Homé
lie du 27e dimanche de TO, année C, le 5 octobre 2025, par l’abbé Gaël de Breuvand.
C’est la transcription d’une prédication orale, les titres ont été ajoutés à la relecture
« Bien-aimés, je vous le rappelle, ravivez en vous ce don gratuit de Dieu, ce don qui est en vous depuis qu’on vous a imposé les mains ». Cette parole de saint Paul à Timothée s’adresse à chacun de nous, car nous tous, nous avons reçu un don gratuit de Dieu. Sur nous tous, on a imposé les mains : si nous avons été baptisés, confirmés, nous avons reçu ce don gratuit de Dieu, l’Esprit Saint lui-même, Dieu qui vient habiter nos cœurs. « Ravive en toi le don gratuit de Dieu. »
I – Le don de Dieu, la Foi
Quand on se penche sur le jour de votre baptême, le prêtre a posé plusieurs questions aux parents. La première était : Quel nom donnez-vous à votre enfant ? En général les parents savent répondre… La deuxième question est : que demandez-vous pour lui à l’Église de Dieu ? Il y a plusieurs réponses possibles : on peut répondre « le baptême », mais il y a une meilleure réponse. « Que demandez-vous à l’Église de Dieu ? » « La foi » ; et « que donne la foi ? » « La vie éternelle ». Le premier don gratuit de Dieu, c’est la foi. Elle est comme un cadeau immense, non pas comme une somme de connaissances à acquérir, non : c’est d’abord une relation, une connexion. Quand on reçoit la foi, on est connecté à l’amour de Dieu, et dès lors nous pouvons recevoir Dieu en nous. Que donne la foi ? La vie éternelle. C’est la vie de Dieu Lui-même. « Ravive en toi le don gratuit de Dieu ». Fais en sorte que la vie éternelle se déploie en toi. Et c’est bien cela que demandent les disciples : « Augmente en nous la foi. » Jésus montre que la foi, c’est le don ultime, le don par excellence. « Si vous aviez la foi, vous pourriez déplacer cet arbre et le jeter dans la mer ». Un autre évangéliste parle même d’une montagne que l’on peut déplacer.
II – La Foi nait de l’écoute
La Foi…On a l’impression que Jésus fait une pirouette pour ne pas vraiment répondre. « Augmente en nous la foi » : il n’y a pas de réponse… « Si vous aviez la foi, l’arbre pourrait se jeter dans la mer ». Alors, comment ? On va chercher dans les autres paroles de Dieu, dans le refrain du psaume, on l’a chanté : « Aujourd’hui, ne fermons pas notre cœur, mais écoutons la voix du Seigneur. » C’est saint Paul qui le dit dans la lettre aux Romains : « la foi naît de l’écoute », « Fides, ex auditu » « La foi naît de l’écoute ». Parce que la foi naît de l’écoute, du don de Dieu, c’est Lui qui vient implanter en nous cette connexion qui nous permet d’être unis à Lui ; et comment cette foi grandit-elle ? Il faut se placer en disposition de réception : ouvrir nos cœurs, ouvrir nos sens, notre intelligence, pour que Dieu puisse déployer en nous la foi, cette connexion, et que plus d’amour de Dieu puisse se répandre en nos cœurs. « Écoute » D’ailleurs, un autre passage dans l’évangile selon saint Marc, chapitre 10, pose la question : « Quel est le plus grand des commandements ? » et Jésus de répondre « Écoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est Un, et tu l’aimeras de toute ton âme, de tout ton cœur, de tout ton esprit, de toute ta force, et tu aimeras ton prochain comme toi-même. »
Quand on entend cette parole, le premier commandement, le seul verbe à l’impératif, c’est « Écoute » et si tu écoutes, tu deviens capable d’aimer ; parce que si tu écoutes, tu accueilles l’amour de Dieu dans ta vie, amour qui peut se déployer, déborder de toi, et tu peux travailler en vérité à l’amour de ceux qui sont autour de toi. Parce que la foi, ce n’est pas simplement une connaissance froide et intellectuelle : c’est un mouvement qui est absolument relié aux autres vertus théologales : pas de foi sans amour, pas de foi sans espérance : tout est lié.
Quand le prophète Habacuc écrit, c’est une période compliquée pour Israël. Nous sommes dans les années 590-600, autrement dit, on est encore chez soi, mais la guerre pointe à l’horizon, et on est plutôt mal embarqués… Effectivement, dix ans plus tard, c’est l’exil, et la destruction du temple de Jérusalem. Face à ces tensions, ces difficultés, le Seigneur donne une parole : « le juste vivra par sa fidélité ». Quand saint Paul citera cette parole, il dira « Le juste vivra par la foi », parce que « fidélité » et « foi » sont des mots qui ont la même racine : nous sommes dans un rapport de confiance. Si nous voulons vivre, il s’agit d’ouvrir notre cœur et de rester présents à Dieu car Dieu est présent à nous.
III – « sans attendre d’autre récompense… »
Et c’est la conclusion de l’évangile, car on peut se poser la question : quel est le rapport entre la question des disciples « augmente en nous la foi » – avec cette petite parole « Si vous aviez la foi petite comme cette graine de moutarde, vous diriez à cet arbre déracine-toi, va te planter dans la mer et il le ferait » – et la petite parabole qui suit : il s’agit d’être de simples serviteurs. « Je n’ai fait que mon devoir » ? En réalité, il y a un lien ; sinon, ce ne serait pas deux péricopes que l’on trouverait côte à côte dans l’évangile ; et puis on ne nous les donnerait pas ensemble, aujourd’hui.
« Nous sommes de simples serviteurs ». Pourquoi ? Parce que nous tous, naturellement, nous avons besoin de reconnaissance. Une bonne partie de notre agir est mû par ce besoin de reconnaissance, nous avons besoin d’être appréciés. Et Jésus nous invite à faire un pas de plus, et choisir d’aimer absolument gratuitement, parce que c’est notre appel, notre mission, notre vocation : nous sommes faits pour aimer. Et si nous n’avons pas de retour ? Ce n’est pas grave, il s’agit d’aimer, et ça, c’est un acte de foi ! Nous faisons confiance au Seigneur : la reconnaissance, nous l’aurons, peut-être pas tout de suite, pas aujourd’hui, pas encore, mais nous avons confiance : elle viendra ! Oui, Dieu nous a promis le bonheur éternel, la joie éternelle. Le Seigneur nous a promis que nous nous retrouverions et que nous pourrions Le voir, Lui, face à face, que nous pourrions nous laisser aimer, et que nous pourrions L’aimer en retour. Et nous serons dans la joie parfaite.
Finalement cet évangile « nous sommes de simples serviteurs, nous n’avons fait que notre devoir », cela nous rappelle saint François d’Assise. Vous connaissez cette petite histoire que l’on trouve dans les Fioretti ? Saint François d’Assise et un de ses frères sont en train de marcher, et saint François d’Assise explique à son frère que la joie parfaite, c’est quand on est ignoré de tous, abandonné de tous, quand on n’est même pas reconnu par ses frères, mais qu’on loue le Seigneur, que l’on peut chanter Ses merveilles, chanter Sa gloire.
La joie parfaite, c’est lorsque, aujourd’hui, nous aimons, même si nous n’avons rien en retour ; parce que la seule chose qui compte, c’est le Ciel, l’amour par excellence ! À la demande « Augmente en nous la foi », le Seigneur répond : si vous voulez voir votre foi grandir, il s’agit aujourd’hui d’aimer.