Homélie 18 janvier 2026, 2 dimanche de temps ordinaire, année A.
Is 49, 3.5-6 ; ps 39 ; 1Co 1, 1-3 ; Jn 2, 29-34 ;
par l’abbé Gaël de Breuvand
I – Jésus serviteur et messie
Il y a quinze jours, c’était le temps de l’Épiphanie, la manifestation du Seigneur au monde. La semaine dernière, c’était une théophanie : Jésus nous est présenté comme Fils de Dieu rempli d’Esprit-Saint, Dieu trinitaire qui se dévoile aux hommes. Aujourd’hui, nous avons un écho de cette manifestation du Christ, avec le récit que Jean Baptiste fait de ce baptême de Jésus.
Il a été baptisé, et cela Le manifeste aussi comme le Messie attendu. Le « Messie » vous le savez, signifie en hébreu « Celui qui a reçu l’huile », celui qui a été choisi par Dieu, celui qui a été appelé pour une mission bien particulière. Ses missions, parce qu’elles sont plusieurs, sont celles d’être prêtre, prophète et roi. Jésus est le prêtre par excellence, parce qu’Il fait le pont entre le ciel et la terre. Jésus est le prophète par excellence, parce qu’Il est la Parole de Dieu qui est proclamée aux hommes. Jésus est le roi par excellence, parce qu’Il est le serviteur. Un bon roi, c’est un serviteur, un bon berger.
Cela nous renvoie à la Première Lecture dans le livre d’Isaïe, au chapitre 49. C’est un des quatre « chants du serviteur » : Le texte biblique nous parle d’un serviteur, et la première question qui se pose est : qui est-il, ce serviteur ? Le texte que nous avons entendu, aujourd’hui, nous dit : ‘le serviteur, c’est mon peuple, Israël’. Et puis les années vont passer, on va interpréter ce texte, le comprendre à nouveau frais, et on va attendre UN messie en particulier ; et ce serviteur par excellence qui est décrit, non pas comme un roi, mais comme un souffrant, en particulier dans les deux chants suivants, eh bien, c’est Jésus.
II – L’Église, peuple de Dieu serviteur et messie
Mais cela va plus loin, parce que dire Jésus est le serviteur souffrant qu’on attendait, c’est vrai, mais d’une certaine manière, cela implique que nous n’ayons plus rien à faire. Or ce n’est pas cela, le projet de Dieu : Il veut que nous prenions toute notre place dans le projet de l’œuvre du Salut. C’est ce qu’on entendait dans la Deuxième Lecture. Saint Paul s’adresse aux Corinthiens et leur rappelle une chose : si vous êtes ici, c’est parce que Dieu vous a appelés. En fait, on peut l’actualiser tout de suite : si vous êtes ici dans cette église, c’est parce que Dieu vous a appelés, et Il vous appelle encore. À quoi vous appelle-t-Il ? Premièrement à accueillir le Salut : laissez-vous sauver par Dieu, laissez-vous réconcilier, laissez-vous aimer. Vous êtes appelés parce que vous êtes aimés.
Mais cela ne s’arrête pas là : il y a une deuxième dimension à prendre absolument en compte, c’est que l’œuvre du Salut de Dieu, nous avons à y participer, nous avons notre part à prendre. Dans les manifestations du Seigneur, il y en a deux à prendre particulièrement en compte : ce sont les « noces de Cana », et ensuite la « multiplication des pains ». Pourquoi ? Parce que dans ces deux signes, oui, c’est Sa puissance qui multiplie les pains, oui, c’est Sa puissance qui change l’eau en vin, mais ces actions, ces signes du Christ s’accomplissent avec le travail d’hommes. Marie dit aux serviteurs « Faites tout ce qu’Il vous dira », Jésus dit « remplissez d’eau ces jarres ». « Il y avait là six jarres de pierre, contenant chacune environ cent litres », cela fait à peu près 600 litres, et, à l’époque, un seau – vous savez, les seaux en cuir –, fait à peu près 2 litres, donc cela fait quelques seaux à transporter, tout de même !
Jésus aurait pu le faire, Il en avait la puissance, Il en avait le pouvoir… Non, Il a choisi de faire travailler les serviteurs qui ont œuvré au miracle de faire changer l’eau en vin. Et on peut penser qu’ils l’ont raconté à leurs petits-enfants… De la même manière, lors de la multiplication des pains, Jésus aurait pu, par Sa puissance, rassasier tout le monde d’un coup d’un seul, ou mettre entre les mains de tout le monde le pain qu’Il venait de multiplier. Non, Il choisit d’avoir besoin d’un petit garçon qui va lui fournir le pain, Il choisit d’avoir besoin de Ses disciples qui vont placer les gens et leur distribuer le pain.
III – prenons notre place pour le Salut du monde
Jésus veut que nous, les appelés, prenions notre place dans le Salut du monde. C’est notre appel. Cela implique forcément une responsabilité, la même responsabilité que celle du Messie. Nous sommes ce serviteur, peuple de Dieu, qui avons une place à tenir. Nous sommes ces messies, ces choisis de Dieu, ceux qui ont reçu l’huile, le jour de notre baptême, et nous avons à accomplir l’œuvre de prêtre, prophète et roi, par Jésus, en Jésus, avec Jésus : jamais sans Lui, évidemment !
Et nous avons à le faire ensemble, comme un peuple tout entier. Nous avons à nous creuser un peu la tête : chacun à notre niveau, comment est-ce que je prends ma place à l’œuvre de Dieu ? Comment est-ce que je participe, vraiment, au Salut du monde ? Cela peut être la manière dont je témoigne, dans ma vie quotidienne, avec mes proches, ou ceux que je croise au travail. Est-ce que je réponds aux questions ? Est-ce que je manifeste dans mon comportement qu’il y a quelque chose de différent ? Cela peut-être le choix des engagements en paroisse, en association, au service des pauvres, des malades, il s’agit d’être à l’écoute de ce que le Seigneur nous dit : J’ai besoin de toi, Je t’appelle. « Tu es mon serviteur et en Toi je manifesterai ma splendeur. » J’ai besoin de Toi pour manifester Ma splendeur. C’est cela que dit le Seigneur dans la Première Lecture. « . »
Cette parole de Dieu au peuple d’Israël il y a 2500 ans, est toujours vraie aujourd’hui. Le Christ est Lumière des Nations, et, si nous sommes connectés à Lui, nous sommes nous aussi partie prenante de cet éclairage. Voilà la question qui nous est posée aujourd’hui : comment, concrètement, prenons-nous notre place dans l’œuvre du Salut de Dieu ?