2026-11-2 – commémoration des fidèles défunts

Homélie du 2 novembre,
par l’abbé Gaël de Breuvand. 

1. La bonne nouvelle : rencontrer Dieu dès la mort

« Heureux, dès à présent, les morts qui meurent dans le Seigneur. » Avant Jésus, dans la tradition juive — qui, sur ce point, ressemble aux traditions grecques et païennes —, la mort apparaît un peu comme la fin de tout. Le mort descend au Shéol. Et le Shéol, ce n’est ni triste ni joyeux : c’est long. Mais, pour les Juifs, à la différence des Grecs, le Shéol prendra fin : viendra le moment de la résurrection. Et ce jour-là, ce sera le bonheur. Jésus vient apporter une bonne nouvelle.

« Heureux, dès à présent, ceux qui meurent dans le Seigneur. » Nous n’aurons pas à nous ennuyer au Shéol : dès notre mort, nous rencontrons Dieu face à face. Et c’est une bonne nouvelle ! Mais rencontrer Dieu face à face, nous l’avons entendu dans l’oraison, la prière d’ouverture, implique d’être ajusté à son projet. Cela implique d’avoir aimé.

2. Le jugement : une rencontre avec l’amour parfait

Souvent, lorsque nous pensons au « jugement particulier » ou au « jugement dernier », nous imaginons aussitôt un juge sévère, en manteau rouge, avec sa perruque et son marteau. Or, ce n’est pas ce que nous dit le Christ. Lorsqu’il parle du jugement, il parle de lui-même et du Père comme du lieu de l’amour parfait. Dieu se présente à nous comme un Père aimant, un Père prodigue qui accueille l’enfant prodigue. Il se présente comme un Sauveur, un Rédempteur, mais aussi comme un défenseur, un avocat, un consolateur.

Dieu nous veut près de lui. Et, lorsque nous mourons, nos actes nous suivent. C’est nous qui décidons de ce que nous voulons faire de notre vie, de notre vie éternelle. C’est nous qui choisissons d’aimer maintenant pour pouvoir aimer ensuite. Ce que nous faisons aujourd’hui résonne dans l’éternité. L’amour que je donne maintenant résonne dans l’éternité. Le non-amour d’aujourd’hui résonne aussi dans l’éternité. Nos vies ont du poids. Dieu nous prend au sérieux.

Nous ne pouvons pas dire, comme si rien ne comptait : « Nous irons tous au paradis. » J’espère, bien sûr, que nous irons tous au paradis. Mais c’est sérieux. Dieu croit en nous. Il nous croit capables de recevoir son amour et sa grâce. Il nous croit capables de devenir des saints. Au jour de notre mort, nous rencontrons Dieu face à face. Et là, au regard de ce que nous avons vécu, deux grands choix se présentent.

3. Accueillir ou refuser l’amour de Dieu

Il y a le choix — c’est ce que j’espère pour chacun de nous — d’entrer pleinement dans le cœur de Dieu, de se jeter dans le feu de son amour. Et puis il y a le refus. Ceux qui refusent disent : « Non, je ne veux pas. Je reste loin. Je m’enferme. » Et c’est cela, l’enfer : être seul.

Alors, j’ai choisi d’entrer dans le cœur de Dieu, de me jeter dans le feu de son amour. Là, deux possibilités se présentent. Soit tout va bien : je suis parfaitement ajusté à l’amour de Dieu. Je brûle alors de la même flamme que lui. Et c’est beau, et c’est bon. Soit je ne suis pas encore tout à fait ajusté.

Dans ce cas, le feu de l’amour de Dieu commence par être un peu douloureux. Mais cela ne dure pas toujours : ce feu m’ajuste et fait de moi un bon combustible. À mon tour, je pourrai alors faire une belle flamme. C’est ce qu’on appelle le purgatoire. Mais le purgatoire, c’est déjà le ciel.

4. Se préparer dès aujourd’hui à la joie de Dieu

Dans l’Évangile d’aujourd’hui, au chapitre 6 de saint Jean, versets 51 à 58, Jésus nous donne le mode d’emploi. Comment entrer pleinement, dès maintenant, dans la joie de Dieu ? En accueillant sa parole. En vivant de sa vie. En recevant l’Eucharistie. Ce n’est pas sorcier !

Il suffit de le décider. Mais c’est tout de même un peu difficile. Alors, aujourd’hui, nous prions pour nos défunts.

5. Prier pour les défunts dans la communion des saints

Nous ne prions pas pour ceux qui sont déjà arrivés, pleinement entrés dans la joie de Dieu. Nous ne prions pas, par exemple, pour la Vierge Marie ou pour saint Joseph. Ils n’en ont pas besoin. Nous ne prions pas non plus pour ceux qui refusent absolument Dieu et restent loin de lui : leur choix est définitif. Nous prions pour tous les autres.

Pour tous nos morts qui ont encore besoin d’un peu d’ajustement. Nous pouvons prier pour Adam et Ève. Nous pouvons prier pour tous les hommes de tous les temps. Et l’avantage avec le bon Dieu, c’est qu’il est éternel et toujours présent : notre prière d’aujourd’hui a donc une efficacité pour le monde, depuis son commencement. C’est ce qu’on appelle la communion des saints. Ma prière et mes actes d’aujourd’hui ont un poids, une portée pour le monde entier, depuis sa création jusqu’à sa fin.

6. L’espérance finale : la résurrection et la joie parfaite

Oui, Dieu nous prend au sérieux. La promesse du Christ, c’est qu’un jour nous ressusciterons. Nous nous retrouverons tout entiers, corps et âme. Nous ne sommes pas faits pour que notre corps et notre âme soient séparés. Cette séparation ne dure qu’un temps.

Le but, c’est le jugement dernier, à la fin des temps. Ce sera le plus beau jour de notre vie. Car Dieu viendra à notre rencontre. Il essuiera toutes les larmes de nos yeux. Et nous serons dans une joie parfaite.

Je ne maîtrise pas très bien les aspects techniques de la question. Mais nous serons heureux ! Alors, dès aujourd’hui, réjouissons-nous. Nous prions pour nos morts, afin qu’ils entrent dans la joie de Dieu. Et nous, réjouissons-nous : nous avons déjà tout pour vivre de cette joie. Notre vie éternelle a déjà commencé. Nous croyons en la résurrection de la chair. Nous croyons que Dieu nous veut tous, nous, ses enfants, autour de lui, pour aimer et nous laisser aimer.