Capitalisons dès aujourd’hui sur la seule chose qui compte

Homélie du 6e dimanche de temps pascal,
le dimanche 10 mai 2026, par l’abbé Gaël de Breuvand.
Ac 8, 5-8.14-17 ; ps 65 ; 1 P 3, 15-18 ; Jn 14, 15-21

En ce sixième dimanche de Pâques, nous avons quelques intentions à porter : au cours de ce week-end, entre hier et aujourd’hui, à peu près 500 confirmands vivent une récollection. Ils veulent se préparer à accueillir cet Esprit-Saint dont on entend parler dans les lectures d’aujourd’hui. Nous sommes aussi en union de prière avec la vingtaine de dames de notre paroisse qui sont actuellement en train de marcher dans la région de Tournus. Là aussi, elles ont pris une petite halte spirituelle pour accueillir, dans leur vie, la présence de Dieu.

Les lectures qui nous sont données nous invitent à nous préparer à recevoir l’Esprit-Saint. Dans quinze jours, c’est Pentecôte. La Pentecôte, c’est la mémoire d’un événement passé, mais c’est aussi, lorsqu’on le fête dans le cadre de la liturgie, l’actualisation de cet événement. En fait, si nous ouvrons notre cœur, l’Esprit Saint, au jour de Pentecôte, nous sera donné à nouveau frais. Nous pourrons vivre une nouvelle confirmation ! Il s’agit donc de nous préparer. Jeudi, c’est l’Ascension, et entre jeudi et la Pentecôte, il y a dix jours, c’est juste le temps d’une neuvaine de préparation pour accueillir cet Esprit-Saint, cet Esprit qui nous est présenté par Jésus dans l’Évangile, comme un « défenseur », comme un « Esprit de vérité ».

« Qu’est-ce que la vérité ? » disait Pilate à Jésus. « Qu’est-ce que la vérité ? » Et Jésus se taisait, parce que la vérité, c’est Lui. La vérité, c’est lorsqu’une parole correspond à la réalité. Bien souvent, nous avons du mal avec la vérité. Nous sommes toujours prêts à nous inventer des récits, à nous inventer des histoires qui ne correspondent pas au réel. C’est Jésus qui nous donne la véritable vérité, qui est la Parole adéquate, la juste Parole. Il rend compte du réel, et c’est l’Esprit-Saint qui nous le fait comprendre. Ce n’est pas si évident, parce que la vérité, le réel, c’est que Dieu nous aime, et que la seule victoire qui compte, c’est celle de l’amour. Et ce n’est pas évident, parce que, naturellement, on n’ose pas faire confiance à ce point… Peut-être qu’on compte plutôt sur notre capacité de puissance, sur notre force, nos « trucs » ? En réalité, le Christ nous invite à entrer dans la victoire de l’amour, qui est une victoire un peu paradoxale : La victoire de l’amour, c’est la Croix.

Cela ne correspond pas aux valeurs de ce monde… Et pourtant, au fond de nous, tout au fond, si on se met à l’écoute de ce que veut notre cœur, quel est notre désir profond ? Nous voulons cet amour. Nous voulons entrer dans cette joie, dans cette harmonie, dans cette paix, où chaque chose est à sa place. Nous le voulons, nous le désirons. C’était ce que nous invitait à comprendre saint Pierre, dans la Deuxième Lecture. En choisissant de vivre bien, nous devenons témoins de ce qu’est la vérité de Dieu. Et du coup, cela interroge. En fait, c’est une bonne façon d’être des évangélisateurs : choisir de vivre bien, choisir de mettre les choses essentielles en premier, choisir de mettre, oui, en premier, la seule chose qu’on emmènera au paradis. Vous le savez, demain nous mourrons, et on n’emmènera pas nos maisons, on n’emmènera pas notre richesse, on n’emmènera pas notre célébrité, etc. La seule chose qu’on emmènera, ce sera l’amour qu’on aura donné et reçu. C’est la seule chose qui compte !

Alors, il faut capitaliser dès aujourd’hui. Il faut choisir d’aimer et de se laisser aimer. Et ce témoignage-là, c’est un témoignage concret, qui interroge, qui bouscule, qui n’est pas forcément très confortable à mettre en œuvre. Et saint Pierre nous dit : voilà, ayant mis cela en œuvre, cela interroge, et donc « il faut que vous soyez prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous. » Pourquoi ? Pourquoi est-ce que tu vis comme cela ? Pourquoi est-ce que tu n’es pas comme tout le monde ? Très concrètement, vous êtes dans un milieu social, par exemple dans certains milieux étudiants, où la triche est comme une institution. Si je suis – parce que chrétien – le seul qui ne triche pas, cela va ‘interroger’. Cela va peut-être même entraîner persécutions, critiques, moqueries. Il faut que je sache rendre compte de l’espérance qui est la mienne. Je ne travaille pas pour ce monde qui passe, je travaille pour le ciel. Je travaille pour l’amour. Voilà : Jésus nous invite à une conversion radicale, à laisser tomber les valeurs du monde pour choisir les valeurs du Christ, les valeurs de l’amour, en espérant – et c’est notre espérance – que finalement le monde se convertisse, que le monde croie. C’est le projet du Christ.

Un petit mot sur ce passage des actes des apôtres. On entend Philippe – Philippe est un des diacres – qui arrive en Samarie ; il prêche, et sa prédication et son art de vivre aussi touchent les cœurs. Il y a des conversions nombreuses, et ils veulent devenir chrétiens, ils veulent recevoir le baptême. Philippe, missionné pour cela, les baptise. Mais il manque quelque chose à tous ces nouveaux baptisés. C’est pour cela que les apôtres eux-mêmes vont quitter Jérusalem et rejoindre la Samarie, pour imposer les mains sur ces nouveaux baptisés ; parce qu’en effet l’Esprit n’était encore descendu sur aucun d’entre eux. « Il fallait qu’ils reçoivent l’Esprit Saint ». En fait, cette Parole, ce passage est un des fondements scripturaires de la raison pour laquelle nous séparons le baptême de la confirmation, pour laquelle, dans l’Église latine, en particulier, nous mettons un lien très fort entre la posture de l’évêque et la confirmation.

Pendant les 23 et 24 mai – ce sera le week-end de Pentecôte – ils seront 860 à recevoir la confirmation lors de six célébrations différentes, et à chaque célébration, notre évêque, ou son délégué, confirmera. Ce sera un lien fort qui va s’établir entre l’évêque et chacun des nouveaux confirmés. Pourquoi ? Parce que l’évêque est successeur des apôtres. Il est successeur de Pierre, de Jean, d’André, de Philippe… Et à ce titre-là, il a reçu une mission tout à fait particulière, qui est d’être le ‘lieutenant’ au sens étymologique : celui qui tient la place du Christ dans notre diocèse. C’est pour cela qu’il porte un anneau à la main. C’est un anneau de fiançailles, avec nous, peuple de Dieu. C’est pour ça qu’il porte un bâton, qu’on appelle le bâton pastoral : cette crosse est l’outil du berger, qui guide son troupeau. Cette place toute particulière de l’évêque dans la communauté chrétienne est fondée dans les Écritures. Pierre et Jean viennent pour imposer les mains et donner l’Esprit Saint aux nouveaux baptisés. C’est donc le fondement scripturaire de notre usage latin de célébrer la confirmation après, et souvent bien après, le baptême.

Pour autant, Dieu n’est pas limité, n’est pas enfermé dans Ses sacrements. Le moyen habituel par lequel Il donne l’Esprit-Saint, ce sont les sacrements ; mais, évidemment, Il peut le faire autrement. Je vous renvoie à cet événement où Pierre avait été appelé chez le centurion Corneille, un païen. Lorsque Pierre est arrivé, l’Esprit-Saint est descendu sur la famille de Corneille, alors que Corneille n’avait pas encore été baptisé ! En fait, Dieu est plus grand que les sacrements, mais Il nous fait cadeau de ces événements : le baptême, la confirmation, l’Eucharistie. Parmi nous, il y en a quelques-uns – je les vois – qui préparent actuellement le sacrement de l’Eucharistie : Jésus Lui-même qui Se donne. Quand on reçoit Jésus-hostie, c’est Dieu qui pose Son cœur sur Sa main, et qui nous le donne, dans une générosité absolue. Il s’agit que nous le recevions.

Et en recevant Jésus dans nos corps et dans nos cœurs, cela change nos vies. À nous, à nous d’en être les témoins…