Homélie du 25e dimanche de TO, année C, 21 septembre 2025
par l’abbé Gaël de Breuvand.
I – le projet de Dieu
« Dieu veut que tous les hommes soient sauvés et arrivent à pleinement connaître la vérité ». « Dieu veut que tout homme soit sauvé ». C’est une bonne nouvelle ! C’est au cœur de l’enseignement de l’Église : Dieu veut que tout homme soit sauvé.
Cela nous paraît évident mais, en réalité, ce ne l’est pas tant que cela. Luther ou encore Calvin n’y croient pas. Pourquoi ? Parce que – pour eux – si Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, il faut qu’ils le soient tous vraiment, parce que la Toute-Puissance de Dieu est absolue. Ce que veut Dieu, cela se réalise. Or, comme il y a des hommes qui ne sont pas sauvés, il fallait donc que Dieu ne veuille pas que tous les hommes soient sauvés. Comme il y a une contradiction avec « Dieu veut que tous les hommes soit sauvés », Luther a pris la Lettre à Timothée en disant que celle-ci ne faisait pas partie de la Parole de Dieu…
Nous, nous sommes catholiques, universels, et voulons tout prendre ; donc nous croyons que Dieu veut que tous les hommes soient sauvés, qu’Il prend les moyens pour cela, qu’Il peut sauver tout le monde ; et en même temps, effectivement, il nous est possible de ne pas être sauvés…
Ce n’est pas parce que Dieu est méchant avec nous, ou qu’Il renonce : ‘celui-là, c’est mort, je n’arriverai pas à le sauver, du coup je ne veux pas le sauver !’ Non. Ce qui est en filigrane, c’est que le projet de Dieu, c’est bien le salut de chacun, de nous tous : chacun personnellement, nous sommes aimés, nous sommes la perle précieuse de Dieu, et le Salut passe par le fait que, nous aussi, nous aimions. « Au commencement Dieu crée l’homme à Son image, à Son image, Il le crée. » Nous sommes faits pour être comme Dieu, nous sommes images de Dieu, donc nous avons cette capacité à faire ce qu’Il fait, Lui. Et que fait-Il ? Il aime. Le projet de Dieu est que nous soyons non seulement image, mais aussi à Sa ressemblance, donc il s’agit que, cet amour que nous avons en nous, nous soyons capables de le déployer, que nous soyons capables de le vivre ; et être sauvé, c’est vivre d’amour. Et tout est là, parce que, vivre d’amour, c’est forcément un choix libre : nous ne pouvons pas être contraints à aimer. La contrainte en amour, ce n’est plus de l’amour !
II – Répondre à l’amour de Dieu
Dieu, qui nous aime, veut que nous soyons dans l’amour comme Lui, que nous vivions d’amour comme Lui, et donc Il nous a fait un cadeau : c’est le cadeau de la liberté. Nous avons donc le choix. La Toute-Puissance de Dieu a décidé de s’arrêter devant notre liberté ! Il nous donne cette puissance de pouvoir aller contre la volonté de Dieu. En réalité, aller contre la volonté de Dieu, aller contre son projet de sauver tout homme, ce n’est pas tout à fait une réussite pour nous… Dieu est absolument respectueux de notre liberté ; donc nous pouvons tenir à la fois que Dieu veut que tout homme soit sauvé, et en même temps que chacun de nous est capable de ne pas choisir cet amour-là ni d’être sauvé. Nous blessons le cœur de Dieu à ce moment-là. La question est : comment allons-nous répondre à l’appel de Dieu, à l’amour que Dieu a pour nous ? Il nous aime, c’est un absolu, c’est une certitude, une vérité. Il nous aime, ll veut notre joie et notre bonheur. Allons-nous répondre à Son amour par l’amour ? C’est ce que je nous souhaite, évidemment !
En réalité, si nous ignorons l’amour de Dieu, si nous faisons comme si cela n’existait pas, nous nous enfermons nous-mêmes. Si nous sommes enfermés, nous avons besoin d’une libération, et cette libération, c’est Jésus. Il nous montre que l’amour va loin : il s’agit tout simplement de donner sa vie ; nous sommes faits pour L’imiter, pour Le suivre sur ce chemin-là, pour nous offrir au Père, pour nous offrir au prêtre, comme Jésus s’offre. C’est pour cela que nous vivons l’Eucharistie, c’est pour cela que Jésus, dans quelques instants, Se donne, pour que nous puissions faire ce que Lui-même fait : aimer et nous laisser aimer. Alors, accueillons cette libération de Dieu, laissons-nous libérer par le Seigneur.
III – prendre les moyens du Salut !
La parabole que l’on vient d’entendre est tellement surprenante ! Ce maître fait l’éloge de ce gérant malhonnête. La conclusion, la pointe de cette parabole, c’est que les fils de ce monde sont plus habiles entre eux que les fils de la Lumière. Autrement dit, nous sommes capables de déployer une énergie absolument remarquable, pour des choses qui passent : pour notre confort, pour notre gloriole, notre richesse, notre pouvoir, etc. Mais tout cela, le jour de notre mort, nous ne l’emporterons pas au Paradis. Et pourtant on est capable de se fatiguer pour cela… Et Jésus nous pose la question : est-ce que vous êtes capables de vous dépenser pour des choses tellement plus importantes : la vie éternelle ? Voulez-vous travailler de tout votre cœur, de toute votre âme, de toute votre force, de toute votre intelligence, est-ce que vous voulez tout donner, pour choisir le projet de Dieu ? J’espère que nous avons tous envie de répondre oui ! Nous voulons tout donner pour que le projet de Dieu se réalise et que tout homme soit sauvé.
C’est beau d’avoir cette réponse, ce oui, mais après il faut mettre en œuvre, et là, tout de suite, cela devient plus compliqué… C’est pour cela que nous avons besoin d’établir la relation avec le Seigneur. C’est pour cela que nous avons besoin de prier, de demander Sa force, Son amour, Sa grâce, pour pouvoir mettre en œuvre cet amour, dans la relation avec Lui, dans la relation avec les frères. C’est le texte de l’oraison, la prière d’ouverture : toute la loi se résume dans le grand commandement de l’amour : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, tu aimeras ton prochain ». Il s’agit de la mettre en œuvre, cette loi, parce que c’est le chemin de notre bonheur et de notre joie.