5e dimanche de TO A : je ne peux pas, Jésus peut…

Homélie du 5e dimanche de TO, A
le 8 février 2026
par l’abbé Gaël de Breuvand
Is 58,7-10 ; ps 111 ; 1Co 2, 1-5 ; Mt 5, 13-16

I-    Je n’y arrive pas !

Quand j’entends la Première Lecture d’aujourd’hui, tirée du Livre d’Isaïe, je ne peux qu’être d’accord. « Partage ton pain avec celui qui a faim, partage ton toit avec les sans-abris, couvre celui que tu verras sans vêtement, ne te dérobe pas à ton semblable. » C’est au cœur de la Bible, c’est au cœur du message du Christ. C’est chrétien mais, en même temps, je ne peux m’empêcher, pour moi en tout cas, de penser que c’est écrasant, car je ne le fais pas vraiment.

« Si tu fais disparaître chez toi le joug, le geste accusateur, la parole malfaisante, si tu donnes à celui qui a faim ce que toi tu désires, et si tu combles les désirs du malheureux. » Là encore, c’est toujours un peu écrasant, pour moi, car je ne suis pas à la hauteur de ces paroles. Et, du coup, les promesses qui vont avec : « Ta Lumière jaillira comme l’aurore, tes forces reviendront vite, ta lumière se lèvera dans les ténèbres, ton obscurité sera lumière de midi. », cela ne doit pas s’appliquer à moi… donc, ma tentation, c’est de baisser les bras : je n’y arrive pas, tant pis, peut être que d’autres y arriveront…

II-    Jésus peut

Mais ce n’est pas suffisant car Jésus, 600 ans plus tard, en rajoute une couche… « Que votre lumière brille devant les hommes, voyant ce que vous faites de bien, ils rendront gloire à votre Père qui est aux cieux. » Il y a une grande différence, toutefois, entre cette parole du Nouveau Testament et Isaïe, le grand prophète de L’Ancien Testament : la différence, c’est Jésus. En effet, le seul qui est réellement capable de partager son pain avec celui qui a faim, d’accueillir chez lui les pauvres sans abri, c’est Jésus ! Le seul qui est véritablement une lumière pour le monde, c’est Jésus ! Il est Celui qui accomplit pleinement la vocation de l’homme. Regardons notre propre cœur, on voit bien que nous ne sommes pas à la hauteur. Accomplir la vocation de l’Homme, autrement dit, aimer et se laisser aimer, c’est effectivement un appel, un désir, quelque chose que je veux faire mais, pour autant, je passe souvent à côté de cela. Et passer à côté, c’est le sens même du mot « péché ». En grec « amartias », c’est « ce qui manque la cible ». Je manque la cible bien trop souvent. Je passe à côté de mon appel, de ma vocation, à côté de ce pour quoi je suis fait, et donc il est difficile pour moi de dire : « je suis la Lumière du monde ».

En revanche, Jésus le dit – pas dans cet évangile selon saint Matthieu, mais dans l’évangile selon saint Jean – Il dit « Je suis la Lumière du monde », car Lui, Il est pleinement homme, complètement homme, absolument homme et, en tant qu’homme, Il accomplit pleinement la vocation de l’Homme. C’est vrai, il y a ce mystère étonnant, vous vous souvenez du gros mot pour désigner cela, l’union hypostatique… En Jésus, Dieu est tout entier présent, en Jésus, l’homme est tout entier présent aussi. Jésus, parce qu’Il est Dieu, peut être l’Homme parfait, l’Homme par excellence, Celui qui vit vraiment, parce qu’Il aime et qu’Il se laisse aimer.

III-     En Jésus, tout est possible !

Jésus a dit : « Je suis la Lumière du monde » et voici que, aujourd’hui, Il nous dit : « Vous êtes la lumière du monde, vous êtes le sel de la Terre. » Pourquoi ? Comment ? C’est grâce à Lui. Hier, j’ai eu la joie de baptiser une petite Rose. Le dernier rite du baptême, c’est de prendre au cierge pascal la flamme et de la transmettre à un petit cierge. La flamme du cierge, c’est comme la vie du cierge, c’est la vie du Christ qui est représentée par la flamme du cierge pascal, et cette vie est transmise par la flamme du petit cierge : c’est la même flamme, c’est la même vie. Dorénavant, Rose peut rayonner de la Lumière du Christ, elle devient à cet instant-là, objectivement, lumière du Christ. Nous sommes – parce que baptisés – lumière du monde. D’une certaine manière, cela ne dépend plus de nous : parce que nous avons été baptisés, nous sommes lumière du monde. Après, nous restons libres et nous avons toujours un choix : voulons-nous être sur la montagne, ou voulons-nous être planqués sous le lit ? La bonne réponse est de porter cette lumière-là au monde. Jésus nous donne la clé : si vous voulez que cette lumière brille devant les hommes, posez des actes bons.

Posez des actes d’amour. Cela correspond exactement à ce que disait Isaïe, mais la différence fondamentale, c’est qu’en agissant bien, j’agis bien parce que le Christ me donne Sa grâce, Sa vie, Son amour. À l’époque d’Isaïe, lorsqu’on entendait cette parole, cela reposait sur nos propres forces ; et là, c’est sûr que cela n’est pas possible : c’est très vite épuisant, on a envie de prendre soin de soi, comme on dit aujourd’hui. Mais dans le régime chrétien, parce que nous sommes connectés à Jésus, Jésus nous remplit constamment de Son amour, et cet amour ne rêve que de déborder de nous.

Aujourd’hui, nous sommes réunis dans cette église comme le sang vient au cœur pour pouvoir passer dans les poumons., être oxygéné. Vous le savez, c’est le système de systole et dyastole : le cœur se dilate, le sang arrive, et le cœur se contracte et le sang part visiter tous les organes. En cet instant, nous sommes ici pour accueillir l’oxygène de l’amour de Dieu. Et puis, à la fin de la messe, nous serons envoyés : « allez en paix, glorifiez le Seigneur par votre vie », ‘allez porter cette joie, cette paix, cet amour, allez le donner à tous ceux qui sont dehors et qui ne savent pas qu’ils sont aimés’.  Ils se sentent abandonnés, désespérés, les malades, les prisonniers, ceux qui ont faim, ceux qui sont nus, les sans-abris, les malheureux en tout genre. Et parmi les malheureux, il n’y a pas besoin d’aller chercher très très loin, peut-être juste autour de nous, peut-être nous, d’ailleurs ! Il s’agit d’accueillir cet amour pour pouvoir le donner aux autres.

Je vais conclure avec ceci : il existe trois types de biens. Il y a les biens matériels : si je vous donne mon téléphone, je le perds, je ne l’aurai plus. Il y a les biens intellectuels : je sais l’anglais, si je vous apprends l’anglais, vous saurez l’anglais et moi je saurai toujours l’anglais : moi je ne perds rien et vous gagnez quelque chose. Et puis, il y a les biens spirituels, ceux-là sont les plus intéressants car, lorsque je donne un bien spirituel, tout le monde gagne. Quand je donne mon amour, quand je me dépense pour la joie de l’autre, moi-même je trouve la joie. Donc je gagne quelque chose, et l’autre gagne quelque chose aussi.

 

C’est cela, être lumière du monde, et c’est alors que s’accomplit ce que dit Isaïe : si tu donnes à celui qui a faim ce que toi tu désires, si tu acceptes de renoncer à un bien matériel, là, concrètement, pour un bien spirituel, sois sûr que tu seras gagnant. Le Seigneur nous prend tels que nous sommes, nous sommes des hommes de désir, de besoin, le Seigneur veut combler nos désirs, veut combler nos besoins, faisons-Lui confiance ! N’ayons pas peur, faisons-Lui confiance !