Chers amis,
ces derniers jours, j’ai eu la joie de vivre une retraite en abbaye bénédictine. Un frère dominicain nous donna l’enseignement : en contemplant saint Dominique et ses « neuf manières de prier », et spécialement dans la neuvième (la prière en chemin), j’ai repensé à une question qui s’était posée à moi lors du carême de l’an dernier : « suis-je présent à Dieu dans ma vie quotidienne ? »
Comme nous l’enseignait le pape François dans « Evangelii Gaudium », premier grand texte de son pontificat, « le temps est supérieur à l’espace » : pour le pape cela signifie aussi qu’il est essentiel que nous vivions intensément, que notre vie soit dense, sans pour autant chercher à tout maîtriser : l’erreur serait de croire qu’il faut faire beaucoup de choses, car ce serait encore mettre l’accent sur l’espace… il ne s’agit pas de surbooker nos journées, mais à l’inverse, de gagner en qualité, que nous soyons pleinement présent à ce que nous faisons maintenant.
La question était donc : voulons-nous vivre intensément, que chaque instant présent soit vécu comme si c’était le premier, le dernier, le seul de notre vie ? Dans les évangiles, le mot « hier » est employé 1 fois, le mot « demain » 5 fois… « aujourd’hui » apparait 19 fois, et « maintenant » 35 fois ! Jésus voudrait-il nous passer un message ?
Que lorsque j’ai une conversation avec un ami, un proche, je sois présent à lui, et non pas à l’affut de la moindre notification sur mon téléphone ! Que lorsque je prie, je sois à Dieu comme Dieu est à moi ! Que chaque petite action, même la plus banale, soit vécue comme un acte d’amour !
Chaque journée pourrait alors être vécue comme le résumé de ma vie tout entière : je me lève dans l’action de grâce pour le don de la Création et de la vie, car le réveil est comme une nouvelle naissance. Je passe ma journée au présent, et je me couche comme je veux finir ma vie terrestre, dans le cœur de Dieu.
La période qui nous est donnée, le carême, est l’occasion de nous replonger dans ce temps présent : voilà peut-être déjà 40, 50 ou 80 fois que je ‘fais carême’, mais cette année encore, un temps de grâce m’est donné pour que je puisse remettre de la densité dans ma vie.
Il y a de nombreuses propositions paroissiales en ce carême, pour nourrir l’intelligence, pour faire grandir la piété, ou pour faire l’aumône, mais il n’y a que moi qui puisse décider de vivre chaque instant de ma vie, en accueillant le présent comme un cadeau que Dieu me fait pour vivre, un cadeau que Dieu me fait pour aimer !
Alors, ne gâchons pas notre temps, mais accomplissons l’œuvre de Dieu, en l’aimant Lui, en nous aimant nous-même et en aimant le prochain !
Abbé Gaël