Homélie 14 décembre 2025, 2e dimanche de l’Avent,
par l’abbé Gaël de Breuvand
Is 35, 1-6a.10 ; ps 147 ; Jc 5, 7-10 ; Mt 11, 2-11
I – la promesse de « vengeance » de Dieu
Lors qu’Isaïe nous donne le texte de la 1ère Lecture, nous sommes dans la période de l’exil. L’exil, pour le peuple hébreu, le peuple d’Israël, ceux qui seront bientôt les Juifs, c’est une catastrophe, au sens le plus étymologique du terme, au sens où c’est un renversement total de ce qu’ils croyaient : Dieu leur a promis une descendance, et voilà qu’ils n’ont plus de roi ; Dieu leur a promis une terre, et ils ne sont plus sur leur terre ; Dieu leur a promis un temple, et le temple est détruit.
Au cours de cette période de l’Exil, dans les années 550, ils vont découvrir que – malgré l’absence de ces promesses physiques, concrètes -, Dieu est avec eux, et que le Seigneur renouvelle Ses promesses. Et dans celles-ci, il y a, entre autres, le retour de l’exil qui est annoncé. Et puis, ici, que l’œuvre de Dieu s’accomplira, le projet de Dieu s’accomplira, et ce sera ‘les temps messianiques’ : ‘un jour viendra, quand le Messie gouvernera, la vengeance de Dieu s’accomplira.’ Et qu’est-ce que la vengeance de Dieu ? « Les aveugles verront, les sourds entendront, les boiteux bondiront comme des cerfs, les muets crieront de joie ». Voici comment Dieu se venge ! Oui, dans ce cadre-là, nous attendons avec impatience la ‘vengeance’ de Dieu.
II – Si nous sommes perdus, interrogeons Jésus.
550-600 ans plus tard, Jean, poussé par l’Esprit Saint, a commencé à appeler à la conversion, on l’a entendu dimanche dernier. Vêtu de poil de chameau, mangeant des sauterelles, il annonce la conversion et la ‘vengeance’ qui vient, c’est cette même ‘vengeance’ de Dieu. Mais, pour lui, cela tourne mal, il prend à rebrousse-poil l’autorité politique en lui disant que tout n’est pas possible : ce n’est pas parce qu’on est roi qu’on peut épouser la femme de son frère ; et du coup il se retrouve en prison. Et là, Jean éprouve la solitude… Pour lui, il lui semble qu’il y a comme un échec dans sa mission. Il a pourtant annoncé quelqu’un qui viendrait derrière lui, qui serait plus grand que lui, mais là, tout de suite, il voit surtout la nuit dans sa prison, et il entend parler de Jésus, son cousin. Il a des doutes, des questions, c’est pourquoi il veut L’interroger.
C’est très intéressant, d’un point de vue spirituel : nous aussi, nous pouvons être dans le noir, un peu perdus, on peut avoir beaucoup de questions, voire des doutes. Eh bien, posons la question au premier concerné, interrogeons Jésus, comme Jean-Baptiste. Interrogeons-Le ! Et Jésus répond : Il donne la description de la vengeance de Dieu. Il donne la description de l’avènement des temps messianiques : « les aveugles retrouvent la vue, les boiteux marchent, les lépreux sont purifiés, les sourds entendent, les morts ressuscitent – cela va même plus loin que ce que disait Isaïe – les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle. » « Les pauvres reçoivent la Bonne Nouvelle » : c’est un ajout spécifique de Jésus, cette Bonne Nouvelle, en grec « évangile ». Le mot ‘Bonne Nouvelle’, c’est un peu réducteur, on devrait dire « heureuse annonce ». Un évangile, dans la tradition grecque, c’est l’annonce d’un temps nouveau, c’est plus qu’une bonne nouvelle. Parce que l’évangile, c’est en premier lieu l’annonce de la naissance d’un héritier dans la famille royale. L’annonce de temps nouveaux : Jésus est l’accomplissement de cette promesse messianique.
III – Participer à l’œuvre de Dieu, à la vengeance de Dieu
Nous sommes 2000 ans après, on se retourne, et on constate que la vengeance de Dieu n’est pas tout à fait accomplie pleinement… On pourrait se tourner vers le Seigneur et râler : ‘cela fait 2000 ans que tu es venu, et il y a toujours, la guerre, des maladies, il y a toujours des innocents qui souffrent, des gens qui ont froid, qui ont faim, qui ont soif…’ C’est là que nous avons notre réponse, qui est dans l‘évangile. Notre réponse, c’est Jésus qui nous dit à chacun, ‘Je me suis donné à toi par la Croix, par la Résurrection, au jour de ton baptême, à chaque eucharistie, Je me donne à toi pour que tu accomplisses mon œuvre. Tu pleures parce qu’il y a des gens dehors qui ont froid ? Eh bien, c’est à toi de leur donner un manteau…’ Tous autant qu’on est, on rechigne. C’est exigeant, on n’a pas très envie, on préfère s’occuper de nous. L’égoïsme consiste à s’occuper de soi, mais on arrive même à être égoïste en famille, en paroisse, etc. Et moi, qu’est-ce que je fais ? Je le fais pour participer à la vengeance de Dieu…
Vous ne sauverez pas le monde, moi non plus, ce n’est pas notre job ; Celui qui sauve le monde, c’est le Christ, et Lui seul, mais nous, aujourd’hui, nous devons amener notre pierre à l’œuvre de Dieu. Nous sommes ceux qui doivent apporter une Bonne Nouvelle au monde. Heureux les pauvres, ils reçoivent la Bonne Nouvelle. Quand est-ce que nous l’annonçons, cette Bonne Nouvelle, cette heureuse annonce, qui est : « vous êtes aimés » ? « Vous êtes une perle précieuse »… Nous la recevons pour nous, et nous avons bien raison, et nous devons la transmettre aux autres. En ce moment, je rends grâce parce qu’à peu près trois fois par mois, quelqu’un vient à la porte de la paroisse, vient frapper en disant : ‘bonjour, je viens de me convertir, je veux en savoir plus sur Jésus, sur l’Église’. Ils demandent le baptême, la confirmation, car parfois ils sont déjà baptisés, et ils viennent tout seuls : nous, on n’y peut rien, ils ne nous ont pas rencontrés. Mais, à ce rythme-là, je n’ai pas fait le calcul exact, mais s’il y en a trois par mois, c’est-à-dire 36 par an… Comme il y a 65 000 personnes sur le territoire, on en a pour quelques années ! Donc la question, concrètement, matériellement, est : comment allons-nous travailler à annoncer cette heureuse nouvelle ? Comment sommes-nous témoins du Christ ?
C’est notre appel, c’est la question que je nous laisse aujourd’hui : comment être, pour le monde, de nouveaux Jean-Baptiste ; des annonciateurs de la Parole, des annonciateurs de la meilleure nouvelle du monde, que nous sommes aimés !
