Le Christ est roi ! et nous avec lui…

Quand nous pensons « roi », nous avons d’abord en image Louis XIV, ou un pharaon, ou un Alexandre Le Grand ; en tout cas des grands chefs qui gouvernent, qui dirigent, qui président, qui commandent, qui régissent. Ce sont des hommes de pouvoir.

I – Le roi biblique

La Bible n’a pas tout à fait cette définition. Un bon roi, dans la Bible, ce n’est pas un homme de pouvoir mais c’est d’abord un berger. Je ne sais pas si vous imaginez, mais si un berger s’assoit sur un caillou en disant à ses brebis « venez me servir », cela ne va pas marcher ! Un berger, et donc un bon roi biblique, c’est un serviteur au service du bien de ses brebis : il les conduit, il marche devant, il les accompagne, il marche au milieu, il les pousse, il marche derrière. Il est partout, il se fatigue pour le bien de ses brebis. Un bon roi se fatigue pour le bien de son peuple, dont il fait partie. D’ailleurs, on le voit, « nous sommes de tes os et de ta chair », c’est ce que demande le peuple en s’adressant à David « Nous sommes de ton sang, nous sommes du même sang ». En même temps, dans la Bible, nous le savons, ce roi berger, on l’a beaucoup espéré, on l’a beaucoup attendu… mais on ne l’a pas eu. Et donc dans la tradition biblique, il y a cette attente d’un Messie, d’un Christ, qui serait enfin le roi qu’on attend.

Alors Jésus vient, et Il vient accomplir toutes les promesses et, en premier lieu, cette attente d’un roi. Mais, vous le savez, quand on pose la question à Jésus « Es-tu roi ? » Il ne prend pas vraiment cela à Son compte : « Tu l’as dit ». « Quand viendra le royaume ? » « Chaque chose en son temps. » De fait, ce que Jésus veut signifier, c’est que Son royaume n’est pas de ce monde. Autrement dit, Il n’est pas à la manière humaine, il ne s’agit pas d’avoir un roi vainqueur entouré de douze ministres qui auraient les pleins pouvoirs, et l’Église, qui continuerait ce royaume, serait une hiérarchie un peu lourde pour commander au monde.

II – Ma royauté n’est pas de ce monde

Non, Jésus, roi, Se dévoile comme Celui dont la monture est un âne. Je ne sais pas si vous avez l’image en tête, mais monter un âne, de tous les moyens de transport, c’est l’un des plus ridicules, parce que l’âne n’est pas grand : on a les jambes qui ballottent à droite et à gauche, et en plus, ce n’est pas confortable. Un roi dont le sceptre est un roseau parce qu’on se moque de Lui, un roi dont le manteau de gloire est un tablier de serviteur lorsqu’il se met aux genoux de Ses disciples pour leur laver les pieds, un roi dont le trône est la Croix.

Et pourtant, Jésus est Roi, c’est ce qu’affirme la Parole de Dieu, c’est ce qu’affirme la Parole de Dieu à travers l’acte prophétique de Pilate « Celui-ci est le roi des Juifs ». Oui, Jésus est Roi, mais pas du tout à la manière humaine : nous n’attendons pas de Lui qu’Il soit un chef, un vainqueur dans les batailles. S’il était un roi comme cela, Il ne serait pas plus qu’un autre roi de la Terre. Mais Il les dépasse ! Parce qu’Il est Fils de Dieu – c’était la Deuxième Lecture – Je vous invite à prendre cinq minutes, aujourd’hui, pour relire cette Deuxième Lecture. C’est une merveille ! « Il est l’image du Dieu invisible » : on ne voit pas Dieu, mais on voit Jésus, et quand on voit Jésus, on voit le Père. Il est le Fils du Père, et parce qu’Il est le Fils du Père, parce qu’Il reçoit tout du Père, alors Il est Roi. Parce que le Père Lui a tout confié. Il est Roi et Il est Berger, Il est serviteur de tous. Il est à notre service – étonnant : notre Dieu se met à notre service ! – On ne s’en rend plus très bien compte, parce que nous sommes habitués à cela, mais en réalité, c’est une bombe nucléaire : notre Dieu est à notre service !

iII – Le royaume par la Croix

Cela n’existe dans aucune autre religion du monde : notre Dieu vient se faire roi, Il se met au service de notre salut, au service de notre joie. On l’entend : Jésus est sur la Croix, qui est le parangon de la haine humaine qui se déploie. L’Innocent par excellence meurt sur la Croix, et la Croix, c’est un des supplices les plus violents, les plus humiliants qui soient. Et Jésus sur la Croix vient nous sauver en transformant ce lieu de la haine en un lieu d’amour, ce lieu de la souffrance en un lieu de paix. Et Il ne fait pas semblant de souffrir ! Quand Il crie « mon Dieu, mon Dieu pourquoi m’as-tu abandonné ? » ce n’est pas juste une façon de parler, Il connaît la solitude de tous les souffrants du monde, Il connaît la souffrance de tous les hommes ; Il l’affronte, Il la vit dans Sa chair et dans Son esprit. Et en même temps, cette souffrance qui n’a pas de sens, Il lui donne un sens, Il en fait un acte d’amour. Alors qu’on se moque de Lui : « Si tu es le Messie, sauve-toi, toi-même », « Si tu es le roi des juifs, sauve-toi, toi-même », « si tu es le messie, sauve-toi, toi-même, et nous aussi ! » Trois fois on se moque de Lui.

Trois publics différents, des prêtres, des soldats, les bandits. Et Lui, la seule parole qui sort de Sa bouche, c’est une parole de consolation, de réconciliation. Dans Sa souffrance intense qui est la Sienne, dans Sa solitude intense qui est la Sienne, Il accomplit ce pour quoi Il est venu, Il ouvre les portes du ciel à ce bandit : « c’est juste, après ce que nous avons fait ». Imaginez : dire que la Croix, c’est juste, après ce qu’ils ont fait, il faut vraiment que ce qu’il a fait soit moche. « Jésus souviens-Toi de moi quand Tu viendras dans Ton royaume ». « Aujourd’hui, avec moi, tu seras dans le Paradis ». Jésus est Roi, Il ouvre les portes du ciel, Il est au service de notre Salut, et Il nous appelle.

Nous avons été baptisés, ou nous le serons peut-être bientôt, nous avons été baptisés et connectés avec Lui, nous sommes prêtres, prophètes et rois. Avec Lui, nous avons à nous mettre au service du salut de nos frères, dans ce monde qui ne se sait pas aimé, dans ce monde qui se sent perdu. Jésus nous envoie comme des témoins pour annoncer que Jésus sauve, qu’Il nous aime, qu’Il veut notre joie et notre bonheur, Il est notre Roi et nous sommes rois avec Lui. Nous aussi, nous avons à être au milieu de notre peuple, nous avons à être devant Lui, nous avons à être derrière Lui pour annoncer le salut de Dieu. Jésus est Roi : il s’agit de Le laisser gagner dans nos cœurs, de Le laisser gouverner notre conduite, il s’agit de nous mettre à l’écoute de Sa parole, pour aimer et se laisser amer, car c’est la seule chose qui compte.