu aime chaque homme et donc la paix nous est donnée comme un cadeau. Jésus nous est donné comme un cadeau. Dieu lui-même nous est donné comme un cadeau. Mais vous le savez, pour un cadeau, il faut deux choses : il faut quelqu’un qui donne et quelqu’un qui reçoit. Depuis 2000 ans, nous avons beaucoup de mal à recevoir le cadeau qui nous est fait. Et pourtant, la piste est là :
La paix, qu’est-ce que c’est ? C’est une harmonie, car les choses sont à leur place. Lorsque chacun accomplit ce qu’il doit faire, lorsque chacun se déploie, s’accomplit, finalement ; Et bien, la première chose qu’il doit y avoir dans nos vies, c’est de se tourner vers le Seigneur et de lui rendre gloire. « Glorifiez Dieu par vos vies ». C’est un appel de saint Paul, que l’on peut entendre à la fin de la messe. Et comment rendre gloire à Dieu ? En vivant selon le projet de Dieu pour nous. Il nous aime et il nous appelle à aimer. Vous vous souvenez ? Quel est le plus grand des commandements ? Autrement dit, quel est le meilleur chemin pour le plus grand bonheur ? « Ecoute Israël. Le Seigneur notre Dieu est Un. Tu l’aimeras de toute ton âme, de tout ton esprit, de toute ta force. Et le second qui lui est semblable : tu aimeras ton prochain comme toi-même ». C’est comme cela qu’il s’agit d’accueillir le don de Dieu. C’est une bonne nouvelle, parce que nous sommes faits pour aimer. Donc si nous choisissons d’aimer, – de nous laisser aimer et d’aimer en retour -, alors oui, nous trouverons la vraie joie. Nous accomplirons ce pour quoi nous sommes faits. Réjouissons-nous !
III – Dieu qui se fait nourriture
Et le Christ vient. Et Il vient à nous comme notre Dieu vivant au milieu de nous, qui veut faire alliance avec nous, qui veut être ami avec nous, mais surtout, Il vient nous sauver ! Il vient nous sauver. Comment fait-il pour nous sauver ? D’abord en lui qui est à la fois tout-à-fait Dieu et tout-à-fait homme, comme Dieu est absolument en paix avec son Père dans une relation d’Amour parfaite, donc Il entraîne toute son humanité dans cette relation d’amitié parfaite avec le Père et Il nous entraine, nous parce que l’on est de sa famille. Donc, nous sommes, grâce à Lui, connectés à Dieu. C’est ce qui s’est passé au jour de notre baptême. C’est l’accomplissement de ce qu’à vécu Jésus. Puis Il nous sauve en se donnant à nous chaque jour. Il se trouve que cet événement de la naissance de Jésus se passe dans un village que s’appelle « Bethleem ». Bethleem, en hébreux, Beyit, c’est la maison et lechem, c’est le pain. C’est la maison du pain. Et dans la tradition biblique, le pain, la nourriture qui ne passe pas, c’est la parole de Dieu. Et Jésus est le Verbe de Dieu, la parole de Dieu. Mieux encore, Jésus va se donner en nourriture pour nous dans l’Eucharistie dans quelques instants sous l’apparence du pain, c’est Lui qui se donne en nourriture. Beyit lechem, la maison du pain, et ce Jésus, ce petit Jésus, il est déposé dans une mangeoire, au cas où l’on n’ait pas très bien compris. C’est très intéressant : on n’utilise pas le mot crèche, qui a été inventé au XIIIe siècle. [Saint François d’Assise, quand il a inventé la crèche, il l’a fait dans un village qui s’appelle Greccio]. Mais il est déposé dans une mangeoire et en réalité, les exégètes ne nous disent pas forcément une mangeoire, peut-être plutôt un garde-manger. [Parce que les animaux, on n’en voit pas dans notre récit. Il n’y a pas de bœuf ou d’âne, ils sont arrivés après]. Jésus est présenté comme la nourriture que l’on met au garde-manger et qui se prépare à se donner. Cette nourriture qui nous permet d’avancer pas à pas, vers le Père, avec Lui. Par Lui, avec Lui et en Lui…
Alors, nous allons célébrer la messe. Nous allons recevoir cette Eucharistie : Jésus qui se donne en nourriture, pour que nous puissions vivre selon le projet de Dieu pour nous, qui est un projet de joie, un projet d’amour, un projet de vie pour pouvoir être pleinement en alliance et en amitié avec lui. C’est notre appel, c’est notre joie. Et toute cette bonne nouvelle que nous recevons chacun pour nous, soyons bien conscients que nous sommes conscients que nous recevons la mission de la transmettre. Ce soir, nous avons réunis 750 chrétiens, sur notre territoire qui compte 65000 personnes ! Il y a donc encore un peu de travail. Il va falloir que l’on annonce cette bonne nouvelle : Jésus est venu pour nous sauver, pour nous faire découvrir que la seule chose qui compte, c’est d’aimer et de se laisser aimer.