Homélie du Sacré-Cœur et fête paroissiale

En la fête paroissiale et le renouvellement de la consécration au Coeur de Jésus…
par l’abbé Gaël de Breuvand
Dt 7, 6-11 ; ps 102 ; 1 Jn 4, 7-16 ; Mt 11, 25-30

I – « S’il vous a choisi, c’est par amour pour vous ». Cette petite parole est dans le Deutéronome, dans la première lecture. On l’entend pour la première fois au VIe, VIIe siècle avant Jésus Christ. « « S’il vous a choisi, c’est par amour pour vous ». Dans l’histoire du monde, il y a un événement majeur. C’est cette rencontre entre le tout petit peuple d’Israël et le grand Dieu, l’unique Seigneur. Et de découvrir que pour ce petit peuple, il y a un être, une personne qui veut prendre soin de lui. Et cet être-là, cette personne-là, c’est Dieu. Entendez bien : quelqu’un veut prendre soin de nous !

Tout au long des âges de l’histoire biblique, on reçoit cette bonne nouvelle. Si Dieu nous aime, ce n’est pas de nous que ça dépend. Dieu a décidé de nous aimer et il nous a créés pour nous aimer. Si nous sommes là, vivant sur la terre, c’est que Dieu nous aime. Et vous le savez, Dieu est fidèle, donc il ne renonce pas, il n’abandonne pas, il ne nous laissera pas tomber. Toujours, il nous aime.

II – « Voici en quoi consiste l’amour. Ce n’est pas nous qui avons aimé Dieu, mais c’est lui qui nous a aimés le premier ». Et cette citation de Saint Jean au chapitre 4, c’est une bascule. Parce que puisque Dieu nous aime, puisque Jésus est venu dévoiler exactement qui était le Père, nous comprenons que « Dieu est amour ». Et ça aussi, c’est un événement majeur dans l’histoire du monde. Parce que si Dieu est amour, il ne sait pas faire autre chose qu’aimer. Et c’est une bonne nouvelle : Dieu veut notre bien !
Et pour cela, il a tout donné. Alors que nous sommes capables d’oublier d’aimer. Alors que nous sommes capables de choisir volontairement le mal. Dieu, lui, nous aime. Et c’est toujours sans condition. Et il nous propose un chemin de salut et de bonheur.

Nous ne le méritons pas. Nous ne le méritons pas. Et pourtant, Dieu nous a envoyé son fils unique, Jésus, le Christ, pour nous sauver.
Bien des siècles plus tard, après que cette première lettre de saint Jean ait été écrite, 1600 ans plus tard, le cœur de Jésus, Jésus, est apparu à Paray-le-Monial, à cette petite religieuse Marguerite Marie. Et s’il est venu au XVIIe siècle, en France, il y a une raison, une raison de contexte.

Au XVIIe siècle, en France, il y a le développement du protestantisme : Chez Luther ou chez Calvin, on n’a pas très bien lu Saint-Augustin, et on a cru comprendre que Dieu choisit ceux qu’il veut sauver, et que les autres, il les laisse tomber. Chez Luther ou chez Calvin, on parle de la ‘double prédestination’ : Il y en a qui sont faits pour le salut, il y en a qui sont faits pour la damnation.
Si le cœur de Jésus apparaît, c’est pour rappeler à Marguerite-Marie, et à toute l’Église, et à nous encore aujourd’hui, que Dieu, lui, ne nous prédestine qu’à une chose, c’est au salut. « Il veut que nous soyons tous sauvés ». Pas un de nous n’est ‘prévu’ d’aller en enfer.
Pour autant, si Dieu nous propose à tous le salut, il s’agit que nous nous en saisissions.

Au XVIIe siècle, il y avait une autre pensée, une autre réflexion, qui était celle des jansénistes. Et c’est intéressant parce que les jansénistes, ils ont une lecture qui est très proche des protestants. Eux aussi, ils ont du mal à penser à un amour gratuit et inconditionnel de Dieu. Et alors, il va falloir mériter d’être sauvés. Et c’est toujours notre tentation.
S’il s’agit de ‘mériter de se sauver’, il va falloir cocher beaucoup de cases… Mais là encore, ce que vient dire Jésus, c’est que la question n’est pas de cocher des cases. La question n’est pas d’agir en faisant ce qui est permis, et en ne faisant pas ce qui est défendu.
Non, la question, c’est de choisir le bien, d’aimer et de se laisser aimer. Et que quand on passe à côté, Dieu continue à nous aimer, et nous n’avons qu’à nous retourner vers Lui. Il est un Père aimant, il est un frère pour nous, il est un ami.

III – « Ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits ». Dans ce passage de l’Évangile, selon saint Matthieu au chapitre 11, nous entendons l’intimité du Père et du Fils et du Saint-Esprit, parce que c’est rempli de l’Esprit-Saint, l’Esprit-Saint qui déborde de Lui, que Jésus s’écrie « Père ». Et c’est la Trinité qui nous a dévoilé, encore une fois, cette union intime du Père et du Fils et du Saint-Esprit.

« Tout m’a été remis par mon Père, personne ne connaît le Fils sinon le Père, et personne ne connaît le Père sinon le Fils ». Dieu, un, est Père et Fils et Saint-Esprit, et le Fils s’est uni à notre humanité, Dieu a un cœur d’homme. Et c’est cela le mystère du cœur de Jésus :
Jésus a un cœur d’homme parce qu’il est homme, et Dieu a un cœur d’homme parce que le Fils est Dieu. Et nous pouvons entrer en relation avec Lui, comme un ami parle à un ami, comme un frère parle à un frère. Ce cœur qu’il nous ouvre, qu’il nous montre, qu’il ne se lasse pas de nous aimer, ce cœur qui est pour nous le lieu idéal, adéquat, ajusté de la consolation.
Jésus nous le dit, nous ne sommes pas seuls, aujourd’hui il est avec nous, et il nous ouvre les bras, et il nous dit ‘viens, ta vie est un peu lourde, viens, il y a des difficultés, des maladies, des deuils, viens’. « Prends sur toi mon joug, deviens mon disciple, car je suis doux et humble de cœur. Oui, vous trouverez le repos pour votre âme ».

Jésus ne veut que cela pour nous, la joie et le bonheur, le repos. Alors – et c’est la conclusion – aujourd’hui à la fin de la messe, nous allons nous déplacer vers la grande statue du Cœur de Jésus là-bas, et nous allons renouveler la consécration de notre paroisse, et notre consécration personnelle au Cœur de Jésus.
Qu’est-ce que c’est qu’une consécration ? C’est un acte d’amour.
‘Je viens Seigneur déposer ma vie, mon cœur, dans tes mains, contre ton cœur’. C’est accomplir la parole du psaume, « Je suis comme un petit enfant, comme un petit enfant contre sa mère. » C’est contre le cœur de Dieu que nous voulons poser notre cœur.
Nous voulons entrer dans ce mystère de l’amour de Dieu, pour nous-mêmes vivre de cet amour. Nous voulons répondre à cet appel de Jésus que l’on retrouve au chapitre 7 dans l’Évangile selon Saint Jean. « Celui qui a soif, qu’il vienne à moi, et qu’il boive celui qui croit en moi ; comme dit l’Écriture : ‘de son cœur jailliront des fleuves d’eau vive’ ».