Homélie du dimanche 7 décembre 2025, 2e d’Avent A, 
par l’abbé Gaël de Breuvand,
Is 11, 1-10 ; ps 71 ; Rm 15, 4-9 ; Mt 3, 1-12
Vous connaissez peut-être ce grand discours de l’Américain Martin Luther King : « I have a dream… » : J’ai un rêve, un rêve de fraternité, un rêve de paix… Martin Luther King, qui était protestant, avait lu le prophète Isaïe et, en particulier, ce texte-là : « le loup habitera avec l’agneau, le léopard se couchera près du chevreau, le veau et le lionceau seront nourris ensemble, un petit garçon les conduira ». Il avait lu ce texte et avait compris que la promesse de Dieu était une promesse de paix, d’harmonie, de joie.
Mais on pourrait constater que, malgré la venue du Messie, nous n’y sommes pas tout à fait… Cette harmonie, cette paix, cette joie, nous avons du mal à les avoir : il suffit de regarder trois minutes la télévision, les réseaux sociaux, ou je ne sais quoi. … Mais peut-être qu’avant de regarder ce qu’il se passe au loin, regardons ce qu’il se passe chez nous, et parfois même, dans nos familles : la paix, l’harmonie, la joie, parfois, cela tire un peu. Le Christ est venu pour nous apporter cette paix… et elle n’est pas là.
I – être ami avec Jésus
Alors, il nous faut écouter l’Évangile. Un évangile étonnant, puisque Jésus n’y est pas. Nous avons Jean le Baptiste, le baptiseur, qui annonce Jésus, et nous dit « Convertissez-vous ». Mathilde, tu as demandé le baptême. Et tu sais qu’être baptisée, ce n’est pas, d’abord, une histoire de connaissance intellectuelle, ce n’est pas faire partie d’un club, select ou pas trop. Demander le baptême, c’est avant tout un choix de vie : c’est d’abord décider d’être ami avec Jésus. C’est cela, la première conversion, la plus essentielle, celle qui est nécessaire : il faut que nous choisissions d’être amis avec Jésus. Lui, Jésus, Il nous tend la main et nous dit : ‘viens, fais-Moi confiance, Je t’aime, Je veux ta joie et ton bonheur ! Veux-tu être ami avec moi ? Veux-tu être mon ami ?’ Et nous sommes invités à répondre. C’était le reproche que Jean Baptiste faisait aux Pharisiens. Il ne s’agit pas simplement de faire un rite, il ne s’agit pas simplement de dire « oui, oui », il s’agit de produire « des fruits dignes de la conversion ». Il s’agit de changer véritablement notre vie.
Mais c’est trop dur… et c’est vrai : c’est trop dur ; c’est bien pour cela que Jésus est allé jusqu’à donner Sa vie pour nous, qu’Il est mort et ressuscité, et qu’Il veut nous rencontrer à la messe, au baptême, au sacrement de réconciliation, qu’Il veut nous rencontrer dans Sa Parole. Parce que la conversion, en réalité, c’est Lui qui l’accomplit, dans nos vies, SI nous Le laissons faire. Voulons-vous laisser faire le Christ ? Pour cela, il y a des petits gestes, des petites actions concrètes à poser : il faut donner du temps au Bon Dieu chaque jour. Il faut décider de donner notre vie à ceux qui sont autour de nous, pour leur plus grande joie et leur plus grand bonheur. Il faut aimer, et se laisser aimer. Oui, être chrétien c’est un art de vire. Pour le dire avec des mots savants, c’est une « praxis » et non une théorie. Ce sont des actes que l’on pose, des actes d’amour, des actes vrais, pas simplement évanescents.
II – Se convertir, se laisser convertir
Il s’agit de se convertir. Les enfants, est-ce que vous savez ce qu’est une conversion quand on va au ski ? C’est un geste un peu douloureux. Vous avez la montagne qui est là, et vous allez dans ce sens-là, mais, en réalité, vous devez aller là, et le but n’est pas de descendre de la montagne pour la remonter… Donc il faut faire un mouvement un peu douloureux pour les articulations, il faut lever une jambe pour se retourner, c’est horrible ! La conversion dans la vie spirituelle peut être aussi un peu douloureuse ; mais, si cela nous permet d’atteindre l’objectif, cela vaut sans doute le coup…
Dans cet évangile, il y a un dernier mot qui peut être impressionnant. Lui, le Sauveur – car nous n’avons pas encore entendu parler de Jésus – « tient dans Sa main la pelle à vanner, Il va nettoyer Son aire à battre le blé, et Il amassera son grain dans le grenier ; quant à la paille, il la brûlera au feu qui ne s’éteint pas. » Par le baptême dans l’Esprit Saint et dans le feu, le Seigneur vient dans son aire à vanner. Qu’est-ce que c’est que cette aire à vanner ? En réalité c’est notre cœur, et Il se tient là à la porte, et Il voit bien qu’Il y a des choses belles : le bon grain, le blé… et puis il y a des choses… moins belles : nos petits égoïsmes, nos petites paresses, nos grands orgueils, notre jalousie, etc. En général, on a beaucoup de petits péchés, mais ils sont tous moches ! Et le Seigneur veut nous libérer, Il veut faire le tri. Il veut nous plonger dans le feu de Son amour brûlant, et du coup la paille s’enflamme et disparaît.
La conversion, c’est le choix de se tourner vers Celui qui est venu nous sauver, vers Celui qui est venu nous aimer. C’est notre choix de répondre au Christ « Oui, Seigneur je veux être ton ami », et sans aucun doute nous pourrons assister au rêve que veut nous donner Isaïe, que nous ont donné tant de saints, et même Martin Luther King.
J’ai fait un rêve : c’est que, chacun de nous, nous décidions aujourd’hui de nous tourner vers le Seigneur un petit peu plus. Ce ne sera pas encore parfait, mais un petit peu plus, aujourd’hui…