6e dimanche de TO « Il a été dit aux anciens… »

Homélie  du 6e dimanche de TO,
le 15 février 2026
par l’abbé Gaël de Breuvand
Si 15, 15-20 ; Ps 118 ; 1Co 2, 6-10 ; Mt 5, 17-37

I – Une morale écrasante ?

Aujourd’hui, la Parole qui nous est donnée est une parole de morale, et elle est un peu écrasante ! En effet, deux siècles avant J.-C., Ben Sira le Sage nous dit : « Si tu le veux, tu peux observer les commandements. » Moi j’ai envie de dire : pas vraiment… Je reprends les mots de saint Paul : « je fais ce que je ne veux pas et je ne fais pas ce que je veux ». Je veux faire le Bien, être un donneur de joie sans cesse et je passe bien souvent à côté. Or, ce qui passe à côté, c’est la définition même du mot péché ; « hamartia », en grec, c’est ce qui manque la cible. « Et Dieu n’a donné à personne la permission de pécher » ; et pourtant je le fais allègrement, et même lorsque je ne le veux pas. Alors ?

Jésus va nous apporter une Parole de libération… Et pourtant, en première lecture, lorsqu’on entend ce qu’Il vient de dire : « Je ne suis pas venu abolir la loi des prophètes » et chaque fois qu’Il nous rappelle une loi de l’Ancien Testament, Il en rajoute une couche : « Il a été dit Tu ne commettras pas de meurtre’ » eh bien, si tu as de la colère, tu es déjà coupable, tu es déjà responsable. « Il a été dit Tu ne commettras pas d’adultère’ », eh bien, juste regarder quelqu’un, c’est déjà être responsable et coupable ! Alors, moi, j’ai l’impression d’être une mouche dans un bocal, qui essaie de sortir mais ne voit pas de solution !

II – un art de vivre, par Lui, avec Lui, en Lui

La solution nous a été donnée dans l’oraison, la prière d’ouverture : « Par Ta grâce ». Quand Jésus vient, Il ne nous donne pas simplement un recueil de lois, « tiens, fais ça » Il nous donne Sa Vie. Il ne s’agit plus, pour nous, d’être des sujets obéissants d’une loi : il s’agit, pour nous, d’être des enfants, des fils, des amis. Il s’agit d’agir par amour. C’est la question de la liberté qui se pose. Par exemple, chez moi, je décide de passer l’aspirateur. Ce n’est pas très drôle, personne ne saute de joie à cette idée. J’ai deux manières de vivre ce moment : soit je le vis comme une corvée, quelque chose qu’il faut faire et qui ne m’amuse pas, je tire la tronche en le faisant, et cela n’apporte rien à personne ; soit je réalise ce même acte, mais je vais le poser en lui donnant du sens. Je le fais par amour, parce que ceux qui partagent la maison avec moi vont profiter d’une maison propre, et c’est bien ! Et moi-même, je vais profiter d’une maison propre, et c’est bien. Si je vois la finalité de mes actes, le sens, alors ils deviennent autre : et le même acte, qui était un acte insensé, devient un acte d’amour et donc plein de sens. Un acte qu’il devient facile de poser. Il y aura toujours un côté un peu pénible, mais cela devient joyeux. C’est cela que nous invite à vivre le Christ. Saint Paul, dans la lettre aux Galates, nous dit : Nous ne sommes plus sujets de la loi, nous n’avons plus à obéir bêtement à des commandements sur lesquels il faudrait tenir le doigt sur la couture et faire comme on nous a dit. Non, il s’agit d’entrer dans la pensée même de Dieu. Cela a du sens, et dès lors je participe vraiment à l’Œuvre de Dieu.

III – Collaborer à l’œuvre de Dieu

Le psaume 118 que nous avons entendu – enfin la petite partie que nous avons entendue, car c’est le plus long psaume de la Bible – ce psaume comporte 176 versets, je crois que c’est rarissime qu’on le lise d’une traite, et la particularité de ces 176 versets, c’est que 175 d’entre eux portent un mot qui signifie parole, décret, commandement, loi, obligation, ordre, précepte. Toutes ces mots sont une manière pour le psalmiste d’accueillir la parole de Dieu pour nous. Ce psalmiste, qui répète 175 fois combien est merveilleuse la Parole de Dieu, il veut vraiment entrer dans le projet de Dieu ! Et, oui, à ce moment-là, il peut choisir, ce ne sera pas écrasant. Il peut choisir d’aimer et de se laisser aimer. Parce que vous le savez bien, tout se résume au grand commandement, « Écoute Israël, le Seigneur est Un, et tu L’aimeras de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit, de toute ta force. » Et le second, qui lui est semblable, « Tu aimeras ton prochain comme toi-même. » Nous sommes faits pour aimer et nous laisser aimer, c’est la seule chose que nous emporterons au Paradis.

Comme le disait saint Augustin, et c’est le mot de la fin : Dieu nous a créés sans nous, mais Il ne nous sauvera pas sans nous. Il veut que nous choisissions d’être Ses fils, Ses enfants, que nous agissions comme tels. Il veut que nous choisissions de nous laisser aimer, et bien souvent, relever, pardonner. Le Seigneur ne nous demande par d’être parfaits, au sens d’une perfection morale, où nous ne ferions que des choses bonnes et rien de mauvais. Non ! Il nous demande d’abord, essentiellement, de nous laisser aimer, relever et pardonner. Ce sont les paraboles de Jésus, comme celle au chapitre 15 de saint Luc, vous la connaissez, cette parabole du Fils prodigue, cette parabole de la brebis perdue, ou encore d’autres chez saint Luc, la parabole du bon Samaritain, ou encore, toujours chez saint Luc, l’événement du salut du Bon Larron.

Laissons-nous aimer par Lui, Il veut nous combler de Son amour gratuit, de Sa grâce, pour nous aimer. Il s’agit, alors, de nous laisser aimer à notre tour. Et lorsque nous nous laissons aimer, l’amour va déborder de nous, et nous entrons dans la joie de Dieu, dans le projet de Dieu.