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Homélie par l’abbé Gaël de Breuvand
Le 30 novembre 2025, 1er dimanche d’Avent année A
Is 2, 1-5 ; ps 121 ; Rm 13, 11-14 ; Mt 24, 37-44
I – La venue dans l’histoire, la venue dans la Gloire
Nous sommes entrés en Avent, du latin « adventum », du verbe « venir », ad « auprès de ». Nous nous présentons vers Celui qui vient. Et nous sommes invités, comme le disent les textes d’aujourd’hui, à être vigilants. Pas simplement à veiller, non, pas simplement à ne pas nos endormir, non : à être vigilants, attentifs. Le Seigneur vient. Il s’agit que nous soyons prêts quand Il vient.
Nous entrons en Avent, mais, au juste, qu’attendons-nous ? Nous pouvons attendre Noël, et les cadeaux, la réunion de famille… Nous pouvons, et nous avons raison de le faire, mais ce n’est peut-être pas là l’essentiel. Nous pouvons attendre l’incarnation du Fils de Dieu ; mais Dieu s’est déjà incarné, Jésus est né, a grandi, a vécu, est mort et est ressuscité. Nous ne sommes plus à l’époque d’Isaïe ou des Juifs, nous n’attendons plus la venue du Messie, Il est déjà venu !
Les Lectures, comme l’oraison, nous invitent à attendre la venue dans la Gloire, c’est-à-dire le Seigneur qui vient. Ce jour qui sera le plus beau jour de notre vie. Ce jour d’Apocalypse, ce jour qui sera la fin du monde, et ce sera bon, parce que ce jour-là – c’est le prophète Isaïe qui le dit – « nous n’apprendrons plus la guerre ». Souvent, nous sommes un peu inquiets, car, lorsque nous pensons à la fin du monde, nous pensons à la catastrophe, à la guerre, à la famine au désespoir. Mais, en réalité, tout cela, c’est déjà aujourd’hui. Avez-vous entendu le psaume ? « Dans la joie nous irons à la maison du Seigneur. » Cette maison du Seigneur, c’est le temple de Jérusalem, au moment où le texte est écrit, et nous pourrons dire : « Paix sur toi, paix à ceux qui t’aiment. » Or, vous le savez bien, Jérusalem aujourd’hui, c’est presque l’antithèse de ce psaume, c’est justement un lieu où la paix ne semble presque pas possible… Mais nous attendons la venue dans la gloire du Seigneur et, ce jour-là, oui, la paix sera là ! Non pas une paix faute de combattants, mais, parce qu’en voyant le Christ Sauveur, nous pourrons nous laisser sauver par Lui. Nous parlions de la venue de Jésus dans l’Histoire, Il est déjà venu. Nous parlions de la venue de Jésus dans l’avenir, Il viendra, et ce jour-là, ce sera la plus beau de notre vie.
II – La venue aujourd’hui
Mais il reste une venue pour laquelle nous sommes dans l’attente, et c’est pour celle-ci particulièrement que nous devons être vigilants, et c’est celle d’aujourd’hui : le Seigneur vient, Il vient à la porte de votre cœur, de mon cœur, et Il dit : ‘veux-tu me laisser une place chez toi ?’ Et nous sommes invités à répondre… Quelle sera notre réponse ? Ce n’est pas : ‘c’est le 10ème, le 20ème, le 50ème, le 80ème Avent, c’est bon, je connais l’histoire…’ Non, aujourd’hui le Seigneur frappe à notre porte, à la porte de notre cœur, et Il nous dit : ‘Je veux une place chez toi, dans ta maison, dans ta vie’. Est-ce qu’aujourd’hui nous voulons prendre les moyens de L’accueillir vraiment ? C’est le message de saint Paul dans la Deuxième Lecture de la Lettre aux Romains : « Le jour est tout proche ». Oui, c’est le Seigneur qui sauve, c’est Lui qui nous aime, et c’est parce qu’Il nous aime qu’Il a tout donné pour nous. Mais cela implique une réponse de notre part, et cette réponse se traduit par un art de vivre chrétien. Rejetons l’art de vivre des ténèbres, conduisons-nous honnêtement, sans orgie, ni beuverie, sans débauche, sans rivalité ni jalousie. Pour certains, pas d’orgie, pas de beuverie, c’est facile, pour d’autres ça l’est moins… Pour tous, rivalité et jalousie, c’est un combat !
Il s’agit que nous acceptions de nous laisser convertir, parce que ce n’est pas simplement avec des mots que nous aimons, vous le savez bien, cela ne suffit pas. Aimer, ce n’est pas une question de mots, mais d’actes. Parfois, mes mots sont nécessaires, parce qu’ils sont des actes, mais ils ne suffisent pas. Et lorsque je m’aperçois que je me suis perdu, que j’ai besoin de changer de vie, un « pardon » ne suffit pas : il faut effectivement entrer dans le changement de vie. C’est le premier mot de Jésus dans l’évangile. Lorsqu’on l’ouvre et qu’on lit le premier mot de Jésus, c’est « Convertissez-vous et croyez à l’Evangile. » Il y a un appel, et il est double : croyez à l’Evangile, convertissez-vous. Qu’est-ce qui vient en premier ? Les deux ! Celui qui dit : ‘je crois à l’Evangile mais je ne change pas de vie’, cela ne marche pas. Celui qui change de vie mais qui ne veut pas croire en l’évangile, cela ne marche pas non plus ! Il s’agit de vivre ces deux dimensions en même temps : accueillir Dieu qui vient, qui frappe aujourd’hui à la porte de notre cœur et qui nous dit : ‘Je veux avoir une place chez toi’ ; et, en même temps, choisir de vivre en honnête homme, en honnête femme, c’est-à-dire de vivre ajusté. Imaginons une vis et un boulon : cet ensemble forme un écrou. Si nous sommes le boulon et que le Seigneur est la vis, il s’agit que nous soyons un écrou qui tourne simplement, facilement. Peut-être que le temps a passé, nous avons laissé un peu de rouille sur le boulon que nous sommes. Au début cela force, c’est un peu difficile, et c’est là que je demande au Seigneur d’intervenir. Lui, Dieu, peut me plonger dans le coca-cola – c’était pour voir si vous suiviez…- Il peut me débarrasser de cette rouille, Il peut me convertir. Finalement, le Seigneur n’a pas besoin de grand-chose de notre part : Il a juste besoin d’un tout petit ‘oui’.
III – Un tout petit pas pour aujourd’hui
Il m’arrive de confesser, et c’est ma joie de donner le pardon de Dieu, c’est très joyeux ! Lors des confessions, on entend souvent : ‘je n’arrive pas à pardonner à ma sœur ou à mon frère’, ou autre. Effectivement, parfois c’est difficile de pardonner, cela nous dépasse, c’est un peu trop dur. On regrette de ne pas pouvoir pardonner, et on n’a pas envie : je n’arrive pas à pardonner. Alors, il s’agit de présenter au Seigneur notre envie de pardonner. Peut-être qu’on n’a même pas envie de pardonner, mais qu’on a envie d’avoir envie de pardonner : eh bien, présentons cela au Seigneur. Le Seigneur a besoin d’un tout petit pas, et avec cela Il peut faire de grandes choses, parce qu’Il peut nous sauver : Il nous aime, et Il a tout donné pour cela ! Nous l’entendions dimanche dernier, Jésus était sur la Croix. Le larron, le bandit, le malfaiteur, qui était près de Lui, dit « Si nous sommes ici dans ce supplice et ce châtiment, c’est que nous l’avons bien mérité. » Pour mériter la Croix, il faut le faire ! Cet homme-là tourne son regard vers Jésus, et Lui dit : « Pense à moi quand tu seras dans ton royaume ». Dieu, le Christ, n’avait besoin que de cela. « Pense à moi quand tu seras dans Ton royaume ».
Aujourd’hui, nous entrons en Avent : laissons notre regard se poser sur le Seigneur qui sauve, et demandons-Lui « Pense à moi », et le Seigneur nous ouvrira tout grand la porte. Encore une fois, Il frappe à la porte de notre cœur et nous dit : « Je veux habiter chez toi. »