« Je suis doux et humble de cœur », 14e dimanche de TO

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Homélie 14e dimanche de Temps ordinaire,
par l’abbé Gaël de Breuvand,
dimanche 5 juillet 2026
Za 9, 9-10 ; ps 144 ; Rm 8, 9.11-13 ; Mt 11, 25-30

I – Doux

« Je suis doux et humble de cœur. » Jésus nous dit là quelque chose de l’ordre de son intimité, quelque chose d’éminemment personnel, quelque chose de profond. « Je suis doux et humble de cœur. » Et en même temps nous, nous pouvons passer à côté de ce que cela signifie vraiment, parce que notre vocabulaire a un peu bougé ; ainsi, aujourd’hui, quand on pense douceur, on pense peut-être d’abord à quelque chose d’un peu mièvre, un peu sucré, un peu ‘séduisant’. De fait, bien évidemment, ce n’est pas de cela que nous parle Jésus. Bon, c’est pas mal, d’être sucré, c’est pas mal, d’être séduisant. Mais les douceurs comme celle-là, sont de celles qui font prendre 10 kg sans qu’on ait fait attention…

Non. La douceur dont parle Jésus, est en réalité un mot spécifique, en grec, qui, à l’origine, s’applique tout particulièrement aux esclaves. C’est une qualité, c’est la qualité par excellence de l’esclave : celui qui est tout à fait délicat quand il se met au service. Vous savez, ce n’est pas celui qui a un service qui s’impose – moi, je prends toute la place – non, c’est bien celui qui est ajusté au service qui doit être rendu, celui qui est attentionné, celui qui est prévenant, celui qui qui sait s’adapter, s’ajuster à la personne qu’il veut servir. En fait, à l’époque, c’était la qualité des esclaves ; mais aujourd’hui, je pense que cette douceur-là, c’est la qualité toute particulière des parents, des papas et des mamans. Et, d’ailleurs, on aime employer ce mot, parce que, si Jésus est doux et humble de cœur, on aime appliquer aussi cette douceur-là à Marie ; et en particulier, à la fin du Salve Regina, « o Dulcis, Virgo Maria », ô, très douce Vierge Marie. C’est cette douceur-là dont on parle : une douceur attentive, prévenante, délicate, attentionnée. Le Seigneur nous le dit : Je suis doux. Non pas comme quelque chose qui serait sucré et séduisant, car le Christ n’est jamais dans un rapport de séduction avec nous, mais Il se met pleinement à notre service. Rendons grâce pour cela.

II – L’humble, le pauvre du Seigneur

« Je suis doux et humble de cœur. » Humilité, c’est un mot qui n’a pas très bonne presse de nos jours, qui n’est pas si facile à mettre en œuvre. Même chez les Grecs, à l’époque, quand on parle d’une humble rivière, c’est une rivière qui n’a aucun intérêt : on ne peut pas faire de bateau dessus, on ne peut pas pêcher dedans, on ne peut pas y poser de barrage. Oui, une rivière sans intérêt, c’est une rivière humble. Et donc une personne humble, c’est une personne sans intérêt pour les Grecs.

Mais évidemment l’Évangile change un peu cela, et même beaucoup. Quand l’Évangile parle d’humilité, on va chercher la racine latine, c’est ce qui correspond à ce qu’est la terre, « humus » : la bonne terre. Qu’est-ce que la caractéristique d’une bonne terre ? C’est que, pour porter du fruit, elle a besoin d’accueillir toutes sortes de choses. Elle a besoin d’accueillir une graine, elle a besoin d’accueillir un engrais, elle a besoin d’accueillir de l’eau. Et c’est peut-être ça la caractéristique de l’humble dans l’évangile, c’est celui qui se sait suffisamment vide pour devoir accueillir le don qui lui est fait. Jésus est l’ »humble » par excellence parce qu’Il se reconnaît éminemment comme Fils, et que, comme Fils, Il reçoit tout du Père. C’est exactement ce qui a été dit : « tout M’a été remis par Mon Père. » Et c’est pour cela qu’Il bénit les tout-petits plutôt que les sages et les savants. Parce que le sage et le savant, ça peut-être celui qui est tenté par la satisfaction d’être plein. « je n’ai besoin de rien parce que j’ai tout ».
Le tout petit, c’est celui à qui il manque toujours quelque chose. Et là encore les mamans sont au courant. Jésus nous demande d’avoir le cœur comme celui des enfants, parce que le royaume de Dieu nous devient accessible à ce moment-là. C’est un cœur ouvert, un cœur capable d’accueillir, un cœur humble. Le pauvre par excellence, ce pauvre de cœur dont parle la Béatitude : « Heureux les pauvres de cœur, le royaume des cieux est à eux. » C’est l’humble. Et cet humble, c’est celui qui est capable de se tourner vers le Seigneur et de crier : « Seigneur, Père, aide-moi. » Et le Seigneur répond.

III – Suivre Jésus dans la douceur et l’humilité

Jésus est évidemment le doux et humble de cœur par excellence. C’est comme ça qu’Il se présente. Et Il nous appelle à Le suivre. Il nous appelle à Le suivre !!! Mais ce n’est pas si évident. Quand on a entendu la Première Lecture du Livre de Zacharie, on a entendu ce cri de victoire, d’annonce d’un messie : « Voici ton roi qui vient à toi, il est juste et victorieux. Pauvre et monté sur un âne, un ânon, le petit d’une ânesse. » Je ne sais pas si vous percevez le paradoxe qu’il y a dans ce passage : Il est juste et victorieux, Il est le roi. Et Il est monté sur un âne, et même plus que ça, un ânon… Je ne sais pas si vous avez déjà vu un âne, ou si vous avez eu l’occasion de monter sur un âne. Ce n’est pas un cheval, c’est beaucoup, beaucoup plus petit. Et quand on monte sur un âne, on n’est pas en train de monter, on est un peu ridicule sur un âne, et encore plus sur un ânon. On a les jambes qui ballottent à droite et à gauche, et on est un peu secoué, comme un sac de patates. Qu’est-ce que cela nous dit ? Cela nous dit que l’humilité à laquelle nous appelle Jésus, elle ne sera pas forcément confortable. Et pourtant, c’est le vrai chemin du bonheur et de la joie. Nous sommes invités, appelés à entrer dans cette démarche-là. Et ayant accepté d’avoir le cœur de reconnaître que nous avons le cœur vide, alors le Seigneur va pouvoir le remplir. Et alors quand nous sommes pleins de Dieu, nous pouvons proclamer avec le Fils : « Père, je proclame ta louange» Père, les mots d’amour que Tu me donnes, je veux Te les rendre par Jésus, avec Jésus, en Jésus. Alors c’est peut-être la petite résolution que nous pouvons prendre aujourd’hui.

 

Dans quelques instants, nous allons recevoir Jésus Eucharistie, l’« humble » par excellence, sous cette toute petite apparence d’un petit morceau de pain, même pas très bon. Jésus vient, Il se donne à nous. Il veut nous remplir de sa pauvreté, pour que nous aussi nous ayons le cœur ouvert, le cœur humble. Et alors tout au long de cette semaine, remplis de Son amour à Lui, nous pourrons continuer à être des chrétiens, d’autres Christ, doux et humbles, comme Jésus est doux et humble.