La 1ere messe de l’histoire…

Homélie du dimanche 19 avril 2026
par l’abbé Gaël de Breuvand
Ac 2, 14.22b-33 ; ps 15 ; 1 P 1, 17-21 ; Lc 24, 13-35
à l’occasion du baptême d’Arthur

Dimanche dernier, c’était le dimanche de la Miséricorde, et aujourd’hui, on pourrait peut-être l’appeler le dimanche de la foi ?

Ils sont deux désappointés, et voilà qu’en s’éloignant de Jérusalem, ils rencontrent quelqu’un. Cette rencontre avec quelqu’un, c’est le temps du « voilà où on en est… » et c’est un peu pauvre : ils n’ont rien compris, et sont passés à côté de l’essentiel.

La mort du Christ n’est pas la fin de l’histoire : Jésus le leur avait dit plein de fois, mais ils n’avaient rien compris ! Et le moment de bascule est quand Jésus les traite d’« esprits sans intelligence » ; Jésus, de temps en temps, veut nous secouer… Si Jésus les traite d’esprits sans intelligence, ce n’est pas pour s’arrêter là, bien au contraire, Il va leur donner l’intelligence. Et là, Il leur fait un cadeau immense, une prédication, un enseignement : « Il leur ouvre les Écritures ». Pourtant, ils sont Juifs, et ces Écritures, ils les connaissent depuis longtemps, ils les ont lues et relues, ils les connaissent par cœur. Et pourtant, il faut que Jésus leur « ouvre » les Écritures.

Au début de la messe, à la question « que demandez-vous à l’Église de Dieu », Arthur, à travers la voix de ses parents, a demandé la foi, qui est une oreille ouverte à la Parole de Dieu pour entrer dans l’intelligence de cette Parole. Cette intelligence des Écritures n’est possible que parce que Dieu nous en fait cadeau. La foi, c’est d’abord un don de Dieu. J’aime bien la comparer à un port USB. Si nous sommes des petits ordinateurs, nous avons besoin d’une relation directe avec le serveur central qu’est le Bon Dieu. La foi c’est la connexion, le port USB qui nous relie au serveur central. Et si Dieu n’intervient pas pour nous installer cette connexion, il n’y aura rien qui se passera ! Il faut que Dieu intervienne, bien qu’il faille une adhésion de notre part, évidemment ! C’est ce qu’on entend dans ce texte : « notre cœur n’était-il pas tout brûlant ? » parce qu’ils répondent.

Jésus implante en eux la connexion, et eux l’accueillent, ils veulent bien de cette connexion, ils la demandent ; et puis ils veulent qu’elle vive. Parce qu’une fois qu’on a reçu la foi, en rigueur de terme on ne peut pas la perdre ; en revanche, on peut tout à fait perdre le mode d’emploi, ou que le câble se rouille ou se casse… Mais la foi, c’est le don de Dieu ; et pour que cela fonctionne, il faut que nous mettions du nôtre. C’est pour cela que la question suivante adressée aux parents est : « vous demandez le baptême pour votre enfant, vous devrez lui apprendre à connaître Jésus, à découvrir les commandements, à aimer Dieu et son prochain, comme Jésus nous l’a enseigné, êtes-vous conscients de cela ? » Et les parents m’ont dit oui, ils sont conscients de cela, et c’est une sacrée mission que de donner le mode d’emploi à ses enfants !

Un temps de rencontre, de découverte des Écritures, on entre dans la Parole de Dieu, puis un temps de partage, un temps de repas, un temps de nourriture… « Quand Il fut à table avec eux, Il prit le pain, Il prononça la bénédiction, et l’ayant rompu, Il le leur donna ». Cela nous dit quelque chose, évidemment : à ce moment-là, on parle de l’Eucharistie. Ces quatre verbes-là ont déjà été employés lors du récit de la Cène. Ces quatre verbes-là, je vais les employer pour la consécration dans quelques instants. Jésus se donne. Et alors dans cet instant où Il se donne – il n’est pas dit qu’ils ont communié, mais à l’instant où Il se donne – leurs yeux s’ouvrent. « Heureux les invités au repas des noces de l’Agneau, voici l’Agneau de Dieu, voici Celui qui enlève les péchés du monde » … Voilà ce qui se passe à ce moment-là, et ils Le reconnaissent, oui, c’est Jésus, ce Messie que nous attendions est ressuscité.

Il y une communion, au sens fort du terme, il y a une véritable ‘comm-union’ : « notre cœur n’était-il pas brûlant d’amour ? » Cette communion vient parachever tout un mouvement. Ils ont commencé, ils étaient loin, ils ont tout déposé, ils sont entrés dans la Parole de Dieu, et voilà qu’ils communient, ils sont là dans un cœur-à-cœur. Ils sont tellement près de Jésus qu’à ce moment-là ils n’ont plus besoin de Le voir avec leurs yeux de chair, et que Jésus disparaît à leurs yeux… Mais Jésus est vraiment présent pour eux, Il est dans leurs cœurs.

Mais cela ne se termine pas là : maintenant qu’ils ont reçu cette Bonne Nouvelle, ils l’ont intégrée, il faut aller la dire, il faut aller la proclamer ! Ils remontent à Jérusalem : « à l’instant-même, ils se levèrent et rentrèrent à Jérusalem. » On peut penser qu’ils y sont allés en courant ! D’Emmaüs, on pense qu’il y a 6-7 km pour aller à Jérusalem, une bonne heure de marche, une quarantaine de minutes en courant, car il faut remonter.

Quand ils arrivent, Jésus les a précédés, car Il est déjà apparu à Simon-Pierre « Il est vraiment ressuscité ! » Maintenant c’est le moment où on peut raconter les merveilles de Dieu : « à leur tour, ils racontèrent ce qui s’était passé sur la route, et comment le Seigneur s’était fait reconnaître à la fraction du pain. » Il y a un appel pour chacun de nous. Dans notre journée, y a-t-il un moment où nous faisons mémoire, y a-t-il un moment où nous prenons le temps de ce qui s’est passé sur notre route ? Est-ce que nous prenons le temps de nous souvenir de la manière dont Dieu s ‘est fait connaître à nous ? C’est ce qu’on appelle le témoignage, et le monde a besoin du témoignage des chrétiens, le monde a moins besoin de maîtres que de témoins… Et s’il faut qu’il y ait des maîtres, il faut que ces maîtres soient témoins, comme le rappelait Paul VI. Le monde a besoin de témoins, de gens qui puissent dire : voilà ce que j’ai vu, compris, senti. Voilà ce cadeau que j’ai reçu, je veux vous le donner. Dans notre quartier, il y a à peu près 50 000 personnes, et on se retrouve péniblement 600 à la messe… Il y a un peu de travail, il faut témoigner : nous sommes aimés, nous sommes sauvés, et il faut le dire !

La conclusion… Ce texte des disciples d’Emmaüs, c’est finalement une présentation de l’Eucharistie, de la messe. Un temps où nous nous retrouvons, là où nous en sommes, et c’est pour cela que nous commençons par le rite pénitentiel. Dans le temps pascal, nous commençons par le rite de mémoire du jour où nous avons été libérés, mais nous commençons là où nous en sommes, tels que nous sommes, et puis nous entrons peu à peu dans la Parole de Dieu, nous entrons en ce Christ, en Jésus qui Se donne à nous, pour que nous communiions avec Lui. Cette messe se conclut par un envoi : « allez porter l’Évangile au monde », « allez glorifier Dieu par votre vie », allez ! Cet amour que vous avez reçu, il s’agit de le donner à tous ceux que vous rencontrerez.