Homélie du 4e dimanche de l’Avent

 

Homélie du 4e dimanche de l’Avent, 21 décembre 2025, 
Par l’abbé Gaël de Breuvand
Il s’agit de la transcription d’une prédication orale. Les titres sont ajoutés après transcription.
Is 7, 10-16, ps 23 ; Rm 1, 1-7 ; Mt 1, 18-24

I –  Jésus, fils de Joseph, messie d’Israël

Joseph est « un homme juste ». Il ne s’en enorgueillit pas mais il est ajusté au projet de Dieu. Donc, lorsqu’il voit Marie enceinte, hors mariage, cela lui pose problème. Surtout que c’était sa promise. Mais il connaît Marie. Il sait que si cela arrive, il doit y avoir une bonne raison. Si Marie avait été coupable, Joseph, en tant que juste, aurait laissé s’appliquer la loi dans toute sa sévérité : répudiation, lapidation potentiellement. Mais il est convaincu que Marie n’est pas coupable. Il y a là quelque chose qui vient d’au-delà. Quelque chose qui le dépasse absolument. Mais alors, comme c’est un homme juste et qu’il se rend compte que Dieu a mis son grain de sable dans l’Histoire, il prend un pas de recul et il se dit : « Non, je ne suis pas à la hauteur. Je vais laisser Dieu faire ». C’est bien pour cela que l’ange vient le secouer, en lui disant : « Ne t’inquiète pas, c’est bien toi qui a été choisi ».

Cela nous renvoie à la première lecture. Dans le livre d’Isaïe, dans les années 700 avant Jésus-Christ, Le Royaume de Juda, c’est compliqué. En gros le Royaume d’Israël au nord vient de tomber aux mains des assyriens et voilà que le siège vient d’être fait autour de Jérusalem. Et le roi se pose la question : « Ne faudrait-il pas que je me rende ? que je paie une rançon ? ». Isaïe vient et lui dit : « Ne t’inquiète pas, le Seigneur est avec toi. Et il te demande, puisque tu es le gouvernant, de répondre fermement aux assyriens ». Le roi n’a pas tellement envie. Il a l’impression de prendre des risques inconsidérés. Et c’est là qu’Isaïe annonce ce signe. La jeune fille est enceinte et un roi va naître d’elle. Et ce roi, « on l’appellera Emmanuel ». Cette jeune fille, on peut penser que pour Acaz, c’est une jeune fille qu’il connaît et qui a eu un enfant qui sera l’héritier de son trône. Mais entre l’an 700 et la naissance de Jésus, on a eu le temps de méditer cette parole et de se rendre compte qu’elle résonne dans l’éternité. Qu’elle annonce quelque chose de plus grand que simplement la protection de la ville Jérusalem. Elle annonce un Messie. Et c’est ce qui emporte la conviction de Joseph, quand l’ange lui apparaît.

L’évangéliste voit l’accomplissement de cette prophétie. « Le Seigneur sauve. ‘Dieu avec nous’. C’est lui l’enfant que porte Marie, et tu en seras le père ». Et Joseph se retrouve avec cette grande responsabilité : il devient pleinement, absolument, complètement, le père de Jésus. C’est tellement vrai que c’est lui qui est chargé de le nommer. « Tu lui donneras le nom de Jésus ». Imaginez le poids de cette responsabilité et en même temps, la joie de Joseph, parce qu’il aime Marie véritablement. Mais il va l’aimer d’une manière pas tout-à-fait comme tout le monde, pas tout-à-fait comme un mari aime sa femme ou une femme son mari. Ils vont s’aimer pleinement, complètement en accueillant le Fils de Dieu dans leur vie.

II – Joseph, Marie, Jésus, famille exemplaire

Alors quand on regarde Jésus, Marie et Joseph,- on en reparlera dans une semaine -, cette Sainte Famille, nous y voyons trois choses. Nous y voyons d’abord un signe. Un homme et une femme qui se sont choisis, qui se sont aimés, qui ont voulu se donner l’un à l’autre et qui portent du fruit, ils sont reflets de l’Amour de Dieu, de l’Amour trinitaire de Dieu. C’est le premier signe. Reflet de l’Amour trinitaire de Dieu. Tous ceux qui parmi nous sont mariés, vous portez cette même mission. Vous avez vous aussi à être signe et reflet de l’Amour trinitaire de Dieu. Un Amour qui ne compte pas, qui dépasse tout ce que l’on peut imaginer. Un amour qui nous dépasse. On peut dire que l’on n’est pas à la hauteur. Et c’est vrai !
C’est vrai. Et c’est bien pour cela que Jésus vient. Dans leur mariage, à Joseph et Marie, le Salut est entré, et c’est Jésus. Jésus, le Seigneur sauve, vient sauver leur union, comme il veut sauver la vôtre, comme il vient sauver toutes nos relations. Quand on se marie, on ne se marie non pas à deux, mais à trois : un époux, une épouse, Jésus. Et c’est ce qui permet d’être véritablement le reflet. Signe, ils le sont vraiment, Joseph et Marie, de ceux qui accueillent Jésus dans leur histoire.
Puis Joseph comme Marie, sont un troisième signe. Ils sont aussi le signe de ceux qui lâchent prise. Ils croyaient peut-être lorsqu’ils avaient prévu de se marier, contrôler leur vie. En vrai, non. Mais je pense que c’est une expérience commune pour ceux qui sont mariés depuis longtemps, quand vous vous êtes mariés vous aviez pleins de plans. En fait, quelques années plus tard, on se rend compte que les plans, oui, ils étaient beaux, mais ce n’est pas cela qui s’est passé. Mais ce qui est arrivé était bien, était grand et peut-être même plus grand que ce qui était annoncé. Lâcher prise, c’est ce que nous sommes tous appelés à faire comme chrétiens. Accueillir Jésus dans nos vies, cela veut dire, à un moment ou à un autre, lui laisser les commandes de notre vie. Il y a 19 ans, à une semaine près, j’étais dans un monastère en train de me dire : « Bon… l’année qui vient de passer était une année remarquable, excellente, très belle. Et Seigneur, j’espère que l’année qui va s’ouvrir va être très belle aussi. Ce serait bien que je puisse acheter la maison que je veux acheter. Ça serait bien que je puisse rencontrer la femme que je veux rencontrer. Ça serait bien que je puisse continuer ma carrière de militaire ». Il y a 19 ans, à quelques jours près, le Seigneur m’a tout-à-coup fait comprendre que ce n’est pas comme cela que ça se passerait. Il a fallu lâcher un peu prise quand même. Parce que ce à quoi je rêvais, ce à quoi je pensais, c’était bien quand même ! Ce n’est pas cela qui est arrivé. Car aujourd’hui, je suis là, prêtre, pour vous. Et c’est bien aussi. C’est même mieux pour moi. C’est plus grand, car c’est une réponse à un appel.

Le Seigneur nous appelle, tous et chacun, à être des signes, comme Marie, comme Joseph, des signes de l’Amour de Dieu, des signes du lâcher prise, et des signes de ceux qui accueillent Jésus dans leur vie.